L’amitié

N° 229 Septembre - Octobre 2013*

Éditorial Irène Fernandez

Thème : L'amitié

Alexis Leproux : C’est la Sagesse que j’ai aimée

Alors qu’une certaine lecture du Livre de la sagesse a interprété la philia qui unit le Sage à la sagesse comme relation conjugale dans la ligne du Cantique des cantiques, une remise en honneur de l’héritage hellénistique dans lequel s’inscrit également l’auteur sacré permet de mettre en lumière la portée sociale et politique de l’amitié. À travers le récit d’une histoire se dessine la maturation d’une amitié initiée dans une relation maître-disciple pour s’achever par la figure du roi rendu capable de transmettre la vie qu’il a lui-même reçue en partage de son amitié avec la Sagesse.

Thomas Söding : L'amitié avec Jésus. Un motif néo testamentaire

 L'amitié, louée depuis l'Antiquité et considérée comme la seule relation véritablement désintéressée, est-elle possible avec Dieu ? Il semble que non, car elle suppose une relation de réciprocité et d'égalité. Impossible aux yeux des Grecs, elle est envisageable dans le judaïsme par l'intermédiaire de la Sagesse, mais seul le Christ permet à l'homme de devenir ami de Dieu, car c'est Lui-même qui l'institue comme tel, par amour, en donnant sa vie pour lui.

 Eberhard Schockenhoff : L’amour ou l’amitié de l’homme avec Dieu– La doctrine de la charité selon Thomas d’Aquin

 À partir de la conception de l’amitié (philia) aristotélicienne, Thomas d’Aquin précise la nature de l’amour qui unit l’homme et Dieu. Puisqu’il ne peut, selon Aristote, y avoir amitié qu’entre des semblables, Thomas est conduit à insister à la fois sur l’abaissement de Dieu vers l’homme et sur l’élévation, par Dieu, de l’homme jusqu’à Lui. L’action de l’homme dans le monde est alors soutenue et orientée par cet amour ou cette amitié entre Dieu et l’homme, ce qui permet d’écarter tout soupçon d’identification de la morale chrétienne à une morale de la rétribution. Ce sont alors non seulement les interprétations philosophiques de la morale chrétienne, par Kant ou Nietzsche notamment, qui sont  à rejeter, mais aussi la compréhension interne, par beaucoup de croyants, de leur religion. 

Michel Zink : Amour et amitié dans les lettres médiévales

L’Antiquité a chanté l’amitié. Le Moyen Âge, soucieux du sens chrétien de l’amour, en modifie la vision : troubadours et trouvères puisent à la source de la passion amoureuse. Peu à peu émergent l’amour courtois et « le roman de la rose ». Au travers des textes, ce sentiment qui englobe toutes les nuances de l’amitié à l’amour tend vers l’amitié spirituelle tournée vers « l’amitié du Christ ».

Ivica Raguz̆ : “Ecce ego et tu, et spero quod tertius inter nos  Christus sit” –  Aelred de Rievaulx : de l’amitié

 Le De spirituali amicitia, De l’amitié spirituelle, du cistercien Aelred de Rievaulx, ami de saint Bernard, fut un des traités sur ce sujet les plus célèbres du Moyen Âge. On en présente ici le contenu, et l’actualité, engageant le lecteur à découvrir toute la saveur de cette méditation.

 Hengying Rong : Le Traité de l’amitié de Matteo Ricci – De l’amitié universelle à l’amitié sous le ciel

Le Traité de l’amitié de Matteo Ricci (XVIe siècle) est le premier texte écrit en chinois par un Occidental. Tout en reprenant un genre et des thèmes qui remontent à l’Antiquité, il en fait un acte nouveau d’ouverture à une culture autre et différente. Il ne parle pas seulement de l’amitié, il la pratique par son ouvrage même, ce qui fut bien compris par les Chinois qui adoptèrent son Traité. Sa démarche et son œuvre, qui encouragent une communication véritable, sont plus actuelles que jamais.

Grégory Solari : John Henry Newman et Ambrose St John – Cor ad cor loquitur

L’amitié a beaucoup compté dans la vie de John Henry Newman, aussi bien lorsqu’il était anglican qu’après qu’il fut devenu catholique. L’Oratoire qu’il fonda à Birmingham était composé d’un petit nombre d’amis, dont la fidélité lui fut d’un précieux soutien lors de ses premières années difficiles dans l’Église. Le plus proche d’entre eux était Ambrose St John. On présente ici leur amitié dans son contexte.

Signet

Peter Henrici : Hans Urs von Balthasar – Un portrait

Premier regard porté sur le théologien disparu il y a 25 ans, fondateur de la Revue internationale Communio, par un de ses proches parents, ami et confrère. On trouvera ici la première partie du texte,  dont la suite sera publiée dans le prochain cahier.

Éditorial

Irène Fernandez

« J’ai aimé l’amitié »
Guy Bedouelle, peu avant sa mort au soir de l’Ascension, 2012.

 

« Il serait absurde de se dire l’ami de Zeus1 » : ce propos attribué à Aristote illustre à merveille la pensée des Anciens sur l’amitié, qui ne pouvait exister qu’entre égaux. Mais quand il s’agissait des rapports entre les hommes, l’amitié, loin d’être un agrément secondaire de la vie, était à leurs yeux un des biens essentiels sans lequel la pleine réalisation de soi, le bonheur tout simplement, était impossible. C’était un sujet qui paraissait donc digne d’attention : pour citer deux exemples majeurs, Aristote lui consacre deux des dix livres de L’éthique à Nicomaque, Cicéron écrit un De amicitia2  et leurs analyses et leurs distinctions ont nourri pour longtemps la réflexion du monde occidental sur la question.

Parmi leurs idées tant de fois reprises qu’elles paraissent être des lieux communs, on peut noter qu’il faut distinguer l’amitié vraie de toutes ses contrefaçons et dérives, que celle – ci est aussi rare que les autres sont nombreuses, et qu’elle suppose la réciprocité de l’attachement qui lie les amis, à la différence de l’affection et de l’amour.

Ce dernier point semble aller de soi si l’on y songe, mais cela exclut en fait bon nombre de ceux que l’on nomme hâtivement ou mondainement ses « amis ». On peut noter enfin l’importance de l’égalité des amis : l’amitié la crée parfois s’il ne s’agit que de surmonter une différence de rang social, mais comme elle est partage et intimité, « vie commune » disent les Anciens, elle ne peut s’épanouir que si les amis se retrouvent sur le même plan et qu’aucun ne fasse état d’une supériorité quelconque.

 

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1Magna Moralia, II, XIII, 6. Ce recueil n’est pas considéré comme étant directement d’Aristote, mais le texte cité résume parfaitement une pensée sur le sujet que le Stagirite a exprimée en bien des passages authentiques de son œuvre.

2. Cicéron, Laelius ou De amicitia, texte et traduction dans la collection Budé (Les Belles-Lettres), Série latine, n° 44, ou Loeb Classical Library n° 154.

Peter Henrici : Hans Urs von Balthasar – Un portrait

Premier regard porté sur le théologien disparu il y a 25 ans, fondateur de la Revue internationale Communio, par un de ses proches parents, ami et confrère. On trouvera ici la première partie du texte,  dont la suite sera publiée dans le prochain cahier.


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