Sauver la nature?

N° 272 Novembre - Décembre 2020 - Page n° 49

M. Paul COLRAT Sauf la nature − De l’écologie à la sotériologie

Une voie pour penser l'écologie d'un point de vue chrétien est de la penser comme un souci du salut, donc à partir du cadre plus large d'une sotériologie, entendue au sens général d'une réflexion sur les différentes manières de se sauver des divers maux. On peut ainsi différencier plusieurs types d'écologies en fonction de leur définition du salut, et penser une manière chrétienne de sauver la nature, centrée sur l'imitation du Christ qui apparaît ultimement comme jardinier.

Ce qui conduit des catholiques des plus intelligents à se désintéresser de la question écologique est précisément qu’ils croient qu’elle se pose seulement dans les termes de la nature. Si tel était le cas, il ne faudrait attendre intellectuellement de ces questions qu’une célébration cyclique des oiseaux et des vers de terre. Pourtant si l’on peut penser une écologie chrétienne, celle-ci n’est pas exactement une louange de la nature. Certes l’encyclique Laudato Sì commence par un chant de louange, « Loué sois-tu », mais il n’est pas adressé à la nature. « Loué sois-tu, Seigneur, pour notre mère la terre ». Le destinataire de la louange est le Seigneur, à l’occasion de la contemplation de la nature. La nature n’est pas honorée directement mais en tant que créature.

Cette vénération indirecte de la nature suppose à la fois de la priver du statut de principe ultime au profit du Créateur sans pour autant la tenir pour une réalité dégradée. La nature est à la fois inférieure à Dieu  qui se tient en écart par rapport à elle et digne d’une certaine admiration comme tout ce qui est créé par Dieu. La Création de la nature suppose un écart entre Dieu et elle sans pour autant en nier la dignité ; cet écart sans négation entre Dieu et la nature, cette distance1, implique une certaine manière de définir ce que signifie sauver la nature. La question écologique pose une question sotériologique au sens large du terme, dans la mesure où elle aide à penser l’idée que le salut n’est jamais une notion qui concerne les arrière-mondes, mais une question urgente, imminente et immanente, que ce salut soit le salut des péchés, le salut de la cité ou le salut des écosystèmes.

Pourtant le simple fait de parler de sauver la nature implique un écart radical à l’égard de la conception antique de la nature pour laquelle c’est la nature, la conformité à la nature, qui sauve2, et pour laquelle il n’y a que du naturel, de l’artificiel et du contre-naturel, mais pas de surnaturel, les dieux même étant naturels. Tout comme Dieu crée la nature en y étant irréductible, le chrétien est appelé à sauver la nature par un certain écart avec elle. L’écart avec la nature  impliqué dans l’expression « sauver la nature » est le même que celui qui existe dans l’expression « créer la nature ». [...]

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