La vision de l’Église chez saint Jean de la Croix

Frère Antonio SICARI
Croire l'Eglise - n°212 Novembre - Décembre 2010 - Page n° 47

Une critique fréquente reproche à saint Jean de la Croix sa mystique individualiste qui se réduirait à l’échange personnel exclusif entre l’âme et le Christ. Une étude des Romances montre que l’Épouse, c’est l’humanité entière assumée par le Verbe. L’Épouse dont il s’agira ensuite dans les grandes œuvres est l’âme ecclésiale dans laquelle l’Église se trouve personnifiée au fur et à mesure de son cheminement historique.

 

 

 

Pour pouvoir parler d’une ecclésiologie de saint Jean de la Croix, il faut commencer par régler leur compte à quelques idées reçues.

Une thèse de doctorat a été consacrée à ce sujet par Miguel A. Cardena : Saint Jean de la Croix. Une ecclésiologie de l’amour ; thèse soutenue à Ratisbonne en 1978, cautionnée par une préface du cardinal Joseph Ratzinger, dans laquelle celui-ci mentionnait la critique souvent adressée au saint Docteur espagnol : sa mystique individualiste, où le Tu de l’Église, Épouse du Logos, se réduirait à l’échange personnel exclusif entre l’âme et le Christ.

La préface rappelle aussi de manière explicite le jugement de Karl Rahner, qui ne trouvait « rien de vraiment chrétien » dans la vision de Jean de la Croix, à cause de son peu de sensibilité à l’humanité du Christ. La thèse – à laquelle le cardinal Ratzinger donnait son aval – rappelait en revanche l’importance des Romances trinitaires du Docteur carmélitain, trop négligées par les commentateurs, alors que ce sont justement elles qui délimitent le cadre ecclésiologique dans lequel se développe ensuite tout le parcours mystique.

La pensée de Jean de la Croix, en effet, est tout entière contenue entre les Romances au début, et la Llama de amor viva à la fin (mais déjà annoncée dans le commentaire des dernières strophes du Cantico Espiritual).

Dans les neuf Romances, qui plongent au plus profond de la contemplation du mystère trinitaire, l’Épouse n’est pas du tout l’âme individuelle, mais bien la création tout entière, que le Père donne au (p.47) Fils, et qui est invitée d’emblée à manger le pain même de Dieu. Pour Jean de la Croix, l’Épouse, c’est la création ; l’Épouse, c’est l’humanité assumée par le Verbe ; c’est l’humanité entière, qu’Il doit sauver et reconduire au Père en la portant dans ses bras. L’ecclésiologie ainsi défi nie est donc antérieure à la théologie de la création, et même à la sotériologie. [...]

 

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