La souffrance

N° 80 Novembre - Décembre 1988 - Page n° 100

Fernand PRICKARTZ La bienheureuse Vierge Marie

Fernand PRICKARTZ

C'est portés par toute la réflexion de l'église contemporaine, sous-jacente à Lumen Gentium, que les disciples du Christ, d'une poussée peut-on dire baptismale, cherchent comment honorer justement la Vierge Marie, Mère précisément du Christ et Mère de l'Église.

Ils sont aujourd'hui conscients que cet élément constitue un axe majeur du renouveau spirituel de notre temps.

Les deux premières pages, 100-101, et la dernière, 110, sont jointes.

« Tous doivent avoir envers elle une vraie dévotion.» (Décret sur l'apostolat des laïcs, A.A., n° 4.)

LES lignes qui suivent trouvent leur portée dans la conviction profonde, inhérente à la vie baptismale, que la règle de l'authentique dévotion envers la Bienheureuse Vierge Marie est celle même de la foi et de la prière, dont le mystère du Christ constitue le centre.

Dans son souci de promouvoir cette dévotion, le pape Paul VI, dans son exhortation apostolique Maries Cultus de 1974, donnait un enseignement limpide : « Le développement, que nous souhaitons, de la dévotion envers la Vierge Marie, dévotion qui, Nous l'avons dit plus haut, s'insère au centre du culte unique appelé à bon droit chrétien — car c'est du Christ qu'il tire son origine et son efficacité, c'est dans le Christ qu'il trouve sa pleine expression et c'est par le Christ que, dans l'Esprit, il conduit au Père, — est un des éléments qui qualifient la piété authentique de l'Église»[[M.C. Introd.]].

Ce point du texte cité retient notre attention : « un des éléments » qualitatifs de la piété des disciples du Christ (son propre corps et l'unique peuple de Dieu sur terre). Mais lequel, plus précisément ? Question à vrai dire radicale [[Explicitement traitée, au plan de la vision de foi, par la Const. dogm. Lumen Gemium, ch. VIII ; gouvernant aussi toute la pastorale mariale que le pape Paul VI était profondément conscient de devoir engager, environ une dizaine d'années plus tard.]]. Question constituant aussi une sorte d'appel lancé à la conscience des disciples : comment comprendre l'élément spécialement marial de la piété authentique de l'Église ? Comment s'en assimiler la substance de foi, conciliaire et post conciliaire, jusqu'aujourd'hui ? En un mot : comment faire de cet élément un axe du renouveau spirituel de notre temps ?[[Renouveau dont le Concile Vatican II lui-même n'était que le saint instrument.]].

La vocation de Marie : un mystère dans « le mystère » [[Celui du Christ dans le conseil éternel de Dieu-Trinité, resté irrévélé, jusqu'à sa communication à l’Église (Ephésiens 3, 5 s.).]]

Ainsi, au centre du culte chrétien se situe le Sauveur de l'homme. L'Unique, le Christ, dans lequel le Père nous a élus dès avant la création du monde (Éphésiens 1, 4 s.). Nonobstant la faute, la forme de notre vocation demeurerait, consistant à devenir par adoption fils et filles de Dieu. Nous serions véritablement « à l'image du Fils de Dieu ».

Mais comment le deviendrions-nous ?

Il y avait volonté divine d'Incarnation rédemptrice. Selon cette économie du salut, il fallait d'abord que le Fils de Dieu fit choix d'une mère digne de lui. Mère toute sainte, dont il revendiquerait d'être le Fils. Elle serait donc telle qu'elle pût, en quelque sorte, humaniser un Dieu résolu à se faire homme.

Elle serait ornée des dons les plus célestes, pour pouvoir comprendre une personne divine (son enfant serait le Verbe éternel, dépouillé de sa gloire et abaissé à notre condition d'homme). Elle le serait aussi des qualités humaines les plus désirables, pour pouvoir donner au Sauveur l'éducation qui forme un homme véritable (l'enracinement dans la tradition spirituelle et la culture de son peuple). Elle serait la médiatrice de la deuxième personne de la Trinité dans sa condescendance à pénétrer la nature et l'existence humaines, afin que [[ La grâce d'un Sauveur au joug si suave, au fardeau si léger ayant eu raison de notre dureté de cœur.]] se réalisât, en définitive, notre adoption divine.

Dans ces conditions, le choix de sa mère par le Fils de Dieu, pour descendre vers nous, représentait une face du mystère de l'Incarnation. Mais ce choix en avait une autre. Il constituait pour nous, par rapport à la mère du Sauveur, la voie, toute semblable à celle du Christ, encore qu'inverse, pour que nous nous élevions vers Dieu. Tout comme le Fils de Dieu recevrait

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qu'elle intègre la théologie entière de cette dernière à sa constitution dogmatique sur l'Église Lumen Gentium. Le chapitre VIII de celle-ci rend à Marie la place même que le Nouveau Testament lui donnait, à l'origine de l'Église, au sein « du groupe réduit des apôtres », dans l'attente de constituer, par l'Esprit répandu, « le corps du Christ achevé»[[Pour ces deux expressions associées d'une manière saisissante, voir : Jean-Paul, évêque de Bayonne, dans sa préface du livre de P.-M. Théas, ancien évêque de Tarbes et Lourdes : Ce que croyait la Vierge Marie, Mame, 1975.]].

Notre élection éternelle dans le Christ, qui fixe notre configuration à lui, avec son sceau filial envers Dieu et envers Marie, est donc le principe même de la dévotion authentique envers la Bienheureuse Vierge Marie.

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