L'argent

N° 126 Juillet - Aout 1996*

Éditorial : Nicolas Aumônier : La richesse, un modèle paradoxal

L'argent, ici-bas, nous est nécessaire pour vivre. Il sert en outre d'instrument à des mécanismes économiques qu'il n'y a pas lieu, d'abord, de qualifier moralement. Mais parce qu'il ressemble à Dieu, il risque souvent d'être pris pour une idole. Notre désir potentiellement illimité d'argent doit être converti pour être mis au service de l'Eucharistie. Le modèle, pour nous, est celui de la richesse paradoxale de Dieu qui n'a pas hésité, par son Fils, à se faire pauvre pour nous afin de nous enrichir de sa pauvreté.

Le Christ et l'argent

Etienne Perrot : Entre Dieu et Mammon, l'argent dans les Évangiles

Nous devons apprendre à user de l'argent comme d'un signe du Royaume de Dieu. L'argent dans les évangiles est utilisé tantôt pour désigner une logique suicidaire d'autosuffisance, tantôt comme métaphore de l'Eucharistie elle-même, qui représente Celui qui, invisible, n'en est pas moins présent. L'argent est enfin utilisé par le Christ pour faire comprendre à ses auditeurs qu'il serait illusoire de prétendre s'acquitter spirituellement de sa dette.

Pierre-Marie Delfieux : Argent-serviteur ou Mammon-dictateur

L'éloge de l'intendant malhonnête est une invitation à ouvrir notre coeur par tous les moyens, à nous montrer habiles dans la mission qui nous est confiée, et à faire accueillir les dons du Christ par ceux qui, l'ayant accepté, sont désormais appelés ses amis. Nous ne devons pas nous asservir pour cela aux moyens qui nous sont donnés, mais les situer en Dieu.

Monnaie et spéculation

Pierre-Cyrille Hautcoeur : La justesse de la monnaie

La justesse de la monnaie est-elle une notion simplement technique, ou bien à la fois politique, économique et sociale? En examinant les trois fonctions de la monnaie comme unité de compte, intermédiaire des échanges et réserve de valeur, l'auteur montre que la monnaie ne peut être dite juste en un seul sens. De la confiance de chacun en autrui dépend la valeur de la monnaie.

Hervé Audren de Kerdrel : Faut-il condamner la spéculation?

La description des marchés – « futures », différence entre couverture, arbitrage et spéculation, et nécessité d'interpréter l'événement en direct – permet de comprendre comment la spéculation en général permet la liquidité d'un marché, et pourquoi la plus-value n'est nullement un miracle, mais la rémunération d'un risque assumé pour autrui. De cette description découle la possibilité d'une action chrétienne sur des marchés dépouillés de leur prétention à la transcendance, pour les faire converger vers leur vérité qui est le Christ.

Michel Albert : Pour la construction d'un ordre financier

Le développement des activités financières modernes et les dérèglements monétaires internationaux ne sauraient être tenus pour aussi inéluctables que le croient A. de Salins et F. Villeroy de Galhau dans leur ouvrage de 1994, et constituent un prélèvement indû sur la sphère réelle de l'économie, rendu possible par l'effondrement du système de Bretton Woods. Il nous faut construire un ordre financier fondé sur une véritable solidarité.

Antoine de Salins et François Villeroy de Galhau : La responsabilité des différents acteurs financiers

L'ordre de Bretton Woods était lui-même très imparfait. Y retourner signifierait l'abandon pour chacun de sa liberté d'évaluation économique. Pour autant, la technique financière doit être au service du bien commun, et l'économie mondiale, passer de l'interdépendance à la solidarité. Ce passage, pour être réel, doit s'effectuer à tous les niveaux de responsabilités, y compris celui des intermédiaires financiers.

La corruption

Xénophon : La corruption est-elle nécessaire au bon fonctionnement de l'économie?

La concurrence acharnée à laquelle se livrent les entreprises peut faire apparaître la corruption comme une nécessité pour leur survie selon un postulat utilitariste. Mais les frais de corruption grèvent de manière dissuasive la rentabilité d'un investissement. La décision de ne pas investir dans un pays à forte corruption bloque sa croissance et l'entraîne dans une spirale de sous-développement. Entrer dans une démarche aussi antiéconomique, c'est absurdement préférer le présent au futur proche.

Histoires d'argent

Yves-Marie Hilaire : Les catholiques n'ont pas toujours détesté l'argent

La longue condamnation du prêt à intérêt par les Pères de l'Eglise doit être nuancée : le prêteur pouvait être rémunéré en cas de risque. L'essor de Florence ou de Venise montre que tout développement économique n'a pas commencé avec la levée de la condamnation du prêt à intérêt par Calvin (mais non par Luther). L'oublier relève du paupérisme mental qui a produit les erreurs de directions pastorales les plus graves au XXè siècle : pour avoir tout misé sur la classe ouvrière, l'Eglise a abandonné la pastorale des classes moyennes.

Sylvie Thorel-Cailleteau : À propos de Gobseck et de L'Argent

Au XIXè siècle, l'argent, virtualité par excellence, devient un thème central du roman, qui est lui-même la mise en oeuvre d'une toute-puissance théorique. Balzac, dans Gobseck, dépeint l'homme de l'abstraction, Gobseck, qui possède le monde, et Zola, dans L'Argent, met en scène l'homme de la fiction (ou de l'abstraction redoublée), Saccard, le financier, riche de tous les millions qu'il n'a jamais eus. Par là, le roman se désigne comme réserve, jeu de virtualités, abstraction et fiction.

