Violence et religions

N° 251 Mai - Aout 2017 - Page n° 129

Hans MAIER Compelle intrare – À propos de la justification théologique de la contrainte en matière de foi dans le christianisme occidental

Si très tôt la théologie chrétienne affirme clairement que nul ne doit être contraint en matière de religion, ni par l’État ni par aucune religion, l’histoire du christianisme montre que la pratique n’a pas toujours suivi ; en cause les traductions et interprétations variées de Luc 14,16-24, dans la parabole des invités au banquet : «Pressez-les d’entrer/ Contrains-les d’entrer ». Il a fallu attendre Vatican II pour établir théologiquement et fermement la liberté religieuse et Jean-Paul II pour demander pardon, au nom de l’Église, le 12 mars 2000.

 

1. La situation de départ

Ce n’est que pleinement libre que l’homme peut répondre à l’exigence morale de rechercher la vérité et de suivre la vérité reconnue. Il va donc de soi que la contrainte par l’État ou l’Église en matière religieuse est proscrite. Tôt cette perspective était déjà répandue dans la théologie chrétienne et elle est attestée par nombre de textes patristiques. On y voit que la foi chrétienne s’était libérée de la pression des cultes d’État antiques : la confession personnelle de chacun prit de plus en plus largement la place des rituels collectifs. 

C’est pourquoi Tertullien considère que c’est un droit de l’homme que de n’agir que conformément à sa propre conviction en matière de religion. La religion ne souffre pas la contrainte, moins encore par la religion elle-même – « nec religionis est cogere religionem1 ». Car, dit Lactance, le fait que quelqu’un honore par contrainte ce qu’il ne veut pas sincèrement honorer, ne peut que conduire à l’hypocrisie et à la simulation2. Au Moyen Âge, des droits fondamentaux correspondants se développent dans le droit canon. Ainsi Gratien tient que « personne n’est à contraindre à la foi » (ad fidem nullus est cogendus3), et Thomas confirme cette phrase par l’indication que la foi est affaire de (libre) volonté4. On trouve des déterminations canoniques correspondantes jusqu’à l’époque moderne, voire jusqu’à nos jours. Aussi bien l’ancien que le nouveau droit canon tiennent fermement au rejet de la contrainte en matière de foi. Le Codex Iuris Canonici de 1983 affirme : « Il n’est jamais permis à personne d’amener quiconque par contrainte à adhérer à la foi catholique contre sa conscience5 ». 

On ne peut toutefois ignorer qu’à maintes reprises dans l’histoire du christianisme, il y a eu de la violence en matière de religion et [...]

 

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1 Tertullien, Ad Scapulam (ed. Bas. 1591), 498.

2 Lactance, Epitome, c. 54.

3 Decretum Gratiani, pars II, c. 23, q. 5, c. 33.

4 Thomas d’Aquin, Summa theologica II–II, 10, 8. 

5 « Homines ad amplectendam fidem catholicam contra ipsorum conscientiam per coactionem adducere nemini umquam fas est. » CIC can. 748 § 2. Voir à ce sujet : Winfried Aymans, Kanonisches Recht. Lehrbuch aufgrund des Codex Iuris Canonici (Aymans-Mörsdorf III), Paderborn, 2007, p. 8 s.

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