Poésie et Incarnation

N° 192 Juillet - Aout 2007 - Page n° 79

M. Paul GUILLON M. Jean-Pierre LEMAIRE "Il est venu chez les siens..."

Visitation
La messe est dite.
La petite hostie blanche
fine comme un embryon
s'est dissoute dans ton ventre.

Au loin, les montagnes brûlent
sans fumée, simplement la lumière
rose.
 
Par les fenêtres des maisons qui s'allument
sur le chemin du retour
tu vois l'intimité de ceux
qui vivent au chaud à l'intérieur.

Et tu sens Jésus en toi qui bouge
son désir d'entrer dans ces foyers dans
ces coeurs qui l'ignorent encore.
 
Paul Guillon
 
Naples
Robes, caleçons, chemises, soutiens-gorge, pantalons,

le linge qui sèche entre les immeubles
arbore au-dessus des passants l'intimité
de ceux qui vivent à l'intérieur,
mémoire colorée des corps qui flottent
désarticulés-sans leurs âmes. On les regarde
tout en mangeant des glaces au soleil –
caressés, gonflés, secoués au hasard du vent,
palpés par autant de mains inconsistantes –à
la poursuite d'un insaisissable plaisir.

Paul Guillon
Marché de Naples
Les petits vendeurs installent leurs tréteaux à
l'emplacement que des hommes en gris leur
ont indiqué. Ils sortent des cartons
ceintures, vêtements, cravates trop vives,
et les cris s'emparent de l'air matinal.
Des femmes en boubou arrivent déjà,
retournent un à un les habits d'enfant
d'une main royale. Assis au coin des rues,
des adolescents désoeuvrés attendent, se
passent un sac qui disparaît vite. Ce soir,
l'un d'eux sera peut-être mort. – Et le
Sauveur pense à chacun, avec les
saints entourés de photos, posant un
regard étrangement doux, dans le
vacarme des motocyclettes, sur tous ceux
qui essaient de vivre.
 
Jean-Pierre Lemaire
 
Moulin mystique
Derrière les rideaux
un merle voit l'aube.
Tu devines dehors
la route mouillée,
les volets verts de la voisine en face
qui ne s'ouvriront plus.
Friable au moindre pas,
elle bavardait avec le village
sur l'appui de fenêtre.
Depuis sa mort, tu sais
que chaque maison le long de la rue
est un moulin
broyant finement
la farine humaine.
On trouve le matin
des traces blanches sur la route.
Le pain,
tu ne le verras pas.
Tu entends sous la chambre
la roue entraînée
dans le courant du vers
et tu répètes à mi-voix
les mots inaudibles du consentement
balbutiés autour de toi par tous les riverains.
 
Jean-Pierre Lemaire
 
Ordination
À Antoine, Étienne, Jean Baptiste...

Tu regardes la rangée des hommes devant toi
s'allonger de tout son long sur le dallage
comme une ligne de fantassins fusillés,

pains blancs que le boulanger s'apprête à mettre au four (sans
oublier la touche d'huile dans leurs paumes ouvertes).

Nourriture à venir des foules.

Paul Guillon
 
Disciple tardif
Monté sur l'échelle
dans le grand cerisier, tu cueilles sans hâte
les fruits les plus rouges,
laissant le reste aux merles,
distrait comme si tu faisais autre chose,
tu répétais les gestes du vieux Nicodème
qu'on voit sur les tableaux descendre au crépuscule
un corps transpercé
le long du bois nu
et le passer aux compagnons
sur la pelouse obscure.

Rapportant le soir ta petite récolte,
tu reviens avec un absent dans les bras.

Jean-Pierre Lemaire
 
Maximilien Kolbe
Après la visite
à ta cellule souterraine
où se fane un bouquet,
le temps ne pouvait que reprendre son cours.
Une seconde seulement,
muets devant le ciel en
haut des marches, le
vert
tendre de l'herbe,
la vie rendue,
imméritée,
nous avons deviné comment bat pour nous
le coeur lent de Dieu; et
ce rythme lointain, si
proche,
auquel tu participes dans l'éternité,
nous le retrouvons à la faveur des pauses
de notre propre coeur
– aussi léger qu'une ombre matinale,
dans le cours du temps.
 
Jean-Pierre Lemaire

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