Résurrection de la chair

N° 87 Janvier - Février 1990 - Page n° 4

Mgr. Claude DAGENS Notre corps promis à la résurrection

Thème

 Mgr Claude DAGENS

Croire en la résurrection de la chair, c'est croire que le Dieu vivant peut ressaisir non seulement notre structure corporelle d'homme, mais notre histoire humaine qui porte la marque du temps et qui est passée par notre corps.

Tout l'article est joint.

LA FOI chrétienne ose affirmer que la mort n'est pas définitive, mais que l'homme, dans sa totalité corporelle et spirituelle, est promis par Dieu à la résurrection. Cette foi en la résurrection peut paraître scandaleuse, inacceptable ou imaginaire. Comme pour les premiers auditeurs de Jésus, notamment les Sadducéens, ou pour les philosophes d’Athènes qui ne peuvent pas admettre que le corps, cette « prison de l'âme », accède au monde de Dieu.

 

Nous nous trouvons ainsi devant un double défi et une double question: comment justifier cette foi en la résurrection ? Quels en sont les fondements ? Et d'autre part, comment la comprendre ? Quel en est le contenu et quelles en sont les implications pour notre corps ?

 

I- Foi en la résurrection de la chair: pourquoi ?

1. La prédication de Jésus

Première raison: elle fait partie de la « foi catholique reçue des apôtres » et se rattache à la prédication de Jésus lui même. Affronté à l'énigme de la résurrection, avec l'histoire de la femme mariée sept fois (Luc 20, 27 40), le Christ affirme qu'il existe une logique de la résurrection, différente de la logique de ce monde, une logique de vie absolue à cause de Dieu qui « n'est pas le Dieu des morts, mais le Dieu des vivants » (Marc 12, 27). Jésus sera encore plus explicite, en liant l'Eucharistie et la résurrection future: « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, et moi, je le ressusciterai au dernier jour » (Jean 6, 54). Notre foi en la résurrection est donc inséparable de notre foi en Jésus et d'une foi qui concerne nos corps actuels, puisqu'elle passe par le « manger » et le « boire».

 

Ce réalisme de la foi et de l'espérance implique toute une conception de l'homme: l'homme selon Dieu est une totalité organique, corps et âme, âme incarnée et corps animé. Toute l'anthropologie de l’Ancien et du Nouveau Testaments exclut le dualisme. Et il ne s'agit pas seulement d'une option philosophique. Il s'agit de la foi en Dieu. Il s'agit de comprendre et d'accepter que Dieu soit libre de se saisir de toute la réalité de l'homme pour la conduire à une existence, où tout recevra son sens ultime. L'homme que Dieu crée et appelle à la vie nouvelle dans le Christ, c'est l'homme tout entier, à la fois corps et âme. Refuser la résurrection de la chair, c'est mettre en doute la liberté qu'a Dieu de « faire toutes choses nouvelles ».

 

2. La tentation gnostique

 

Mais au point de vue de l'histoire, il faut bien constater que cette foi en la résurrection de la chair, c'est à dire de l'homme dans sa totalité, a toujours exigé un combat. Depuis les premiers siècles jusqu'à l'époque moderne, l'Eglise doit lutter contre toutes les formes de dissociation entre l'âme et le corps: elle doit défendre la dignité du corps de l'homme et, dans ce but, elle doit s'opposer à toutes les philosophies et à toutes les pratiques qui tendent à dévaluer ou à mépriser le corps.

 

Durant les premiers siècles et jusqu'au Moyen Age, avec l'hérésie cathare, l'Eglise s'est opposée farouchement à ce que l'on appelle la gnose, ou les gnoses, celles de Marcion, de Valentin ou de Mani. La gnose se présente comme un savoir, une connaissance quasi scientifique, qui explique la genèse du monde sur la base d'un dualisme absolu. En réalité, il existe deux Dieux : d'une part un Dieu inférieur, un Démiurge qui est le Dieu de la Création. Mais ce Dieu est un dieu impuissant, dominé par les forces du mal, de sorte que la création est un échec, un système en état de dégradation permanente. Or la matière et le corps appartiennent à la création: ils sont donc radicalement viciés, corrompus. Le salut pour l'homme consistera à s'arracher à ce monde des corps. C'est ainsi qu'apparaît un second Dieu, un Dieu bon, qui est l'ennemi du premier, du Dieu de la création et qui vient révéler à des hommes choisis le chemin du salut.

