Art et Créativité

N° 216 Juillet - Aout 2011*

Annexant une catégorie théologique, l’art moderne s’est défini comme création ; doit-on considérer, en cet héritage, que l’art contemporain est créatif ? L’emploi proliférant de cet adjectif signale-t-il une intention spiritualisante ou bien le défaut de sa dimension divine ? Tandis que l’art contemporain prétend détenir une autorité selon l’utopie d’un continuel renouvellement — une adhésion entière à la durée, une indistinction du futur et de l’avenir —, la foi authentique maintient des rites et des sacrements, s’attache à ce qui demeure. Comment l’émotion circonstancielle peut-elle rencontrer la croyance en la vie éternelle ?

 

Page Titre Auteur(s)
5 L’art entre beauté et vérité Serge LANDES
15 Au-delà de la créativité Olivier BOULNOIS
27 Quelle place pour l’art contemporain dans les églises ? Isabelle SAINT-MARTIN
42 La vérité selon la photographie Jérôme THÉLOT
55 L’atelier du contemporain : Entretien de Jérôme ALEXANDRE avec Didier LAROQUE Jérôme ALEXANDRE
69 Art spirituel, art spiritualisant aujourd’hui Éric de CHASSEY
79 L’art martyr de l’art Didier LAROQUE
85 La tentation de l’idolâtrie sur Moïse et Aaron d’Arnold Schoenberg Serge LANDES
94 Petit abécédaire de la Sainte Face II. Modernités, et d’un pays sans Véronique Michel COSTANTINI
109 La question du développement dogmatique chez Newman Olivier DE BERRANGER

Éditorial : Serge Landes : L’art entre beauté et vérité

Œuvre ou créativité ?

Olivier Boulnois : Au-delà de la créativité

Une conception de l’artiste comme « créateur », vieille de cinq siècles, se défait aujourd’hui ; la notion « d’oeuvre d’art » est mise en cause, la beauté ne semble plus se renouveler. Pourtant l’homme a soif d’art et le chrétien sait que le Christ « fait toutes choses nouvelles », à commencer par la beauté du monde. 

Isabelle Saint-Martin : Quelle place pour l’art contemporain dans les églises ?

Après l’appel aux « Maîtres de l’art moderne » qui avait marqué les années cinquante, le temps de l’après-concile a été davantage préoccupé par la question de l’aménagement liturgique. Depuis les années quatre-vingt, une nouvelle politique de commande, émanant tant du ministère de la Culture que de l’Église, permet la rencontre entre des oeuvres, dont la dimension spirituelle s’exprime souvent hors des cadres d’une religion instituée, et des édifi ces destinés au culte. 

Jérôme Thélot : La vérité selon la photographie

Le photographique, entendu comme la condition transcendantale de la photographie, est le primat accordé, d’une part, à l’espace étendu, d’autre part à la subjectivité réduite objectivement à un point de vue géométrique, enfin au postulat que tout phénomène est par essence visible. La métaphysique du vérisme photographique est donc celle qui fait l’essence de la modernité, à savoir la réduction galiléenne. Si bien que l’autre vérité, celle qui n’est pas du monde, la vérité non visible des individus réels, en toute photo brille par son absence. 

Nihilisme ou transcendance?

Jérôme Alexandre : L'atelier du contemporain : Entretien avec Didier Laroque

Existe-t-il un lien essentiel entre l’art contemporain et la foi chrétienne ? Peut-on discerner, depuis Marcel Duchamp jusqu’aux « installations » et « performances » les plus récentes et les plus déconcertantes, une intelligence sensible renouvelée de la Parole ? Serait-il possible que des oeuvres d’apparences blasphématrices témoignassent en profondeur et en vérité d’un abandon à Dieu ? À ces interrogations, Jérôme Alexandre donne des réponses positives et développées.

Éric de Chassey : Art spirituel, art spiritualisant aujourd’hui

L’art contemporain heurte beaucoup de catholiques. Pourtant, après les horreurs du XXe siècle, peut-on encore représenter la fi gure humaine ? Suggérer la souffrance, la déréliction, refl ète l’abaissement du Christ sur la Croix ; le vide sur la toile, le rien marquent l’absence de Dieu ressentie par nos contemporains. Un tel art, par les moyens qui lui sont propres, peut être dit spiritualisant. 

