Henri de Lubac. Le théologien à l'oeuvre

N° 103 Septembre - Octobre 1992 - Page n° 5

M. Olivier BOULNOIS Humaniste parce que théologien

éditoriaux

Olivier BOULNOIS

Promouvoir les humanités, défendre l'humanité, ce sont les deux versants d'un même respect pour ce qu'exige la théologie. Le P. de Lubac est humaniste parce que théologien.

L'article est joint en totalité.

L'ŒUVRE immense [Voir l'article de Vincent CARRAUD, « Une œuvre nécessairement immense », p.8.]  du P. de Lubac est celle d'un humaniste.

Homme de science, il laisse des travaux d'érudition remarqués dans les domaines les plus variés : histoire des dogmes, de l'exégèse, de la philosophie. Homme de lettres, marqué par les modèles de Péguy et de Claudel, il a su soutenir de sa sobre éloquence la passion qui l'animait pour la vérité, et présenter avec une inlassable exigence de clarté les analyses les plus ardues. Homme de foi, il n'a cessé d'affronter les prétentions de l'athéisme moderne, de scruter le sens des religions non chrétiennes (en particulier du bouddhisme [2. Voir l'article de Jean BASTAIRE, « Le bouddhisme », p. 110]), et de ramener sur un socle intellectuel commun le dialogue entre l'Église d'Orient et celle d'Occident. Homme d'engagement, il sut toujours retourner aux fondements moraux et rejeter la primauté du politique, y compris pendant la Résistance.[Voir l'article de Gérard LECLERC, « L'invention de l'histoire », p. 115]

Ces contributions multiples et importantes, le P. de Lubac les doit à un principe fondamental, le retour au centre. Tous ses travaux ne sont que des perspectives (parfois très vastes) vers l'Unique nécessaire [[Voir l'article de Philippe BARBARIN, « Un homme exercé dans la musique divine », p. 22]. Le coeur de la culture occidentale se situait pour lui dans l'énigme du surnaturel, c'est-à-dire de la divinisation de l'homme, sur le modèle du Christ [Voir l'article de Paul McPARTLAN, « Tu seras transformé en moi », p. 38]. Sur le plan de la méthode, cela impliquait un retour à la théologie, même pour résoudre les inextricables problèmes philosophiques posés par l'évolution de la culture occidentale (par exemple, pour sauver l'esprit de Thomas d'Aquin contre la dérive moderne de certains « thomistes » [[Voir l'article de Georges CHANTRAINE, «Surnaturel et catholicité », p. 66.]]). Mais Henri de Lubac n'a jamais séparé le travail de théologien de celui d'historien, persuadé que seule la fidélité à la plus ample tradition permet d'atteindre une compréhension nouvelle de problèmes souvent mal posés. Il ne s'est jamais résigné à la marginalisation culturelle de la foi au Christ. Plutôt que de rompre vainement des lances avec les penseurs à la mode, il a saisi que c'était l'approfondissement de cette foi, et donc la tradition théologique, qui constituait la meilleure analyse du temps et la meilleure réponse à ses besoins. C'est pourquoi son œuvre est aussi un retour aux sources : patristique, pensée médiévale, philosophie de la Renaissance sont pour lui les lieux où se joue le drame de la vocation divine de l'homme. Outre ses propres travaux, les collections qu'il a contribué à fonder, « Théologie » (Aubier) et « Sources chrétiennes » (Cerf, près de 400 volumes parus) témoignent de la vitalité d'une telle méthode.

Le noyau spéculatif de ses analyses s'organise autour des concepts-clés de mystère et de paradoxe [Voir les articles de Marguerite LENA, « La sainteté de l'intelligence », p. 81 et de Jean-François THOMAS, «La vérité du paradoxe », p. 92]. Même s'il dépasse la capacité de notre intelligence, le mystère est l'objet propre de la raison humaine ; c'est par lui que notre destinée nous est donnée à contempler et à penser [Voir l'article de Peter HENRICI, « Du mystère en philosophie », p. 27]. Il s'exprime donc par un paradoxe : le salut divin qui dépasse notre pouvoir est pourtant ce à quoi nous aspirons le plus essentiellement, et il ne nous est donné que par un Dieu qui s'abaisse jusqu'à notre humanité. Toute la culture chrétienne ou païenne, et même antichrétienne (en négatif), pointe vers cet événement suprême et en exprime, plus (en négatif), pointe vers cet événement suprême et en exprime, plus ou moins proprement, le sens [[Voir l'article de Xavier TILLIETTE, « Le legs du théologien », p. 13.[Voir l'article de Xavier TILLIETTE, « Le legs du théologien », p. 13.->1066] ]].

Son immense ouverture d'esprit lui a permis de distinguer, y compris dans l'Église avant, pendant et après le Concile, la ligne invisible du surnaturel, derrière les imperfections des hommes et de leur langage [[ Voir l'article de Claude DAGENS, «Penser et aimer l'Église », p. 53.[Voir l'article de Claude DAGENS, «Penser et aimer l'Église », p. 53.-> 1070] ]].

Promouvoir les humanités, défendre l'humanité, ce ne sont là que deux versants d'un même respect pour ce qu'exige la théologie. Henri de Lubac est humaniste parce que théologien.

Il avait participé au lancement de l'édition française de Communio. Lui rendre hommage est pour nous un honneur et un devoir.

Nous ne pouvions pas rendre hommage aux qualités de l'homme, en partie parce qu'elles nous échappent, en second lieu parce que ce serait contrevenir à sa légendaire modestie. Nous dirons simplement qu'il a vécu du mystère dont il parlait.

Revue papier

Prix HT €* TVA % Prix TTC* Stock
11.75 2.10 12.00 Stock: 23

*Hors frais de port s'élevant entre 3 et 5 euros selon le pays d'expedition

Revue numérique

Titre Prix HT € TVA % Prix TTC Action
Henri de Lubac. Le théologien à l'oeuvre - pdf Gratuit pour tout le monde Télécharger