 

La gnose devient ici morale mystique du salut spirituel: la révélation gnostique s'adresse à des initiés, à des élus, réunis dans des groupes plus ou moins sectaires. Pour être sauvés, il faut s'arracher au monde des corps, pour rejoindre le Royaume de la lumière. Et cela demande toute une initiation, une ascèse, avec à la fois un régime alimentaire (il y a des aliments lumineux et des aliments obscurs) et une liturgie, une espèce de vie sacramentelle (les cathares insisteront beaucoup sur cette initiation supérieure). Mais dans le cas de ce dualisme absolu, le corps humain appartient au monde inférieur de la création: il n'est qu'un déchet, un résidu, une forme dégradée de la matière. La vie avec Dieu passe par le rejet du corps.

 

De sorte que l'on constate, dans les groupes gnostiques, à la fois une très forte exigence ascétique et une réelle anarchie sexuelle. Mais cela peut se comprendre, puisque le corps humain n'est qu%ne guenille, un revêtement extérieur ou une « prison de l'âme ». Il est sans valeur. On peut donc se permettre aussi bien de le traiter comme un esclave par l'ascèse ou de le livrer à toutes les manipulations possibles par la débauche. Ascèse ou débauche procèdent du même mépris radical du corps, considéré au mieux comme un instrument docile, au pire comme un handicap insupportable pour l'âme.

 

Si l'Eglise des premiers siècles a affirmé avec tant de netteté «J'attends la résurrection de la chair», c'est qu'elle avait compris la menace énorme que constituait la gnose pour la foi et pour le sens chrétien de l'homme: Irénée de Lyon, face aux gnostiques de Valentin ou de Marcion, consacrera un livre entier de son Adversus haereses à démontrer que c'est l'homme tout entier, tel qu'il est sorti des mains de Dieu, qui est appelé à la résurrection. Cette résurrection de la chair, expliquera-t-il, se situe dans le sillage de l'acte créateur du Père; et, en même temps, elle prolonge l’Incarnation du Verbe qui s'achève dans la Résurrection du Christ.

 

3. Les formes contemporaines de la gnose

 

On pourrait facilement montrer que la tentation gnostique existe sous d'autres formes à notre époque moderne. Mais les éléments constitutifs sont toujours présents. On trouve en effet d'un côté une dissociation, non plus exactement entre l'âme etle corps, mais entre le domaine de la matière pure, livrée au hasard et à la nécessité, et le domaine de l'esprit pur où règnent à la fois la rationalité intelligente et la liberté. Cette dissociation est à l'arrière plan de la technique et notamment de certaines techniques médicales. On observe, d'autre part, un refus plus ou moins conscient de la création ce monde serait au fond un échec. Il engendre guerres et catastrophes. Il ne peut pas venir d'un Dieu bon. L'homme est donc acculé à être son propre sauveur. Ce monde ne vient pas de Dieu: il est tout entier le monde de l'homme, offert aux manipulations des hommes. Mais qui fixera les limites de ces manipulations ? De sorte que le corps humain est, à la fois, adoré, exalté (cf. la publicité) et méprisé, traité comme un objet de manipulations, en fonction des lois de la biologie, de l'économie et de la politique.

 

L'Eglise est donc appelée à mener un nouveau combat pour défendre la dignité absolue du corps humain, parce que le corps fait partie de la totalité de l'homme comme créature de Dieu, et qu'il est promis à la vie éternelle. René Rémond écrivait récemment, à propos de la torture, que si les chrétiens, avec d'autres, luttent contre toutes les formes d'avilissement physi¬que, c'est parce qu'ils croient à la valeur irréductible du corps humain. Et de même, quand nous défendons l'embryon humain dans le ventre de sa mère ou la vie des vieillards dont les corps sont estropiés, déformés, exténués par l'âge ou la maladie, c'est le même combat que nous menons: nous voulons affirmer que le corps humain a un prix infini, parce qu'il n'est pas un objet, mais qu'il est lié à l'identité unique de chaque homme. Chaque être humain, avec son corps et jamais sans son corps, vient de Dieu et est promis à la vie éternelle, à travers ce que la foi appelle la résurrection. Imaginer des réincarnations successives, c'est refuser ce caractère unique de chaque personne.

