La foi

N° 76 Mars - Avril 1988 - Page n° 4

Hans Urs VON BALTHASAR Susciter la foi

Editorial

On croit sur la foi d'un témoignage. Et d'abord celui du Christ lui-même, qui ne parle pas seulement de Dieu, mais en tant que Verbe de Dieu incarné. Et ensuite le témoignage des apôtres, de l'église et de tout baptisé dont c'est la mission. Mais ni le témoignage ni sa réception ne sont possibles sans le secours de l'Esprit Saint ni la participation à la Croix.

Tout le texte est joint.

1. Le témoignage humain

Ces lignes ont une portée théologique, mais la théologie requiert un fondement anthropologique. Seul un être libre peut rendre témoignage, et parce qu'il est libre, ce témoignage peut être faux (« Tu ne porteras pas de faux témoignage », Matthieu 19,18). Cela de deux façons : soit parce que l'on ment, soit parce que l'on dit en toute bonne foi quelque chose de faux. On témoigne toujours d'un fait objectif, distinct du sujet qui s'exprime. Là où ce fait est volontairement falsifié, le mensonge domine ; Jésus s'en voit accusé par les Juifs, mais il en accuse aussi les Juifs (Jean 8, 44). Là où le témoin n'est pas reconnu digne de foi, il peut néanmoins être, subjectivement, sincère. Bien des soldats sont morts pour la cause hitlérienne ; les valeurs pour lesquelles ils ont donné leur vie leur semblaient plus précieuses qu'elle. De même, le guerrier grec mourant pour sa polis, le musulman qui par sa mort rend gloire au Dieu du Coran. Même le martyre sanglant, la torture, ne constituent pas une preuve de la vérité objective de ce pour quoi on se sacrifie.

 

Il faudra donc en tenir compte également pour le témoignage du sang ou du don de la vie chez les chrétiens : celui qui témoigne ainsi ne fait que montrer que, pour lui, la valeur de ce pour quoi il met sa vie en jeu est plus haute que celle-ci, dépassant tout ce qu'il peut concevoir.

La crucifixion de Jésus n'en a été qu'une parmi des milliers. Aux yeux de ses ennemis, il est mort pour une valeur imaginaire. Les Juifs cherchaient à le faire mourir parce qu'« il appelait Dieu son propre Père, se faisant ainsi égal à Dieu» (p.4)(Jean 5, 18). «N'écris pas : 'Le roi des Juifs', mais : 'Cet homme a dit : je suis le roi des Juifs'» (Jean 19, 21). Et en effet, quand «le Christ Jésus, sous Ponce Pilate, a rendu son beau témoignage » (1 Timothée 6, 13), son témoignage paraît présenter, aux yeux de ses contemporains et de tous les incroyants jusqu'à aujourd'hui, la même structure que tous les autres cas humains : quelqu'un donne sa vie pour un programme qui lui semble impératif (par exemple, prouver que le Dieu bon qu'il proclame veut être solidaire des pécheurs). Pourtant le « témoignage » que Jésus rend « à la vérité » (Jean 18, 37), a une structure différente : c'est une partie intégrante de son plaidoyer que la vérité qu'il atteste est objective et non simplement subjective. C'est ce qu'il nous faudra montrer.

2. Le témoignage du Christ

L'Apocalypse le nomme « le témoin fidèle » (1, 5 ; 3, 14), et il dit de lui-même : «Mon témoignage est (objectivement) valable » (Jean 8, 14). Il faut distinguer deux choses dans son témoignage : la connaissance de ce dont il témoigne et la possibilité de vérifier la justesse de son affirmation. Il atteste d'abord que la connaissance de ce dont il témoigne ne lui vient pas par ouï-dire, mais de sa propre expérience. «Nous parlons de ce que nous savons et nous attestons ce que nous avons vu» (Jean 3, 11). « Celui qui vient d'auprès de Dieu, celui-là a vu le Père» (6, 46). «Je dis ce que j'ai vu chez mon Père » (8, 38). Au lieu de « voir », on peut trouver « entendre » (3, 32 ; 8, 26, 40 ; 15, 15) ; Jésus se met ainsi à la suite des prophètes, tout en dépassant ce qu'ils ont vu et entendu. Non seulement il voit et entend ce qui vient du ciel, mais il en vient lui-même (3, 13), non pas comme le « Fils de l'Homme tenu caché là-haut » des Apocryphes, mais comme parole consubstantielle de Dieu, qui ne fait qu'« un avec le Père» (10, 30), Dieu comme lui — contrairement aux prophètes (1,1) — et pourtant, en tant que sa parole, différent de lui (« auprès de Dieu »). C'est ce qu'il dit de lui-même, et cela en tant qu'homme : d'où l'effroi de ses auditeurs (« blasphème » : 10, 33).

