Résurrection ou réincarnation?

Juan-luis RUIZ DE LA PENA
Après la mort - n°29 Mai - Juin 1980 - Page n° 38

Intégration

 L'idée de réincarnation, qui semble redevenir à la mode, repose sur une vision de la réalité incompatible avec la foi chrétienne.

Les deux premières pages, 38 et 39, sont jointes.

RÉSURRECTION des morts ou réincarnation des âmes ? La question peut paraître oiseuse. Cependant, pour surprenant et anachronique que cela paraisse, le mythe de la métempsycose garde aujourd'hui une certaine vigueur. Ainsi, au printemps 1978, la télévision espagnole consacra une émission à « démontrer » la transmigration des âmes. Le présentateur en vint même à dire que telle avait été la doctrine de l'Église jusqu'à ce qu'un Concile du VIe siècle l'eût abandonnée (il se référait sans doute au synode de 543, condamnant plusieurs thèses origénistes). Quelques jours après, je parlai de la foi en la résurrection à un auditoire nombreux de militants chrétiens, et je dus constater que plusieurs d'entre eux se montraient sérieusement intéressés par la thèse de la réincarnation, indépendamment du reportage télévisé que certains n'avaient même pas vu. D'autre part, les nombreux essais de réponse au problème de la mort qui paraissent de nos jours font souvent, expressément ou tacitement, appel à la métempsycose. Le fait même qu'une revue internationale de théologie inclue le thème dans un numéro consacré à l'eschatologie, confirme l'impression que nous assistons à un revival aussi inattendu qu'indubitable de la vieille thèse.

L'objectif de ces pages est non de chercher les raisons de ce fait, mais d'établir une confrontation entre la résurrection et la réincarnation, pour mettre en évidence, non seulement les différences irréductibles entre les deux doctrines, mais surtout pourquoi la foi chrétienne récuse — et a toujours récusé, malgré la pittoresque opinion du programme télévisé auquel je faisais allusion — la métempsycose et exprime son espérance en une victoire sur la mort en termes de résurrection des morts.

Le mythe de la métempsycose

Les témoignages écrits les plus anciens de la croyance en la transmigration se trouvent dans la littérature religieuse hindoue. Le célèbre (p.38) philosophe Yajna Valkya pense que, de même que le ver passe d'une herbe à l'autre, ainsi l'âme pérégrine d'une vie à l'autre « en revêtant chaque fois une forme nouvelle et plus parfaite » [[Brihadaranyaka Upanishad, IV, 4, 3 s. Pour tout ce qui suit, cf. H. Guenther, Das Seelenproblem im ülteren Buddhismus, Constance, 1949.]]. Le jeune Nachiketas, assassiné par son propre père, interroge la mort sur le mystère de la survie. La réponse est que l'âme ne peut mourir ; puisqu'elle n'est pas née, elle est illimitée, éternelle et perpétuellement identique à elle-même, malgré la diversité des corps qui l'abritent [[Katha Upanishad, II, 18-19.]].

La transmigration des âmes sert de plus chez les hindous à résoudre le problème de la rétribution ; l'action bonne ou mauvaise a une répercussion sur le caractère de la prochaine réincarnation. Cette conception s'inscrit aussi dans le cadre plus vaste de toute une vision du monde. La réalité se déploie en une succession indéfinie et récurrente de naissances et de morts, d'évolution et d'involution, sur le fond immuable de la rigoureuse unicité de l'Être. Seul existe vraiment l'Un, l'Absolu ; la multiplicité est illusion ou tragédie métaphysique occasionnée par l'incarnation. En s'incarnant l'âme s'individualise, et en s'individualisant s'aliène. La rédemption consistera dans l'inversion du processus de dégénération qui va du tout à la partie, par le renoncement à la singularité et la réintégration dans la totalité : « Comme les fleuves disparaissent dans l'océan perdant nom et forme, de même le sage, débarrassé de son nom et de sa forme, accède à l'être divin »Mundaka Upanishad [[, III, 2, 8-9.]].

Les idées hindoues ont été assimilées par le bouddhisme (avec des nuances dues en particulier à la conception du nirvana) et exportées par des missionnaires vers d'autres pays asiatiques comme la Chine et le Japon.

A peu près à la même époque où l'hindouisme et le bouddhisme répandaient en Extrême-Orient la doctrine de la métempsycose, celle-ci s'établit en Grèce et au Proche-Orient grâce à toute une gamme de penseurs et d'écoles philosophico-religieuses. Au VIe siècle avant Jésus-Christ, l'orphisme diffuse depuis l'Attique jusqu'en Sicile la théorie de la réincarnation. Le genre humain surgi des dépouilles des Titans dévorant Dionysos supporte dans sa contexture même l'amalgame antinaturel de l'élément titanique et de l'élément dionysiaque. Le processus d'épuration de celui-ci par rapport à celui-là, passe par le cycle de la génération à travers lequel, moyennant l'initiation orphique et l'ascèse, on peut atteindre finalement une réinsertion au sein de la divinité dionysiaque. Ainsi, la métempsycose chez les Grecs est, comme dans l'hindouisme et le bouddhisme, un mécanisme de purification et de désaliénation. Mais, tandis que la version asiatique est fondée sur une ontologie essentiellement moniste, la version hellénique fonctionne à partir de prémisses

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