Les nations

N° 112 Mars - Avril 1994*

Éditorial : Olivier Chaline : Les nations et le salut du monde

La nation n'a pas reçu la promesse de la vie éternelle, mais elle a une place légitime dans l'histoire du salut. Moyen légitime, utile et provisoire, elle ne saurait devenir une fin.

Le réveil des nations ?

Jean-Paul II : Appel à la paix entre les nations

Un appel solennel au moment où ressurgissent des formes de nationalisme exacerbé.

Olivier Chaline : De Sarajevo à Sarajevo

Appliqué sans tenir compte des réalités géographiques, le principe du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes peut mener à des catastrophes. Si la patrie, la nation et l'État ont un sens pour le chrétien, l'autodétermination absolue peut être incompatible avec la recherche d'un ordre international juste et stable. Soucieuse d'y parvenir, l'Église a approuvé la nation aussi bien que l'État supranational, selon les nécessités de l'évangélisation et de la liberté du culte.

Babel ou nations unies ?

Joie Krasovec : De la dispersion de Babel à l'élection d'Israël

La dispersion des nations n'est pas la seule réponse de Dieu à l'orgueil humain : elle est suivie par l'appel d'Abraham, qui inaugure l'histoire du salut. Celui qui fuit la perversité des nations (la civilisation babylonienne) va devenir leur bénédiction. Comme le confirme ensuite le livre de Jonas, Israël est destiné à annoncer à toutes les nations la miséricorde de Dieu.

Francis Rapp : Identité nationale et sentiment religieux au Moyen Age : le cas de la France et de l'Allemagne

Le sentiment religieux s'est intégré à l'identité nationale de manière différente en France et en Allemagne. Aux Français, il apportait la certitude de traverser toutes les épreuves, aux Allemands, l'espérance de durer.

Eberhard Straub : La nation et l'Europe, du temps des Habsbourg à celui de Bruxelles

La monarchie des Habsbourg fut une véritable Europe supranationale de la noblesse, du catholicisme et de la latinité. Cette Europe-là n'est plus possible aujourd'hui. Seul reste un internationalisme unificateur et démocratique aux préoccupations plus économiques que spirituelles.

Gerard van Wissen : Le sens moral et juridique de la nationalité

La nation désigne à la fois une communauté de peuple, de destin et de droit. Depuis l'affirmation de la souveraineté nationale, avoir une nationalité est un droit de l'homme (notion morale) et un droit fondamental (notion juridique). L'histoire la plus récente montre ce qu'il en coûte de ne pas tenir compte du sentiment d'appartenance à une nation.

Yves-Marie Hilaire : Les papes du XXe siècle face aux nationalismes

Condamnation de la guerre totale, respect pour les nationalités, mais refus du nationalisme et du totalitarisme, tels sont les principaux aspects de l'attitude de la papauté dans un siècle marqué par deux guerres mondiales.

Géopolitique

Wolfhart Pannenberg : Les Églises et la formation de l'unité européenne

Le grand théologien protestant s'interroge sur la situation des nations européennes. Leur division résulte des scissions entre Orient et Occident, entre catholicisme et protestantisme. Leur unification ne peut provenir que d'une réconciliation entre les confessions chrétiennes, et d'une reconnaissance de la continuité de la tradition catholique. Sans cela la paix reposera sur une tolérance indifférente aux religions.

Jean Foyer : Nations et États en Afrique noire francophone

Les frontières arbitraires de la colonisation ont été maintenues lors de l'accession des anciennes colonies françaises à l'indépendance. L'objectif était d'éviter la résurgence de conflits tribaux, en limitant les conflits entre nations voisines. L'État a ainsi précédé la nation. Les nations et le salut du monde

Yves Hamant : Nationalisme et problèmes nationaux dans l'ex-URSS

Boris Eltsine a dressé en décembre 1991 l'acte de décès de l'URSS. Depuis, un nouvel équilibre a du mal à s'établir. Parvenir à des relations justes et équitables tenant compte des données de l'histoire et de la géographie exige lucidité, pardon, tolérance et sang-froid.

Signet

Jean-Louis Bruguès, o.p. : Veritatis splendor, une encyclique de combat

En développant une argumentation précise sur les fondements de la morale, Jean-Paul II entend mettre la sagesse de l'Église au service de toute l'humanité. Il rappelle l'objectivité de la morale, la rigueur de la conscience et l'autorité du droit naturel. Pour lui, la sainteté n'est pas un luxe réservé aux parfaits, mais un devoir de tous les chrétiens. Cette encyclique peut ainsi servir d'instrument pour une nouvelle évangélisation.

Les nations et le salut du monde

Olivier Chaline

«L'Église fondée par le Rédempteur est une, la même pour tous les peuples et toutes les nations. Sous sa coupole, qui, comme le firmament, recouvre la terre entière, il y a une patrie pour tous les peuples et toutes les langues, il y a place pour le développement de toutes les qualités particulières, de tous les avantages, de toutes les tâches et vocations concédées par le Dieu créateur et sauveur tant aux individus qu'aux communautés ethniques. » PIE XI, Mit brennender Sorge.

La nation n'est pas immédiatement un concept théologique. C'est en vain qu'on en chercherait une définition précise donnée par les papes, alors même que ces derniers ont abondamment parlé du nationalisme. À plusieurs reprises, de Benoît XV à Jean-Paul II, la papauté a mis en garde les fidèles contre les perversions de la nation en montrant comment l'amour légitime de la patrie pouvait devenir « un germe d'injustices et d'iniquités nombreuses » (Pie XI). Elle s'est bien gardée d'avancer une définition politique d'une réalité aussi complexe et mouvante. Ce silence n'est pourtant qu'apparent, car l'Église permet de penser la diversité des nations.

Le statut de la nation est celui d'une forme utile, légitime dans son ordre mais provisoire et nécessairement multiple. Si l'Église parle de la nation, c'est parce qu'elle comprend la multiplicité des nations dans l'ensemble de l'histoire du salut. Il y a deux récits dans la Bible pour en rendre compte : l'alliance de Noé et Babel, tous deux dans le livre de la Genèse. Si les modalités varient, il n'en demeure pas moins qu'à chaque fois, la diversité des nations et des langues est la conséquence de la dispersion due au mal, conséquence indirecte du déluge lorsque les fils de Noé repeuplent la terre, mais aboutissement immédiat après la fausse unité de Babel.

Les nations sont alors des moyens pour éviter le mal absolu dans la rébellion générale de l'humanité contre Dieu. [...]

 

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Jean-Louis Bruguès, o.p. : Veritatis splendor, une encyclique de combat

En développant une argumentation précise sur les fondements de la morale, Jean-Paul II entend mettre la sagesse de l'Église au service de toute l'humanité. Il rappelle l'objectivité de la morale, la rigueur de la conscience et l'autorité du droit naturel. Pour lui, la sainteté n'est pas un luxe réservé aux parfaits, mais un devoir de tous les chrétiens. Cette encyclique peut ainsi servir d'instrument pour une nouvelle évangélisation.


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