La Fidélité

N° 191 Mai - Juin 2007*

La fidélité est souvent blessée, mise à mal, voire carrément reniée comme valeur authentique et fondatrice de notre humanité : elle serait en effet synonyme d’aliénation et d’enfermement dans un passé sclérosant. Mais la fidélité est presque toujours mal comprise : enracinée dans une parole qu’il s’agit de redire et de revivifier au jour le jour, elle est ce qui ouvre à la personne un avenir fortement et librement assumé. Et dans la foi, la fidélité humaine se trouve anticipée et intérieurement revigorée par la fidélité de Dieu à l’homme.

Page Titre Auteur(s)
7 Editorial L’avenir de la fidélité Laurent LAVAUD
13 Fides : Notes sur le droit romain Jean-Robert ARMOGATHE
19 Entretien avec Jean-Claude Guillebaud Béatrice JOYEUX-PRUNEL
35 La fidélité : son avènement et son déploiement Miklos VETÖ
53 Le sacrement du mariage et la promesse de fidélité Nicola REALI
67 Fidélité et mémoire d’Israël : à travers les figures Jean-Pierre BATUT
87 Boleslas Sloskans, témoin de l’Agneau André MARIE JÉRUMANIS
101 L’adieu de Paul Ricoeur Xavier TILLIETTE
103 Henri Bouillard (1908-1981) et la théologie du XXe siècle Michel CASTRO

Éditorial : Laurent Lavaud : L’avenir de la fidélité

Thème

Jean-Robert Armogathe : Fides : Notes sur le droit romain

Étude de l’évolution du terme juridique fides, depuis le sens social du droit romain jusqu’au christianisme qui en élargit l’usage au devoir de fidélité entre époux, pour le renouveler en lui donnant un sens religieux, la foi des fidèles.

Béatrice Joyeux-Prunel : Entretien avec Jean-Claude Guillebaud

Si l’on s’interroge sur le sens de la fidélité, on pourrait s’en tenir à la non-trahison qui renvoie à la sexualité. Or la fidélité, dans l’absolu, repose sur la confiance affirmée et respectée au nom d’une parole donnée à l’autre. Engagement qui rebute l’homme d’aujourd’hui, partagé entre l’exigence d’une relation authentique, et la liberté de rester disponible à l’imprévu de l’avenir. C’est oublier que l’homme, dans la mesure où il est capable de réguler ses pulsions, est un être de culture et non de nature.

Miklos Vetö : La fidélité : son avènement et son déploiement

Contrairement à la constance qui est un engagement envers soi-même, la fidélité s’adresse toujours à un autre. Si la constance revient à demeurer le même, à maintenir avant tout ce qu’on est et ce qu’on veut, la fidélité implique une sortie de soi et un élément de nouveauté. Le voeu de rester fidèle est un pari : je ne peux pas savoir ce qui m’adviendra, non plus qu’à l’autre. C’est un engagement qui peut avoir des motifs ancrés dans l’avoir, tout en se rapportant à l’être. Avec le temps, notre situation ne sera plus la même, mais nous resterons nous-mêmes : la fidélité est précisément le mouvement d’affirmation qui me relie à l’autre, au travers et au-delà de tout de ce qui change autour de nous et en nous.

Nicola Reali : Le sacrement du mariage et la promesse de fidélité

Comment la réflexion théologique peut-elle remédier à la crise du mariage et de la famille ? Les tentatives qui se sont fondées sur les philosophies dialogiques ou de l’interpersonnalité peinent à rendre compte du rapport intrinsèque entre mariage et famille. Pour rendre plus claire la valeur de la fidélité, c’est de l’expérience de l’amour humain qu’il faut partir et montrer que le sacrement de mariage, bien loin d’être une option facultative de l’amour, en est au contraire l’accomplissement : c’est de l’inconditionnalité de l’amour que peut surgir la promesse de fidélité.

Jean-Pierre Batut : Fidélité et mémoire d’Israël

La fidélité à l’alliance demandée par Dieu à Israël commence par la mémoire : mémoire de ce que Dieu a fait pour son salut, et, radicalement, mémoire d’un engendrement qui l’a désapproprié de tout ce qu’il est et possède, pour le faire accéder à une espérance « contre toute espérance ». C’est ainsi qu’Israël, luimême préfiguré en Isaac, est figure du Christ dans son mystère pascal et invite les chrétiens, par sa seule permanence dans l’histoire, à comprendre leur mission dans le monde comme une manière d’exister à partir de Dieu seul : la complémentarité des deux fidélités d’Israël et de l’Église peut alors se manifester par la garde du Nom divin et par le salut du monde.