Cardinal Castillo-Lara : Les finances du Saint-Siège

Dans cet entretien, le Cardinal Castillo Lara, président de la commission pontificale de l'Etat du Vatican, révèle que les finances du Saint-Siège sont, l'année dernière, revenues tout juste à l'équilibre. Il explique la politique et le mode de gestion retenus.

Les vingt ans de Communio

Vincent Carraud : Présentation

Lettre du Cardinal Sodano à Rémi Brague

Homélie du Cardinal Poupard

«Soyez saints comme moi, le Seigneur votre Dieu, je suis saint. Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait ».

Mgr Peter Henrici : Le Père de Balthasar et Communio

Revue internationale, Communio, à la suite du P. de Lubac, et du P. de Balthasar, s'efforce de « chercher et trouver Dieu en toutes choses ». Est ainsi catholique (universel) ce qui effectue un travail de discernement; ce qui est intégral et intégrant, ce qui signifie l'unité dans la diversité. Cette pluralité de sens se retrouve dans le fonctionnement même de la revue.

Paul Mac Partlan : L'Eucharistie, l'Eglise et l'évangélisation : l'oeuvre du Père Henri de Lubac

L'Eucharistie, l'Eglise, l'évangélisation ne sont pas portées par la piété d'individus, mais par la force et la grâce de l'Esprit Saint. La célèbre affirmation lubacienne « L'Eucharistie fait l'Eglise », la redécouverte de l'Eglise comme Peuple de Dieu et comme vie communautaire dans l'Esprit, ainsi que sa nature essentiellement missionnaire ont profondément marqué le Concile Vatican II, la pensée de Paul VI et celle de Jean-Paul II.

Mgr Claude Dagens : La proposition de la foi dans la société actuelle et les intuitions fondatrices de Communio

Confesser la foi, la réconcilier avec l'intelligence, et approfondir, la réalité sacramentelle de l'Eglise, telles sont les intuitions fondatrices de Communio. Le rapport Proposer la foi dans la société actuelle (Lourdes, 1994) retrouve aussi, de manière pratique et concrète, les intuitions des premiers chrétiens : la foi est une source, et non un fardeau, et l'Eglise est le lieu primordial du jaillissement de cette source. Dès lors, il convient de placer la foi sous le signe du don de Dieu, de mettre l'Eglise en état d'initiation, et de vivre pleinement notre foi dans la société laïque qui est la nôtre.

La richesse, modèle paradoxale

Nicolas Aumônier

« L'homme est la monnaie du Christ, et je vois sur cette monnaie l'image, le nom, les bienfaits du Christ et les devoirs qu'il impose ». Saint Augustin, Sermon 90, 10.

Il faut un jour décider de gagner de l'argent si l'on veut tout simplement vivre. Cette décision suppose normalement la volonté d'apporter quelque chose d'utile à autrui, et d'entrer dans un processus concret d'échange. Il ne saurait donc à ce titre y avoir de conflit entre servir Dieu et gagner de l'argent : vivre suppose de choisir l'un et l'autre, de tendre notre volonté vers l'amour de Dieu et, aussi, vers l'acquisition de l'argent nécessaire à sa vie propre, comme à celle du prochain. A quelle quantité borner ce nécessaire ? Une quantité d'argent illimitée ne risque-t-elle pas d'être prise pour une idole? De tous les biens matériels, l'argent est celui qui ressemble le plus à Dieu : il est invisible, universel, sans limites. Il faudrait ajouter la ressemblance qu'il partage avec l'Eucharistie : son usage et sa valeur sont fondés sur la confiance (quand la seconde suppose la foi), il est universellement disponible et peut s'investir partout (quand, par la seconde, le Seigneur est donné et présent à tous), il circule, il permet l'échange; il nous empêche de mourir de faim, il est nécessaire à nos vies, la fréquentation du genre humain en accroît le besoin (le viatique eucharistique s'oppose ici à l'inflation des désirs nés de l'amour propre). Enfin, certains ont pu dire que la production d'argent coûtait aussi peu cher à l'État que, au prêtre, la
consécration des espèces. Parce qu'il ressemble à Dieu et parce que nous risquons de le confondre avec Lui en portant sur un objet fini un désir infini, nous risquons toujours de faire  [...]

 

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Les vingt ans de Communio

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Revue internationale, Communio, à la suite du P. de Lubac, et du P. de Balthasar, s'efforce de « chercher et trouver Dieu en toutes choses ». Est ainsi catholique (universel) ce qui effectue un travail de discernement; ce qui est intégral et intégrant, ce qui signifie l'unité dans la diversité. Cette pluralité de sens se retrouve dans le fonctionnement même de la revue.

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L'Eucharistie, l'Eglise, l'évangélisation ne sont pas portées par la piété d'individus, mais par la force et la grâce de l'Esprit Saint. La célèbre affirmation lubacienne « L'Eucharistie fait l'Eglise », la redécouverte de l'Eglise comme Peuple de Dieu et comme vie communautaire dans l'Esprit, ainsi que sa nature essentiellement missionnaire ont profondément marqué le Concile Vatican II, la pensée de Paul VI et celle de Jean-Paul II.

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Confesser la foi, la réconcilier avec l'intelligence, et approfondir, la réalité sacramentelle de l'Eglise, telles sont les intuitions fondatrices de Communio. Le rapport Proposer la foi dans la société actuelle (Lourdes, 1994) retrouve aussi, de manière pratique et concrète, les intuitions des premiers chrétiens : la foi est une source, et non un fardeau, et l'Eglise est le lieu primordial du jaillissement de cette source. Dès lors, il convient de placer la foi sous le signe du don de Dieu, de mettre l'Eglise en état d'initiation, et de vivre pleinement notre foi dans la société laïque qui est la nôtre.


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