II Que signifie la résurrection de la chair ?

Il faut maintenant rendre compte de cette foi en la résurrection de la chair (ou des morts). Comment comprendre que l'homme soit appelé à une vie nouvelle avec Dieu, une vie ressuscitée ? En n'oubliant pas que «l'homme », cela signifie: tout homme et tout l'homme: chaque humain avec son caractère unique, avec sa dignité personnelle irremplaçable ; et, en même temps, l'homme comme totalité, corps et âme,l'homme avec sa figure corporelle et sa réalité spirituelle. Comment Dieu est il capable de renouveler l'homme, par delà la mort, l'homme dans toutes ses dimensions, tout homme et tout l'homme, et aussi toute l'humanité ? C'est à cette même question que l'apôtre Paul était confronté par les chrétiens de Corinthe (1 Corinthiens 15, 35 41). Le contenu de notre réponse ne sera pas différent de la sienne.

 

1. La corporéité: accès au mystère du corps humain

 

Il faut parler du corps, ou plutôt de la corporéité, accepter d'abord des formes multiples de corporéité, et accéder ainsi au mystère du corps humain. Saint Paul parle de «chair». Je parlerai plutôt de « corporéité », pour dire simplement que les formes corporelles n'ont pas toutes le même rapport à l'univers. Autre la corporéité d'un rocher, qui adhère à la terre et, par lui-¬même, est immobile. Autre la corporéité d'un arbre, qui vient d'une semence enfouie dans la terre qu'il prolonge en s'élevant dans l'espace, en vivant, en se développant, en donnant des fruits. Autre est la corporéité d'un animal, poisson, oiseau ou bête sauvage, qui donne des signes de sa vitalité, à la fois par le mouvement et par le déploiement de ses instincts de vie. Avec l'être humain et sa station droite (cerveau libéré, bras tendus en avant ), on accède à un degré supérieur de corporéité : le corps de I’homme n'est pas seulement soumis à des lois mécaniques et biologiques. Il est façonné du dedans par l'esprit : le visage peut alors révéler ou masquer ce travail intérieur de l'esprit. Les artistes le savent ou les peintres d'icône: le visage d'un homme ou d'une femme, même très âgé, est comme porteur d'une espèce de transcendance; il est comme aux confins du corps et de l'âme.

 

Mais il y a plus que cela: il y a comme un mystère du corps humain, qui ne se réduit pas à ses contours anatomiques et à ses fonctions biologiques. Le corps d'un être humain est porteur d%ne histoire, faite de multiples figures liées à l'enfance, à l'adolescence, à l'âge adulte, à la vieillesse. Tous les événements de notre histoire : maladies et blessures de la vie, et aussi amour et amitié, joies et luttes, tout cela est inscrit dans notre corporéité. Notre corps de chair n'est pas seulement structure, mais histoire. Croire en la résurrection de la chair, c'est croire que le Dieu vivant peut ressaisir non seulement notre structure corporelle d'homme, mais notre histoire humaine qui porte la marque du temps et qui est passée par notre corps.

 

2. Le passage au « corps ressuscité »

 

Il faut ici relire l'apôtre Paul et accepter qu'un seuil décisif, quasi infini soit franchi: le seuil, pour ne pas dire l'abîme, qui sépare ce que Paul appelle le « corps physique » et le « corps spirituel ». A l'origine de tout, il y a Jésus ressuscité, avec son corps humain crucifié et glorifié. Le principe indépassable de notre résurrection, c'est la Résurrection de Jésus, avec ce qu'elle a d'unique. Quelle est donc cette vie nouvelle qui rayonne dans la personne de Jésus ressucité ?

