Le sacrement des malades

N° 55 Septembre - Octobre 1984 - Page n° 49

M. Philippe CORMIER Cette maladie n'est pas mortelle » Jean 11,4

Dernier des sacrements, l'onction des malades n'est pas le moindre: puisqu'elle est liée à l'âge, à la maladie et donc à la mort, elle met en jeu toute l'existence humaine et au défi tout effort de la pensée, appelée à la foi qui permet de recevoir la grâce de la résurrection dans l'économie sacramentelle.

Les deux premières pages, 49, 50, sont jointes.

NOTRE bouche est pleine de terre, chante une dure chanson. Vivant, nous ne vivons pas; ne vivant pas, nous ne sommes pas capables de regarder la mort qui est en nous; nous n'avons pas la foi ou si peu.

Lorsque nous lisons les évangiles, nous avons l'habitude de nous attacher aux souffrances et à la mort du Christ, oubliant d'y lire nos souffrances et notre mort, de sorte que le destin du Christ ne nous bouleverse guère, demeure extérieur au nôtre, ne remet pas notre vie en question. A la recherche des sources du sacrement des malades, un sacrement bien oublié des vivants, nous avons pour ainsi dire découvert que la maladie et la souffrance humaines occupent la première place dans les évangiles, particulièrement en tant qu’ils nous rapportent la «geste» de Jésus. Ce sacrement, que 1’on (p.49) avait laissé à la dernière place, est donc comme poussé à la première: nous voulons dire en quel sens. Sa grandeur première tient à la grandeur de son enjeu: la place de la mort dans notre vie. L'onction des malades, appelée naguère extrême-onction, si elle ne s'adresse pas nécessairement au mourant, nous rappelle la relation intrinsèque qui unit la maladie à la mort, en nommant la mort dans la maladie comme sa vérité: le sacrement s'adresse au « mourand » (moriendus : celui qui est promis à la mort, et non « mourant» : celui qui est en train de mourir) pour qui se lève manifestement l'horizon de la mort.

En relisant les évangiles, nous avons donc à restaurer notre regard, renouveler notre écoute de la souffrance présente en tous ceux que Jésus, sur le chemin qui le conduit à la croix, guérit: de vraies souffrances, de vraies maladies qui détruisent le corps et ôtent la vie, en ce temps-là comme au nôtre.

1. Le maître absolu  [[A. Hegel, Phénoménologie de l'esprit, IV, A, III, tr. fr. Hyppolite, Paris, Aubier Montaigne, t. l, p. 164. ]]

On connaît le jeu de mots d'Héraclite [[Fragment 48 (Diels-Kranz). ]] : « Le nom de l'arc (biOs) est vie (bios) et son œuvre la mort. » L'homme en ce monde, dans un devenir qui le dépasse, est environné de néant, celui qui précède son existence et celui qui, semble-t-il, la suit. C'est ce qu'ont chanté, en forme de déploration, le psalmiste et bien des poëtes. Ils n'en concluent pas, par un repli abstrait de la conscience sur elle-même, que le néant n'est rien, mais au contraire qu'il est l'horreur, l'intolérable de leur propre suppression:

 

Hélas! comment vivrais-je en ces ombres de mort,

Sans deuil et sans tristesse?

Pleurez, mes yeux, pleurez, n'écoutez point la voix

qui vous en dissuade;

Qui lamente le moins, qui porte moins sa croix,

Est bien le plus malade

[[Dom Simplicien Gody, Honnestes poesies, Paris, 1632. ]].

 

La piété baroque, ici, n'occulte pas la mort, mais au contraire, la fait danser et grimacer, la présente comme partie intégrante(p.50)

.....

Philippe CORMIER

 

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