La grande ville

N° 246 Juillet - Aout 2016 - Page n° 107

Père Bernard POTTIER Depuis quand l’être humain est‑il une personne ?

Parcours historique et systématique, l' humain, appelé à devenir personne, déploie et unifie progressivement les quatre niveaux anthropologiques qui le constituent : corps, psychisme, raison et esprit. Ces quatre niveaux se déclinent en psychologie génétique comme en thérapie, en épistémologie comme en musique, en analyse de l’amour, du bien et du mal, fournissant à la philosophie des médiations pour unifier le corps et l’esprit. Ainsi s’exprime de mieux en mieux l'incommunicabilité fontale de toute personne (Richard de Saint‑Victor, Tomas d’Aquin, Duns Scot), à laquelle Balthasar indique son but ultime : l'accomplissement de la mission christique propre à chacun.

 

1. Première esquisse

Dans nos sociétés démocratiques, où chacun a en principe droit à la parole, nous sentons le poids de la civilisation de masse. Sommes‑nous en réalité plus qu’un numéro ? 

Aujourd’hui, beaucoup de problèmes éthiques sont liés à l’idée que l’on se fait de la personne, problèmes du début et de la fin de vie, de l’identité sexuelle, etc. 

Il est urgent de se ré‑interroger sans cesse sur le statut de la personne, car aujourd’hui, vu le succès de l’approche scientifique et technocratique, et leur déploiement en tant que vision du monde, un modèle purement objectif et fonctionnel de compréhension de l’être s’est partout répandu.

Le personnalisme du milieu du XXe siècle comprend quelques philosophes d’envergure, notamment chrétiens, et le pape Jean‑Paul II est souvent considéré comme l’un d’eux. Il entend sauver la personne de l’engloutissement par une technique rationaliste. Ce mouvement philosophique s’appuie volontiers sur la différence à faire entre l’individu et la personne. Au départ, l’individu ; au terme, la personne. Le concept d’individu est très pauvre, celui de personne très riche. Entre les deux, un parcours s’effectue, tant spéculatif que pratique. Cette distinction  majeure est présentée par Balthasar d’une manière originale, que nous voudrions en partie exposer ici1. Son intuition développe les réflexions de Przywara dans Deus semper maior2. L’être humain est indéfinissable, mais on peut l’approcher par une triple polarité : corps et esprit ; homme et femme ; individu et communauté3

1. L’être humain est à la fois corps et esprit : tension constante et équilibre délicat, évoluant avec les âges de la croissance de la vie humaine. 

2. L’être humain est à la fois homme et femme. Personne n’est les deux à la fois. Mais chacun se définit à chaque moment dans cette tension, dans cette polarité. 

3. Il est à la fois un individu et membre d’un groupe : la personne tient le milieu entre l’individu et la communauté. 

Nul d’entre nous n’est capable de se définir, s’il n’envisage ces trois polarités, s’il ne se situe de manière équilibrée dans ces tensions inévitables et constitutives de l’humanité. Ces [...]

 

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1 Nous recourrons à trois volumes de la Trilogie qui sont présentés dans la bibliographie finale avec leurs abréviations respectives. 

2 Przywara 1964, 49‑68.

3 DD II 1, 309‑345.

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