 

C'est d'abord la vie de quelqu'un qui ne mourra plus. Jésus ressuscité n'est pas Lazare ressuscité. Il n'est ni réincarné ni simplement revenu à la vie mortelle. Le Christ ressuscité ne meurt plus. Il est vivant d'une vie qui est au delà du monde physique et historique, d'une vie « spirituelle ». Et cette vie « spirituelle » passe par son corps d'homme que l'on qualifie de « corps spirituel » au plein sens du mot. Spirituel, c'est à dire totalement animé par l'Esprit de Dieu qui fait toutes choses nouvelles. Le corps spirituel du Seigneur est libre par rapport aux conditions de l'espace et du temps. La Bible parle alors de la « gloire » du Christ, et de son « corps glorieux », anticipé dans l'événement de la Transfiguration, c'est à dire totalement transparent à la lumière de l'Amour. Ce n'est pas un phénomène physique, c'est une nouvelle relation à Dieu: l'énergie de l'amour, qui animait Jésus dans sa mort physique, anime désormais toute sa personne de Fils. Enfin, le Christ ressuscité est le nouvel Adam. Sa Résurrection inaugure une création nouvelle. Il est le « premier né d'entre les morts », l'homme céleste après l'homme terrestre. Et Jésus ressuscité commence une autre genèse du monde. A partir de Lui, on peut parler d'une « dynamique de résurrection » qui vient traverser et transformer notre monde actuel, le « monde ancien », encore marqué par la destruction et la mort.

 

3. La ' dynamique de résurrection ' qui vient du Christ

 

Il nous reste à comprendre comment agit en nous, jusque dans nos corps, cette cx dynamique de résurrection » qui vientdu Christ. Car, de même que la mort est présente au coeur de nos vies, de même la Résurrection du Seigneur se communique à tous au coeur même de nos vies, avec ce qui les blesse ou même les détruit. Ici, il nous faut faire apparaître l'action de l'Esprit Saint: c'est lui qui nous donne de participer à la Pâque du Christ. Par la foi qui nous tourne vers le Seigneur, et par les sacrements, notamment le Baptême et l’Eucharistie, qui, chacun à sa manière, nous font entrer dans ce processus mystérieux de mort et de résurrection.

 

Et si l'on parle de «corps spirituel », il faut bien s'entendre: l'Esprit Saint ne viendra pas reconstituer nos corps de chair, mais il les fera accéder à un mode nouveau d'existence, à une condition spirituelle. De même que l'homme existe dans sa condition humaine, charnelle, terrestre, Dieu lui donne d'exister à partir du Christ, dans une condition nouvelle, spirituelle, céleste, qui est comme une nouvelle naissance. Mais il ne faut pas oublier la source de cette dynamique de résurrection. Ce n'est pas une affaire de physique surnaturelle, c'est une affaire de vie et de mort, plus exactement d'amour vivant plus fort que la vie et que la mort. Ce qui forme en notre humanité mortelle le Royaume de la Résurrection, c'est l'amour reçu du Dieu vivant, à travers la croix du Christ; c'est l'amour donné et l'amour reçu à travers nos vies humaines destinées à la mort, mais promises à entrer dans l'éternité de Dieu. Et ce chemin de résurrection passe par notre histoire actuelle.

 

III. L'achèvement du monde en Dieu

 

La foi chrétienne va très loin: quand elle prophétise la « vie du monde à venir », elle ne promet pas seulement un achèvement de l'homme en Dieu, mais un achèvement en Dieu du monde tout entier, cosmos et histoire. C'est l'univers dans sa totalité qui est appelé à entrer dans l'éternité de Dieu, à devenir Royaume de Dieu, « cieux nouveaux et terre nouvelle ». Comment penser cette transfiguration totale du cosmos ?

 

Il faut ici revenir à Paul et au chapitre 8 de sa Lettre aux Romains. Il y a comme une Pâque de l'univers, qui a la forme d'un enfantement: à l'intérieur du monde actuel, avec toutes ses blessures et toutes ses espérances, se constitue laborieuse¬ment la figure du monde nouveau, où la liberté de Dieu sera plus forte que tout. Le monde présent est comme la matrice dumonde à venir. Mais une telle espérance n'est pas du tout un rêve ou une utopie. Elle est un engagement, parce qu'elle constitue une interprétation du monde actuel et de l’histoire actuelle. L'eschatologie chrétienne comporte une théologie de l'histoire: les chrétiens peuvent lire et vivre l'histoire du monde, avec tous les hommes, comme l'histoire du dialogue permanent de Dieu avec les hommes et des hommes entre eux et avec Dieu, une histoire du Salut.

