Sauver la nature?

N° 272 Novembre - Décembre 2020 - Page n° 75

Isabelle LEDOUX-RAK Quand la science nous apprend la patience

Le déni d’un temps orienté a longtemps ralenti les progrès de la connaissance scientifique.  Il est  désormais admis que le monde s’est construit et organisé dans la durée, depuis le commencement de l'Univers jusqu’à l’émergence du vivant et de l’Homme lui-même. Forcer la nature à nous livrer ses ressources à une cadence bien supérieure à ce qu’elle peut nous fournir revient à ignorer son inscription dans cette durée. À force de réduire sans cesse les délais pour accélérer la « croissance », c’est le temps lui-même qui disparaît. Sa contraction actuelle représente une nouvelle stratégie de refus qui altère notre rapport à la Création et nous maintient dans l’ignorance de la plus grande partie de ses lois. Retrouver la patience à l’égard du créé pourrait nous permettre de mieux y vivre et de mieux le comprendre. 

Si le titre de ce numéro peut se prêter à diverses interprétations, la plus élémentaire d’entre elles repose sur une prise de conscience, celle de la fragilité de la nature, de son instabilité, de son caractère périssable. Or, cette même nature fut longtemps considérée, y compris par les scientifiques, comme douée d’une permanence indestructible et immuable. On connaît l’hostilité, qui dure encore dans certaines chapelles, à l’encontre de la théorie de l’évolution. Mais cette réticence à admettre la temporalité dans le cosmos ne s’est pas cantonnée à quelques cercles fondamentalistes. En particulier, en physique, en astrophysique, et même en chimie, le principe de l’éternité de l’Univers, de la matière,
des atomes, a représenté, y compris de la part de scientifiques éminents, une puissante force d’opposition aux théories nouvelles proposées par l’astrophysique, la thermodynamique, la chimie nucléaire, malgré les confirmations expérimentales qui n’ont cessé de les étayer. Il a fallu plus d’un siècle pour que les scientifiques acceptent d’inclure pleinement la dimension temporelle dans leur description du monde physique.

Ce nouveau rapport au temps aurait dû, en toute logique, sensibiliser l’humanité aux risques d’aliénation, voire de destruction pure et simple de l’environnement par un modèle socio-économique privilégiant la production et la consommation croissante d’objets à partir de ressources « naturelles » dont nous savons bien qu’elles ne sont pas infinies. Or, malgré cette image d’un cosmos soumis à l’usure du temps, cet emballement ne semble pas faiblir et l’activité humaine accélère cette caducité prédite par les lois de la physique. Il faudra donc essayer de comprendre pourquoi, en dépit ou peut-être à cause de la découverte de l’impermanence de la nature, l’homme est passé de la compréhension et de la contemplation du monde à une manipulation qui pourrait conduire à son anéantissement. Peut-être en fin de compte n’a-t-il pas réellement admis, dans toutes ses conséquences, cette temporalité que la science nous dévoile ?

La science moderne ou la découverte d’un monde en devenir

Depuis le milieu du xixe siècle, les sciences de la nature ont progressivement mis en évidence l’existence de phénomènes évolutifs, inscrits dans les lois de la physique et de la biologie. Ainsi, la thermodynamique repose sur une  notion fondamentale qui exclut toute histoire cyclique d’un cosmos qui serait en perpétuel recommencement et qui, par là même, impose une temporalité à sens unique (la « flèche du temps ») : l’irréversibilité. [...]

Pour lire la suite de cet article, vous pouvez acheter ce numéro ou vous abonner pour recevoir les prochains numéros!

Revue papier

Prix HT €* TVA % Prix TTC* Stock
13.71 2.10 14.00 Stock: 44

*Hors frais de port s'élevant entre 3 et 5 euros selon le pays d'expedition

Revue numérique

Titre Prix HT € TVA % Prix TTC Action
Sauver la nature? - pdf 7.84 2.10 8.00 Ajouter au panier
Florian Michel: Ecologie intégrale, écologie politique, christianisme- Remarques historiennes - pdf 3.43 2.10 3.50 Ajouter au panier
Rémi Brague: De la nature à la création , et retour - pdf 3.43 2.10 3.50 Ajouter au panier
Paul Colrat : Sauf la nature- De l'écologie à la sotériologie - pdf 3.43 2.10 3.50 Ajouter au panier
Jean-Luc Marion : Habiter notre terre - pdf 3.43 2.10 3.50 Ajouter au panier
Isabelle Rak : Quand la science nous apprend la patience - pdf 3.43 2.10 3.50 Ajouter au panier
Fabrice Hadjadj : Valeur et signification du blob - pdf 3.43 2.10 3.50 Ajouter au panier
Ivica Zizic : Exaudi orationem meam - La prière dans la musique d'Arvo Pärt - pdf 3.43 2.10 3.50 Ajouter au panier