Une feuille de route : les enseignements de Léon XIV
Billet du P. Jean-Robert Armogathe
Journalistes et sociologues ont tout dit sur ce que le pape a fait en France, pendant trois jours. Il faut peut-être maintenant s’intéresser à ce qu’il a dit. Le site du Saint-Siège énumère dix prises de parole du Pape et quatre homélies entre le 25 et le 28 septembre. Trois mots reviennent avec insistance dans tous ces textes : justice, paix et liberté. Ce sont là des fondamentaux du christianisme, leur fréquence dans les discours du Pape n’est rien d’étonnant. Mais ce qui est étonnant, et même en quelque sorte nouveau, c’est la liaison que le Pape proclame entre ces trois mots.
La liberté est d’abord celle de chaque individu, « libre de tout ce qui obscurcit la vie et la rend vide et dénuée de sens » (Stade). Le pape explique alors que c’est la vérité qui nous rendra libres (cf. Jn 8, 32) : la source de la vraie liberté, c’est la relation vivante avec Jésus. C’est cette liberté qui est fondamentale pour les catéchumènes et les néophytes (ICP). C’est la liberté du chrétien dans la Cité, le choix de l’éducation, et la liberté du culte : «Que votre liberté grandisse sans cesse dans le souci du bien commun » (Elysée). Et quand le pape invite à faire resplendir la beauté de la liberté, il poursuit : Cette beauté a un nom: la justice (UNESCO).
S’adressant aux représentants de la société civile, il leur dit : « Que l’égalité à laquelle vous aspirez s’établisse toujours sur les fondements de la justice et de la charité, sans supprimer les différences entre les personnes, mais en les faisant fructifier harmonieusement au profit de la société tout entière » (Elysée).
La paix est la condition d’exercice de la justice : « Là où règne la paix sociale, les peuples s’épanouissent dans la justice » (UNESCO).
La liberté, la justice et la paix : le lien est établi par la charité. « Personne n’est si pauvre qu’il n’ait rien à donner ; personne n’est si riche qu’il n’ait rien à recevoir. » (Bakhita).
C’est à partir de cette trilogie, justice, paix et liberté, réunies par l’amour que le Pape a pu se pencher sur la condition de l’homme, être fragile, à protéger de la conception à la mort : « Que beaucoup soient étrangers à la question de Dieu est, en effet, un problème ; mais que beaucoup soient étrangers à la question de l’homme l’est tout autant » (Stade).
Il a énoncé les trois points fondamentaux de son anthropologie : « Avant toute chose, la personne humaine est un être conçu et né. Ainsi, être humain, c’est d’abord être un enfant. (…) Deuxièmement, nous naissons tous nus et dans le besoin. Nous sommes pauvres de naissance, (…) et enfin entretenir la mémoire de notre humanité commune, c’est reconnaître sa grandeur – c’est-à-dire son immense potentiel – même si elle est diminuée par de nombreuses formes de mal et d’injustice » (UNESCO).
Ce qui le conduit à affirmer que « la crise écologique actuelle est une crise anthropologique (…) ; l’Église est convaincue que chaque culture porte en elle une sagesse qui mûrit au sein d’un écosystème de peuples. L’habitat de la personne humaine c’est la société – non pas un environnement purement physique, comme le désert ou l’océan pour les animaux, mais un environnement moral et relationnel (UNESCO).
Il y a beaucoup à apprendre des discours et homélies du Pape (en France, bien sûr, mais aussi les discours en Espagne, dans la continuité) : par-delà un enseignement aux catholiques de France, c’est toute la feuille de route du pontificat qui s’est trouvée résumée en quatre jours.