L’Inspiration de saint Matthieu – Note sur deux tableaux du Caravage

En 1602, Caravage peignit deux représentations successives de saint Matthieu rédigeant son évangile, l’une conservée à Saint-Louis-des-Français à Rome et l’autre détruite dans l’incendie du Friedrich-Kaiser-Museum en 1944, mais connue par des photographies. Dans l’une l’ange tient  la main de Matthieu, alors que dans l’autre, il murmure à son oreille. Ces deux mises en scène révèlent deux conceptions bien différentes de l’inspiration.

 

Les deux représentations successives de saint Matthieu rédigeant son évangile, peintes par le Caravage en 1602, ont fait l’objet de nombreuses études, bien connues des historiens de l’art. Nous ne prétendons pas renouveler la question, mais il nous a semblé utile d ’en rappeler les données, qui illustrent parfaitement le présent cahier1.

Les touristes et pèlerins français en visite à Rome ne manquent pas d ’entrer dans leur église nationale, Saint‑Louis‑des‑Français, qui fut construite au seizième siècle sur des terrains appartenant aux Médicis. Elle fut consacrée en 1589 et affectée comme église nationale des Français. De nombreux artistes travaillèrent à sa décoration, mais les œuvres les plus connues se trouvent dans la cinquième chapelle de gauche, celle du cardinal angevin Matthieu Cointerel (Contarelli, 1519‑1585), un des principaux mécènes de l’édifice. Il avait laissé un legs important pour décorer cette chapelle, acquise en 1565 et avait donné des instructions pour l’iconographie : la vie de son saint patron, l’évangéliste. L’exécuteur testamentaire, Virgilio Crescenzi, fit appel à un sculpteur flamand, Jakob Cornelis Cobaert (1535‑1615), pour un groupe en marbre (Matthieu et un ange) pour l’autel, tandis que Giuseppe Cesari (plus tard connu comme le cavalier d’Arpino2 , 1568‑1640) était commissionné pour peindre des fresques sur les deux murs et la voûte3. Les contrats décrivaient l’iconologie retenue : un ange inspirant Matthieu pour le groupe sculpté, et pour les murs, la vocation de Matthieu d ’un côté et son martyre de l’autre. Dix ans plus tard, en raison d’un procès opposant les chapelains de l’église et Virgilio Crescenzi († 1592), puis ses héritiers, la décoration de la chapelle restait inachevée, et le sculpteur Cobaert avait renoncé à livrer son groupe, Saint Matthieu et l’ange4. [...]

 

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1 Je remercie Denis Dupont‑Fauville qui a attiré mon attention sur l’article de Francesco Saracino (et a donné une conférence au Collège des Bernardins à Paris à ce sujet).

2 Favori du pape Grégoire XIII Boncompagni, qui avait protégé Matthieu Cointerel.

3 Les peintures de la voûte ont été gravement endommagées.

4 Le groupe, complété en 1615 par Pompeo Ferruci (1565‑1637), se trouve aujourd’hui à l’église romaine SS. Trinità dei Pellegrini.


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