André Marie Jérumanis : Boleslas Sloskans, témoin de l’Agneau

Boleslas Sloskans, évêque de l’Église catholique, pasteur des diocèses de Minsk et de Mohilev en Biélorussie, a connu la persécution de 1927 à 1933, déporté dans l’archipel du Goulag. Après sa libération, il est accueilli par le pape Pie XI comme « confesseur de la foi ». Obligé par les nazis de quitter son pays, il vit en Belgique, et continue de remplir en Europe sa mission de témoin selon sa devise épiscopale « hostia pro fratribus », ne cessant de rappeler que le martyr, par son amour de l’ennemi, est un « témoin de l’Agneau », témoignage qui, au-delà des persécutions vécues, atteint une Europe sécularisée, où les chrétiens, trop souvent divisés, oublient que, par leur baptême, ils sont dans le monde une force d’amour et de pardon.

Signets

Xavier Tilliette : L’adieu de Paul Ricoeur

Un ultime texte du philosophe de la volonté suscite la déception : il n’aura pas été le penseur ni le témoin de l’espérance.

Michel Castro: Henri Bouillard (1908-1981) et la théologie du XXe siècle

Comment réévaluer cette oeuvre théologique ? Tout d’abord tributaire des analyses blondéliennes de l’Action, Henri Bouillard se consacre ensuite à la théologie de la parole de Karl Barth, spécialement sur la question de la théologie naturelle. Puis la rencontre d’Éric Weil le conduit à un approfondissement du tournant anthropologique, à un examen critique de toute forme de théologie politique, tout comme à une critique du recours aux sciences humaines en théologie.

L'avenir de la fidélité

Laurent Lavaud

Son fils Salomon renchérissait : « Beaucoup de gens proclament leur bonté ; mais un homme fidèle, qui le trouvera ? » (Proverbes, 20, 6.)

La fidélité n’est pas une valeur à la mode. Elle aurait contre elle d’enfermer l’individu dans des engagements passés, de rendre ce qu’il est tributaire de ce qu’il fut, et de l’empêcher par conséquent de s’ouvrir aux possibles dessinés par l’irruption de situations nouvelles. En un mot, la fidélité serait passéiste, elle n’aurait pas le sens de l’histoire. Plus grave : la fidélité serait une aliénation de la liberté et un enfermement dans le même. Le « moi fidèle » deviendrait comme le geôlier inflexible de la personne, rivée à sa promesse comme la chèvre à son piquet.

Le rejet moderne de la fidélité va, de fait, avec l’abandon d’une forme de morale. La fidélité correspondrait à une sorte de « devoirêtre » asséchant et elle prendrait, à la longue, la figure d’une conformité externe à une promesse ayant perdu tout sens pour celui qui, au jour le jour, doit la tenir. L’une des questions métaphysiques que pose la fidélité est dès lors la suivante : en quoi suis-je tenu par celui qui, hier, a promis fidélité ? Qu’est-ce qui garantit une continuité entre l’être qui s’est engagé hier et l’être que je suis maintenant, si les événements de l’existence ont bouleversé ma vie, et si,  d’une façon ou d’une autre, je ne suis plus le même ?

Il faudrait d’ailleurs distinguer plusieurs formes de rejet de la fidélité. Le libertin qui multiplie les rencontres sans jamais prendre attache, le Don Juan moderne, n’est pas, à strictement parler, infidèle : l’infidélité suppose en effet la négation d’un engagement ou d’une promesse. L’homme à femmes (ou son symétrique contemporain, la femme libérée) n’en a fait aucune : il s’agit d’un accord tacite, entre [...]

 

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Xavier Tilliette : L’adieu de Paul Ricoeur

Un ultime texte du philosophe de la volonté suscite la déception : il n’aura pas été le penseur ni le témoin de l’espérance.

Michel Castro: Henri Bouillard (1908-1981) et la théologie du XXe siècle

Comment réévaluer cette oeuvre théologique ? Tout d’abord tributaire des analyses blondéliennes de l’Action, Henri Bouillard se consacre ensuite à la théologie de la parole de Karl Barth, spécialement sur la question de la théologie naturelle. Puis la rencontre d’Éric Weil le conduit à un approfondissement du tournant anthropologique, à un examen critique de toute forme de théologie politique, tout comme à une critique du recours aux sciences humaines en théologie.


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