 

Ce qui comporte au moins trois convictions fondamentales:

 

1. L'homme, acteur libre de son histoire

 

C'est l'homme, avec sa liberté, qui est l'acteur de son histoire. Mais l'homme historique, c'est Adam pécheur: libre d'accepter ou de refuser le don de Dieu. De sorte que l'histoire demeure le lieu d'un affrontement des libertés humaines: non pas conflit entre les forces du Bien et les forces du Mal, mais affrontement en chaque homme et en chaque société humaine, entre ce qu'Augustin appelle la « Cité des hommes pécheurs » et la « Cité de Dieu ». L'histoire ne peut pas ne pas être une «permixtio » inextricable: mélange de bon grain et d'ivraie, de progrès et de régression, d'actes de dévouement et d'actes de barbarie. Les chrétiens sont appelés à accepter cette ambivalence radicale du temps de l’histoire en attendant le « Jour du Seigneur ».

 

2. La fin de l'histoire

 

Les chrétiens ont été avertis par le Christ lui même: il y aura une fin de l'histoire et un achèvement du monde. Cet achèvement ne viendra pas du développement naturel du temps et de l'histoire, mais d'un acte de Dieu par une venue du Christ. ~et achèvement passera par un jugement du monde, un jugement dernier, dont le critère est rigoureusement personnel: « J'ai eu faim et vous m'avez donné à manger; j'ai eu soif et vous m'avez donné à boire... » (Matthieu 25, 31 46). Il s'agira pour chacun d'être reconnu par le Christ et d'être jugé par lui selon la norme absolue de l’Amour ou du refus d'aimer et d'être aimé.

 

Mais qui peut juger pour les autres? Qui peut dire qu'il existe des êtres humains qui sont restés enfermés pour toujours dans le refus absolu de l'amour qui crée et sauve notre monde ?

 

Comme l'a écrit Hans Urs von Balthasar dans son dernier livre, nous pouvons « espérer pour tous ». Certes, l'enfer, le Royaume du refus existe. Mais le Maître de l'enfer, c'est le Seigneur, et il est lui même « descendu aux enfers ».

 

3. Un horizon qui n'est pas si lointain

 

Enfin, cet achèvement du monde n'est pas seulement un horizon lointain. Il nous est donné de l'anticiper dans la foi, dans la vie et dans la prière chrétiennes. Entrer dans l'éternité de Dieu, ce n'est pas seulement pour demain ou pour après¬-demain. C'est pour aujourd'hui. Car la « vie éternelle, c'est de te connaître, toi le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-¬Christ » (Jean 17, 1). L'accès à la vie éternelle passe donc par notre foi d'aujourd’hui. Et aussi: « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle et moi, je le ressusciterai au dernier jour » (Jean 6, 54). L'accès à la vie éternelle passe donc par notre communion sacramentelle, eucharistique, au Seigneur. La destinée de l'homme est donc intimement liée à l'action du Christ, et le Christ vient entraîner le monde vers le Père, pour une Pâque éternelle qui sera louange de gloire, repas de noce, plénitude de joie. E me permettrai, pour finir, d'évoquer une femme qui n'est certes pas une mère de l'Eglise : elle s'appelait Simone de Beauvoir. Dans ses mémoires de jeune femme vivant l'époque exaltante de la Libération, une époque où l'on a cru parfois que tout était possible, la liberté, la fraternité, la paix entre les peuples, après avoir exprimé avec passion et intelligence son amour du monde et de la vie sous toutes ses formes (aventures amoureuses, combats politiques, émotions esthétiques), elle conclut avec une brutalité terrible: « Rien jamais de tout cela ne ressuscitera.. » (La force des choses, Paris, 1963, p. 686). Si nous tenons ferme dans l'espérance, nous pouvons parler autrement et dire à peu près ceci : tout ce que nous aurons vécu dans l'amour donné et dans l'amour reçu, à travers notre relation au Christ, parfois très laborieusement, dans la souffrance et l'obscurité, parfois aussi dans la confiance et la joie, tout cela passe à travers notre vie, notre corps, notre histoire et notre mort , tout cela est promis à une transfigura¬tion avec le Christ. Comment cela se fera-t-il ? Nous ne pouvons pas le dire, car cela dépasse notre raison et notre imagination. Mais tout cela sera ressaisi par Jésus le Fils, quand il remettra toutes choses au Père et que « le dernier ennemi qui sera détruit, ce sera la mort » (1 Corinthiens 15, 22¬27). Si bien que nous pouvons dire, comme les croyants des premiers siècles: « Maranatha: viens, Seigneur! ».

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