Le corps

N° 32 Novembre - Décembre 1980 - Page n° 20

R. P. Michel SALES Le mystère du corps humain

Paradoxes

« Tu n'as voulu ni sacrifice ni offrande, mais tu m'as façonné un corps » (Hébreux 10,5-7). _ _ « Dieu n'a pas fait la mort, il ne se réjouit pas de la perte des vivants » (Sagesse 1, 13).

Le corps n'est pas une chose, mais le visage de l'esprit - et ce paradoxe, c'est l'homme. Le corps est aussi le visage que Dieu prend quand il s'inscrit dans la finitude de l'esprit créé.

Les deux premières pages, 20-21, sont jointes.

DANS son livre sur l'âme humaine et son origine, saint Augustin remarque que dans les œuvres mêmes de Dieu, « il est certaines choses plus difficiles à connaître que Dieu lui-même ». Le paradoxe s'accentue encore quand ces choses « qui se rapportent à notre nature et non à celle de Dieu » sont aussi proches de nous que nous-mêmes, sont nous-mêmes. Ainsi notre corps. Il n'est rien de plus nous, en un sens, et cependant rien ne nous échappe plus que lui. Le corps humain est un mystère, c'est-à-dire « une réalité intimement imprégnée de la présence de Dieu, et, partant, d'une nature telle, qu'elle admet toujours de nouvelles et profondes explorations d'elle-même » [[Paul VI, à propos de l'Église, dans le discours d'ouverture de la deuxième session du Concile Vatican II (29 septembre 1963). Sur le sens de ce terme, que j'emploie ici à dessein, voir H. de Lubac, « Quad significet Ecclesiam esse mysterium », in Acta Congressus internationalis de theologia Concili Vaticani II, Rome, 1968, p. 25-36. En procédant par paradoxes juxtaposés, j'ai voulu souligner intentionnellement la difficulté de saisir le mystère de notre condition corporelle, sans sacrifier cependant, dans l'ordre lui-même paradoxal dans lequel se présentent ces fragments, une logique plus profonde qu'il n'y parait tout d'abord.]]. (p.20) I Naissance et origines du corps humain Le mystère de notre condition corporelle est lié à la « plénitude des temps ». Il est à la fois l'alpha et l'oméga, le centre et le sens de l'histoire universelle. « Quand vint la plénitude des temps, Dieu envoya son fils, né d'une femme » (Galates 4, 4). Le Fils unique de Dieu, le Verbe de Dieu, Dieu s'est fait chair. Il est devenu le fruit d'un ventre maternel ; il a pris un corps sexué, comme tout homme, n'importe lequel d'entre les hommes. Partageant en tout notre condition charnelle, il a vécu, il a souffert, il est mort, comme chacun d'entre nous. Parler du corps humain, c'est toucher à la prunelle de l'œil de Dieu lui-même.

Quand il confesse que « Dieu s'est fait homme », le chrétien démythologise spontanément la formule et écarte tous les fantasmes (ceux de l'intelligence autant et plus que ceux de l'imagination) par référence à l'enfant de Bethléem. « Vous trouverez un nouveau-né emmailloté » (Luc 2, 12). C'est le seul signe. Rien de prodigieux. Rien de monstrueux. Le Fils de Dieu fait homme n'est pas une chimère : il ne réalise pas quelque conception hermaphrodite engendrée par l'esprit. « Né d'une femme », il assume le corps d'un enfant de sexe masculin. « Elohim dit : Faisons l'homme à notre image, à notre ressemblance ! Qu'ils aient autorité sur les poissons de la mer et sur les oiseaux du ciel, sur les bestiaux et sur toutes les bêtes sauvages et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre ! Elohim créa donc l'homme à son image, à l'image d'Elohim il le créa, il les créa mâle et femelle » (Genèse 2, 26-27). « Au commencement », avant même le péché, c'est en son corps, sexuellement différencié, que l'homme, mâle et femelle, est image de Dieu.

A l'origine, l'homme vient directement de Dieu et la femme naît de l'homme : « Ce n'est pas l'homme qui a été tiré de la femme, mais la femme de l'homme » (1 Corinthiens 11, 8 ; cf. Genèse 2, 22-24). Aujourd'hui, l'homme naît de la femme. Le plus génial, le plus puissant, le plus masculin des fils des hommes est en dépendance radicale d'un humble ventre féminin. Ainsi, « devant le Seigneur, la femme est inséparable de l'homme et l'homme de la femme. Car si la femme a été tirée de l'homme, l'homme naît de la femme et tout vient de Dieu » (1 Corinthiens 11, 11-12). Spirituel jusque dans la chair, charnel jusqu'en son esprit : tel est le plus petit des enfants des hommes dès sa conception dans le ventre de sa mère. Mais que dire du mystère spirituel de l'union des corps de l'homme et de la femme, d'où vient un nouvel être humain, indistinctement corporel et spirituel, libre, différent et bientôt capable d'entrer en dialogue avec ceux qui lui ont donné la vie ? C'est l'enfant qui, rétrospectivement, jette un peu de lumière sur le mystère du corps, comme l'a si délicatement suggéré Jules Supervielle :

« Ce pur enfant, rose de chasteté,

Qu'a-t-il à voir avec la volupté ?

(p.21)

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Michel SALES s.j.

 

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