Christianisme et tragédie

N° 271 Septembre - Octobre 2020 - Page n° 103

Andreas BIERINGER «Et le monde vacilla …» L’influence de la liturgie catholique sur la littérature contemporaine de langue allemande

Partant du constat que la littérature avant-gardiste du XXe siècle, tout en prenant ses distances, fait preuve d’un respect religieux pour le rite chrétien, l’auteur montre, plus spécialement dans l’œuvre de Peter Handke, ce qu’il entend par influence de la liturgie sur la langue et sur le fond de la littérature contemporaine.

Malgré les différences confessionnelles, la liturgie catholique sous toutes ses formes fut pour beaucoup d’écrivains une source d’inspiration sans cesse renouvelée. Dans son Voyage en Italie, Goethe, qui ne cache pourtant pas dans le reste de son oeuvre ses réserves sur l’art chrétien, exprime son admiration pour les célébrations pontificales de la Chapelle Sixtine. C’est avant tout les Matines et Laudes du Vendredi saint, l’Office des Ténèbres, qui attirèrent son attention d’écrivain, même si le pape qui célébrait ne faisait qu’aller et venir devant l’autel « gesticulant et murmurant comme un curé de campagne », lit‑on à un autre endroit de son Journal. On pourrait confronter à ces pages les célèbres descriptions que fait Goethe des sept sacrements dans Fiction et Vérité.

Pour retenir un autre grand nom de l’histoire littéraire, l’Irlandais James Joyce fait commencer son monumental Ulysse par les premiers mots de la messe, Introibo ad altare Dei, une citation du Psaume 43, un des psaumes des Montées : un intellectuel poivrot prononce ces mots en brandissant un bol à raser plein de mousse sale. Une scène particulièrement impressionnante est aussi celle où le protagoniste juif, Leopold Bloom, assiste, distant et moqueur, à une célébration de la messe, sans parvenir à réprimer un certain respect face à la liturgie. Il est frappant de voir comment la littérature avant‑gardiste du XXe siècle, tout en prenant ses distances, fait preuve d’un respect religieux pour le rite chrétien.

Paul Celan aussi, on le sait depuis la parution de L’Étoile de craie de Celan de Brigitta Eisenreich, assista en Bretagne à un Office des Ténèbres, une expérience dont on peut trouver des traces dans ses poèmes. Ce rite propre à la Semaine Sainte, dont la réforme liturgique de Vatican II a parfois bien réduit la force symbolique, est appelé Officium Tenebrarum, et son origine juive est évidente : dans les liturgies du Jeudi Saint, Vendredi Saint et Samedi Saint, les lectures proviennent principalement du livre des Lamentations de Jérémie. En même temps, on éteint l’un après l’autre les cierges du candélabre triangulaire, pour que l’obscurcissement de l’espace donne une image sensible de la déploration des ténèbres divines du Vendredi Saint (Matthieu 27, 45). Le poème Tenebrae de Paul Celan, comme l’a montré de façon très suggestive J.‑H. Tück, rapproche – sur le mode d’ « une christologie poétiquement autre » – la souffrance des victimes juives de la Shoah de la Passion du Crucifié. Le lien est encore plus évident dans le poème Benedicta du même recueil La Rose de personne. Le titre du poème est emprunté à la deuxième phrase de l’Ave Maria en latin (Benedicta tu in mulieribus et benedictus fructus ventris tui, Jesus). Cette énumération, que l’on pourrait encore prolonger, peut permettre de comprendre la relation complexe, sinon évidente, entre littérature et liturgie. Bien que les deux termes littérature et liturgie, qui présentent une forte proximité sémantique, ne soient pas, étymologiquement liés l’un à l’autre, il existe entre eux d’indubitables influences. [...]

Pour lire la suite de cet article, vous pouvez acheter ce numéro ou vous abonner pour recevoir tous les numéros!

Revue papier

Prix HT €* TVA % Prix TTC* Stock
13.71 2.10 14.00 Stock: 49

*Hors frais de port s'élevant entre 3 et 5 euros selon le pays d'expedition

Revue numérique

Titre Prix HT € TVA % Prix TTC Action
sommaire - pdf Gratuit pour tout le monde Télécharger
Christianisme et tragédie - couverture - pdf Gratuit pour tout le monde Télécharger
Christianisme et tragédie - pdf dynamique 7.84 2.10 8.00 Ajouter au panier
TÜCK: Mourir pour autrui— Préfigurations de la Passion dans la tragédie grecque : l’Alceste d’Euripide - pdf 3.92 2.10 4.00 Ajouter au panier
ARMOGATHE : L’Euripide chrétien - pdf 3.92 2.10 4.00 Ajouter au panier
ZANIN : Tragique chrétien et tragédie - pdf 3.92 2.10 4.00 Ajouter au panier
LEFEBVRE : La grande tragédie biblique - Réflexions sur le concept débattu de "tragique" - pdf 3.92 2.10 4.00 Ajouter au panier
MOONS : Congar et Vatican II – symbole d’une Église en conversion. - pdf 3.92 2.10 4.00 Ajouter au panier
FAMEREE : Yves Congar- Un itinéraire pionnier en ecclésiologie et œcuménisme - pdf 3.92 2.10 4.00 Ajouter au panier
ARTEAGA : Yves Congar et l'Esprit saint - pdf 3.92 2.10 4.00 Ajouter au panier
BIERINGER : «Et le monde vacilla …» L’influence de la liturgie catholique sur la littérature contemporaine de langue allemande - pdf 3.92 2.10 4.00 Ajouter au panier
CONGOURDEAU : Est-ce Dieu qui envoie les pandémies ? Trois témoignages du premier millénaire chrétien: Cyprien, Basile et Anastase 3.92 2.10 4.00 Ajouter au panier