Didier Laroque : L’art martyr de l’art

Le phénomène institutionnel et mercantile nommé « art contemporain » est l’effet d’un deuil sans cesse accusé de l’art en sa vérité et sa vie authentique. Les « artistes » y montrent un dégoût de tout et d’eux-mêmes par des oeuvres toujours plus lugubres ; et cette douleur morale foncière, cet état de faiblesse prennent la forme d’un empire mondain croissant, qui prétend exprimer une grande vitalité créative. Un tel phénomène contradictoire semble devoir trouver de lui-même sa fin selon le destin du mensonge.

L’idole ou l’icône ?

Serge Landes : La tentation de l'idolâtrie - Sur Moïse et Aaron d’Arnold Schoenberg

La dénonciation de l’idolâtrie, et spécialement celle des images, est au centre de l’opéra d’Arnold Schoenberg Moïse et Aaron. Cette oeuvre peut se lire comme une mise en garde contre la tentation contemporaine d’idolâtrer l’« art », l’« oeuvre », voire l’« artiste ».

Michel Costantini : Petit abécédaire de la Sainte Face : II. Modernités, et d’un pays sans Véronique

Le premier volet de cet abécédaire racontait l’histoire du mandylion. La suite ici donnée présente le voile de Véronique. Si celui-ci fait partie intégrante de la tradition picturale et figurative de l’Occident, le mandylion et ses successeurs sont restés confinés à l’Orient balkanique et russe. Or seule la première de ces deux traditions exalte la variation qui enfante la multiplicité de l’interprétation, ce qui éclaire notre modernité.

Signet

Olivier de Berranger : La question du développement dogmatique chez Newman

Pour le cardinal Newman, la question du développement est d’abord un « principe philosophique remarquable », qui s’éclaire par « l’idée du christianisme ». Sa réflexion originale, étrangère à la pensée scolastique, étant indissociable de sa propre quête de vérité, il cherche à montrer comment celle-ci devint l’épure d’un « vrai développement ». Il a permis aux théologiens de penser historiquement, grâce à une méthode de recherche sur le dogme où est pleinement assumé l’ethos de l’Église dans l’histoire du monde. Son oeuvre n’a pas fini d’inspirer la théologie.

L'art entre beauté et vérité

Serge Landes

Par le visible, nous montrons l’invisible. Saint Grégoire le Grand (Ep. IX. 148)

Une oeuvre d’art est bonne quand elle est née d’une nécessité. C’est la nature de son origine qui la juge. R.-M. Rilke, Lettres à un jeune poète, 17 février, 1903

 

Aujourd’hui, l’« art contemporain » frappe à la porte des églises. C’est plus une démarche du monde des esthètes qu’une initiative de l’Église. Ainsi, depuis trois décennies en France, l’État a lancé des projets qui ont fait intervenir les praticiens de l’« art contemporain » dans l’enceinte ecclésiale. 

Croisant cette première démarche, un intérêt pour le sacré, pour les formes de religiosité et les interrogations sur le sens ou la transcendance s’est manifesté dans ce monde des esthètes. Le rapport au christianisme est alors très variable : l’idée chrétienne pouvant être centrale, ou comme une option parmi bien d’autres, voire une simple rareté1. Cet intérêt pour le religieux est accueilli avec faveur par certains chrétiens.

En pareille situation historique une revue catholique pouvait-elle éviter de s’interroger ? Le présent cahier n’entend pas mettre en valeur simplement un art chrétien (l’art sacré, l’ornement des églises, ou l’oeuvre d’artistes croyants). Il souhaite mettre en question la situation présente, à la fois humaine et universelle, de l’art. À ce titre, il s’inscrit dans une série déjà longue – pensons au numéro sur La Sainteté de l’Art2. La catholicité nous engage en effet à réfléchir sur toutes les relations de l’homme, de tout homme, à la vérité et à la beauté. 

L’une des principales difficultés auxquelles nous sommes aujourd’hui confrontés est la dissociation du beau et de l’art. [...]
 

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1. Un exemple parmi d’autres : l’exposition Traces du sacré, au Centre Pompidou, du 7 mai au 11 août 2008.

2. Communio VII, 6 (1982).

Olivier de Berranger : La question du développement dogmatique chez Newman

Pour le cardinal Newman, la question du développement est d’abord un « principe philosophique remarquable », qui s’éclaire par « l’idée du christianisme ». Sa réflexion originale, étrangère à la pensée scolastique, étant indissociable de sa propre quête de vérité, il cherche à montrer comment celle-ci devint l’épure d’un « vrai développement ». Il a permis aux théologiens de penser historiquement, grâce à une méthode de recherche sur le dogme où est pleinement assumé l’ethos de l’Église dans l’histoire du monde. Son oeuvre n’a pas fini d’inspirer la théologie.


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