Gnose et écologie

Jacques ARNOULD
La Tentation de la Gnose - n°142 Mars - Avril 1999 - Page n° 57

Les progrès de la science contemporaine ne cessent d'interroger la foi chrétienne sur le mystère du monde : compréhension de l'univers, de la vie, de l'homme dans sa relation à la nature. Autant de questions qui suscitent les réponses de courants de pensée assimilables à la gnose par les voies de salut qu'ils proposent.

La gnose à grands traits.

De la gnose, Héracléon donne la définition suivante : « Ce n’est pas seulement le baptême qui est libérateur, mais c’est aussi la gnose : Qui étions-nous ? Que sommes-nous devenus ? Où étions-nous ? Où avons-nous été jetés ? Vers quel but nous hâtons-nous ? D’où sommes-nous rachetés ? Qu’est-ce que la génération ? Et la régénération ? » La gnose, nous apprend ainsi ce gnostique, est une connaissance salvatrice qui révèle à l’homme son origine (une génération, une descente ici-bas) et sa destinée possible (une régénération, un retour à l’origine). Origine et destinée : les deux termes d’une seule et même interrogation, auxquels il convient toutefois d’ajouter d’autres traits pour lui donner toute son originalité. Leur caractère ésotérique en est probablement un, tellement commun cependant qu’il ne permet pas de distinguer les écoles appartenant à l’orthodoxie chrétienne (on parle ainsi d’une gnose chrétienne, à propos des écrits de Clément d’Alexandrie, voire d’Origène) de celles qui ont été déclarées hétérodoxes et auxquelles est habituellement conféré le nom de gnosticisme. Un autre critère mérite d’être utilisé, parce que plus discriminant, celui du rapport de la gnose à la morale. La pensée gnostique prétend en effet ruiner la nécessité d’une morale, qu’elle soit celle des chrétiens ou celle des philosophes : si nous ne sommes que des pantins entre les mains des forces surnaturelles, si nous sommes, bien malgré nous, les prisonniers d’une Puissance mauvaise, celle-là même qui a créé le monde sensible, quelle part de responsabilité morale portons-nous réellement ? Dans le système gnostique, la génération comme la régénération de l’être humain apparaissent extérieures à ce dernier, à sa volonté et à sa liberté, relevant plutôt d’un conflit entre deux divinités, un Démiurge qui a créé le monde sensible et un Dieu transcendant dont émane le monde intelligible. Dès lors, ajoutent les gnostiques hétérodoxes, mieux vaut prendre partie pour le Serpent du récit de la Genèse, autrement dit pour celui qui invite et conduit à la connaissance (la gnose) du bien et du mal, et ce, contre le Démiurge, jaloux de son pouvoir jusqu’à interdire précisément à Adam et à Ève l’accès à cette connaissance. Est-il besoin d’ajouter qu’une telle morale (ou plutôt une absence de morale, diraient les opposants au gnosticisme) s’accompagne d’un dédain pour le monde sensible, d’un pessimisme à son endroit qui reflète une pensée fortement dualiste : le gnostique se considère avant tout comme étranger au monde sensible, son âme (son moi) est prisonnière de son corps, sa seule source d’optimisme est d’espérer profiter du triomphe final sur cette réalité d’un Dieu qui en est lui aussi totalement étranger.

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