Le sacrement des malades

N° 55 Septembre - Octobre 1984 - Page n° 4

Jean-Robert ARMOGATHE Du corps malade au corps mystique

éditorial

La pastorale des « derniers sacrements» demande une clarification préalable, qui permette de redonner à la prière de guérison, à l'huile d'onction et à la rémission des péchés leur place véritable. Au centre de cette clarification: le corps douloureux du malade, antitype du Crucifié.

Les trois premières pages, 4 à 6, sont jointes.

DE diverses manières, les sacrements se rapportent au corps, corps baigné, oint ou nourri. Cette sollicitude de l'Eglise pour le corps [[Il convient de garder présent le cahier V. 6 (1980) de Communio: ' le corps », et en particulier 1’article de Remi Brague, p. 4-19: 'Le corps est pour le Seigneur ». ]] se déploie dans les liturgies rituelles, qui ne sont rien d'autre que la catéchèse explicite du sacrement. Le sacrement des malades en apporte la plus manifeste démonstration. Jésus a consacré tant de temps auprès des malades; il a compati, dans sa sensibilité comme dans sa chair, avec eux; il leur a parlé, leur a imposé les mains, les a réconfortés et guéris (sans oublier jamais leur entourage). La guérison est le signe le plus fréquent que Jésus propose à ceux qui le suivent ou le contestent; c'est aussi l'une des missions les plus explicites qu'il confie aux siens: « Il les envoya proclamer le Royaume de Dieu et faire des guérisons » (Luc 9, 2). Le Ressuscité ne tient pas un autre langage pour décrire « les signes qui accompagne rant ceux qui auront cru»: « ils imposeront les mains aux infirmes et ceux-ci seront guéris» (Marc 16, 18).

L'exercice de cette fonction tient encore une grande part dans l'activité apostolique, et l'Evangile de saint Marc mentionne « des onctions d'huile» à cette occasion: « Ils chassaient beaucoup de démons et faisaient des onctions d'huile à de nombreux infirmes et les guérissaient» (Marc 6, 12). Ce passage et un texte de l'Epître de saint Jacques (5, 14) [['Quelqu'un parmi vous est-il malade? Qu'il appelle les presbytères de l'Eglise et qu'ils prient sur lui après l'avoir oint d'huile au nom du Seigneur », Jacques 5, 14. ]] constituent les deux « bases scripturaires» classiques du sacrement des malades. Encore faut-il être attentif à la prudence montrée par le magis- tère à cet égard [[Ainsi insinuatum préféré à delineatum au chap. 1 du décret; le texte de l'Epître de saint Jacques est tenu pour recommander et proclamer le sacrement (et non pas le fonder). Enfin Marc (6, 13) n'est pas mentionné par les Pères au canon l, qui énonce l'institution (la référence a été indûment rajoutée par H. Denzinger dans l' Enchiridion !). ]].

Un sacrement de guérison

Une lecture attentive des débats à la 14e session du Concile de Trente (16-25 novembre 1551) est fort instructive ici. D'abord, en effet, le sacrement des malades apparaît en parent pauvre: neuf théologiens seulement s'y intéressent, sur les nombreux experts réunis. Ensuite, il est traité conjointement avec le sacrement de pénitence, et le rapprochement n'est pas fortuit. Enfin, on perçoit, à la lecture des résumés des débats, les réserves des théologiens et des Pères conciliaires devant les fruits de guérison corporelle du sacrement. Ce qui s'explique par les attaques dont il était l'objet de la part des Réformateurs, qui tentaient de l'identifier (c'est-à-dire de le réduire) au charisme de guérison [[La gratia curarum du canon 2 (dans Denzinger. 21. n° 927). ]] afin de lui retirer toute fonction sacramentelle. Il semble bien aussi que les Pères étaient pénétrés des nouveaux développements de la médecine et avaient quelque hésitation devant l'affirmation du pouvoir physique d'un sacrement (l'ambiance intellectuelle du Concile de Trente, il est peut-être utile de le rappeler, est très résolument moderne). Ce qui reste pourtant étonnant et mérite attention, c'est que, malgré ces contraintes et ces réserves, le Concile a atteint une formulation prudente et exhaustive sur ce sujet, dont certains aspects ont été repris et amplifiés dans le Catéchisme de 1566.

Le Concile a maintenu fermement ouverte la perspective de guérison corporelle, contre tel Père qui ne voulait y voir qu'une guérison spirituelle. Le décret (ch. 2) paraît bien insister sur le soulagement psychologique que le malade reçoit par une confiance plus grande dans la miséricorde de Dieu; mais le second canon utilise une expression très concrète: « soulager les malades» (alleviare infirmos), plus heureuse que le texte du décret [[Remarque de J.-Cl. Didier. s.v. « Extrême-onction» in Catholicisme l. IV. col. 988-989. ]]. Le texte adopté ne restreint pas aux seuls agonisants l'usage du sacrement (contrairement aux schémas proposés à la discussion), et la guérison, contingente et ordonnée au salut, reste bien perçue parmi les finalités expresses du sacrement. Un schéma antérieur et le Catéchisme insistent sur la nature exceptionnelle de la guérison en la motivant par le passage d'une Eglise primitive aux signes à une Eglise « adulte dans la foi ». Cette malheureuse perspective historique n'a pas été retenue dans le texte définitivement proclamé.

Et cela est d'autant plus heureux que l'Orient chrétien a été plus audacieux en soulignant la dimension de guérison propre au sacrement: les bénédictions d'huile, dans la Syrie du IVe siècle, en font mention explicite. Il convient également de prêter attention à des mentions d'Origène et d'Irénée trop rapidement écartées par les historiens. Chez Irénée, la guérison des malades (par imposition des mains) apparaît dans une liste de charismes exercés par les fidèles, tandis qu'Origène mentionne Jacques 5, 14-15 dans un contexte pénitentiel [[Aphraate (fl. 337-345), Démonstrations 23.3 (Patr, Syr, II. 9-10); Irénée. Contra Haer. II. 32. 4 rapporté par Eusèbe. Hist. Ecc. 5. 7 (4); Origène. In Lev. Hom. II,4 (Patr. Gr. XII, 417). ]]. De ces deux textes, retenons la proximité du charisme de guérison d'une part et, d'autre part, la dimension pénitentielle du sacrement des malades [[Celle dimension pénitentielle était si bien affirmée au Moyen Age qu'une vie de saint, la Vita S. Adalhardi de Paschase Radbert (Patr. Lat. CXX, 1547) rapporte qu'on hésita à donner ce sacrement au saint homme, tant il paraissait être exempt de tout péché! ]].

Car il est guérison du corps, en vue de la sanctification du .....

Jean-Robert ARMOGATHE

 

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