Poésie et Incarnation

N° 192 Juillet - Aout 2007 - Page n° 87

Abbé José TOLENDINO MENDOÇA Poèmes

Les insignifiants
Le prix des maisons
aussi incroyable que cela paraisse
suggère la possibilité
d'une autre vie
L'âme n'habite pas sous son temps
elle ramène de si loin l'arôme d'une
végétation qui pousse
plus bas tout près de l'étang
un morceau d'ombre
la saison a tout rendu jaune une dernière fois
le pin, le bruit des chasseurs, la course troublée de la perdrix

dans les vagues souvenirs
le bord d'une joie que personne n'a vue

Les insignifiants flottent
au vent continu de Dieu
 
Le fumier du monde
J'ai des amis qui prient Simone Weil
Il y a de nombreuses années que je m'intéresse à Flannery O'Connor
Prier doit être comme ces choses
que nous disons à quelqu'un qui dort
nous avons et n'avons pas une certaine espérance
seule la beauté peut descendre pour nous sauver
quand les barrières levées
permettront
aux images, aux bruits, aux sédiments dégénérés
d'intégrer le magnifique
cortège sur les décombres
Ceux qui prient sont des mendiants de la dernière heure
ils fouillent profondément dans le vide
jusqu'à ce qu'en eux
le vide déflagre

Saint Paul l'explique dans la Première Épitre aux Corinthiens
« jusqu'à maintenant nous sommes le fumier du monde »,
citation que Flannery avait à son chevet
 
Île des morts
Tandis que tu éclaires l'entrée du fleuve

le cuivre fait taire des dynasties sans nombre à
des degrés inégaux les mineurs, les
artisans, les lavandières luttent pour la
perfection, luttent pour Dieu dans des
galeries lointaines les armes de chasse
vaincues par des branches et des charrues
Aucune mort n'est aussi longue que la vie
dirait celui qui pour la première fois verrait
sous des arbres sombres
le site de la mer, la porte des constellations
cent étonnements possibles
et dans l'étonnement une espérance

Le laurier signale à tous sa science négligée
cymbales, manuscrits et couronnes
jetées par terre comme parures de la bataille
emblèmes de notre poste d'étoile en étoile

Nous donnent sans que nous le demandions
nous entendons même sans le vouloir
au-dessus des arêtes sombres
la nuit claire et les bois
 
Le Poème
Le poème est un exercice de dissidence, une profession d'incré-dulité dans l'omnipotence du visible, du stable, de l'appréhendé. Le poème est une forme d'apostasie. Il n'y a pas de poème véritable qui ne fasse du sujet un fugitif. Le poème force à passer la nuit dans la solitude des bois, dans des champs enneigés, sur des bords intacts. Quelle autre vérité existe dans le monde par-delà celle qui n'appar-tient pas à ce monde? Le poème ne cherche pas l'inexprimable : il n'y a pas d'homme pieux qui, dans l'agitation de sa piété, ne le recherche. Le poème renvoie l'inexprimable. Le poème n'atteint pas cette pureté qui fascine le monde. Le poème embrasse précisément cette impureté que le monde répudie.

Traduction de Marie-Claire Vromans
 

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