Pour accepter cela comme témoignage véridique, il faudrait admettre les deux fondements du christianisme : la Trinité du Dieu Un, et l'Incarnation de la Parole de Dieu ; il faudrait considérer toute parole de cet homme non seulement comme une affirmation sur Dieu, mais comme une parole de Dieu (p.5) lui-même. Alors seulement la mort de Jésus, dans l'abandon de Dieu, apparaît comme autre chose qu'un témoignage subjectivement vrai, comme l'essentiel de l'attestation objective elle-même : « Car Dieu a tant aimé le monde que (pour lui) il a donné son Fils unique » (3, 16). On comprend alors comment Jésus peut dire de son témoignage qu'il est en même temps un et double : en tant que parole du Père, il atteste son amour pour le monde ; en tant qu'expression divine du Père, il a son amour en lui, il l'incarne et le représente par sa mort (5, 31 s. ; 8, 14-18). On voit ainsi la supériorité de ce témoignage sur tous ceux qui l'attestent et le complètent : Moïse et les prophètes, le Baptiste, «voix », certes, mais non « Verbe de Dieu» ; ces témoignages que Jésus ne dévalorise pas — ils sont utiles aux autres —, mais dont il n'a pas besoin comme garanties (2, 25 ; 5, 34). Ce témoignage rendu pleinement à l'amour de son Père par toute son humanité — parole, œuvre, Passion et mort — peut faire qu'on l'accepte. Mais il n'y suffit pas : on exige quelque chose de divin pour convaincre l'homme de la validité de ce témoignage plénier, quelque chose qui nous donne « conscience des dons que Dieu nous a faits » (1 Corinthiens 2, 12) : l'Esprit Saint qui, avec « l'eau et le sang », nous est donné comme témoin (« ils sont trois qui rendent témoignage » : 1 Jean 5,7) et qui est désigné comme le « témoignage de Dieu (qui) est plus grand » (1 Jean 5,9) et qui atteste (aussi) avec nous » (sum-marturei : Romains 8, 16).

Peut-on vérifier le témoignage de Jésus ? Sans l'Esprit de Dieu dans l'intelligence de l'homme, il n'a aucun pouvoir de persuasion. Comme Jésus se désigne toujours comme le seul qui a vu le Père, son affirmation ne peut se vérifier qu'en lui. Parmi les éléments qui le permettraient, relevons le mélange, unique en son genre, de majesté et d'humilité : la majesté de celui qui ne fait qu'un avec le Père, qui parle « comme un homme qui a autorité », appelé « Seigneur et maître », puis « mon Seigneur et mon Dieu » par ses disciples ; humilité de celui qui récuse toute vénération de sa personne, parce qu'il ne fait qu'obéir et transmettre la parole du Père. Également, la façon dont « toute son existence se fait geste » (mot de Kierkegaard sur Jean Chrysostome), la manière dont il renvoie de la crédibilité de ses paroles à celle de ses oeuvres, de toute son activité, de son comportement et de son être (Jean 5, 36 ; 10, 25.37 ; 15, 24). Mais dans la Croix, sa plus grande œuvre, la sagesse humaine ne peut voir que pure folie (pour les Juifs au pied de la Croix comme pour les sages païens : 1 Corinthiens 1, 23 s.) ; et la Résurrection,(p.6) contredisant cette folie, ne se réalise à son tour que « devant les témoins que Dieu avait choisis d'avance» (Actes 10, 41). Comme le témoignage rendu par Jésus à l'amour de Dieu pour le monde ne s'achève que dans sa mort et sa Résurrection, la possibilité de vérifier les événements de Pâques — voir, entendre, toucher le Ressuscité — achèvera de rendre crédible ce dont l'existence de Jésus voulait témoigner. C'est pourquoi le témoignage de ceux qui ont connu ces événements est devenu le point de départ incontournable de la foi chrétienne. Luc est sur ce point, comme nous le verrons, catégorique. Certes, même avant Pâques, une véritable foi apparaît déjà., à l'état naissant, devant laquelle Jésus pouvait accomplir des miracles ou faire des promesses pour l'éternité — ainsi lors de la confession de Pierre. Mais, de même que Jésus lui-même, avant la Croix, ne pouvait rendre son témoignage que de façon inchoative — d'où sa tension vers l'heure douloureuse de l'accomplissement (Luc 12, 50) — de même la foi des disciples, comme celle du peuple et de quelques païens, ne pouvait être alors qu'à l'état naissant.

C'était la foi de quelques individus. En revanche, le témoignage accompli ne pourra être que celui d'une société, et d'une société universelle (c'est-à-dire un témoignage ecclésial), parce que la Croix, signe de l'amour de Dieu pour le monde, témoigne en embrassant le monde entier et en fondant la communauté ecclésiale. Les apparitions de Pâques, même destinées à une seule personne, renvoient toutes à la communauté des disciples : avec la Croix et la Résurrection est fondée l'Église. L'envoi de l'Esprit à Pâques, chez Jean, est indispensable pour conférer aux Apôtres le don du témoignage, même si leur mission officielle, chez Luc, ne commence qu'après la Pentecôte.

Si le fait de voir, d'entendre, de toucher le Ressuscité semble ne concerner que l'humanité de Jésus, il donne en même temps de vérifier sa divinité, et donc la vérité de sa prétention à être la parole substantielle du Père ; Thomas s'exclame en toute vérité : « Mon Seigneur et mon Dieu ! », quand il touche les plaies. Même si ce récit est un condensé typiquement johannique (il a fallu du temps pour formuler en ces concepts la lumière découverte), il en est ici comme de tout l'Évangile : si la « christologie implicite » n'avait été présente dès le début, la « christologie explicite » n'aurait jamais vu le jour.

Une simple affirmation peut être vérifiée : je peux faire rechercher par une agence de voyage si untel s'est vraiment rendu à Melbourne. Mais s'il me dit : « Je t'aime » ou bien : (p.7) «J'en ai rêvé cette nuit », il faut que je le croie. Le témoignage d'une déclaration amoureuse se vérifie dans tout le comportement existentiel. Un amour conjugal prouve sa vérité dans la fidélité maintenue à travers les années. Le témoignage le plus important de toute l'histoire humaine, celui où Jésus témoigne d'être l'envoyé du Père, ne peut qu'être cru (avec de bonnes raisons) ou rejeté (avec des raisons insuffisantes). « Si vous ne croyez pas que moi, Je Suis, vous mourrez dans vos péchés. — Qui es-tu donc ? — Pourquoi parler encore avec vous ? » (Jean 8, 24 s.). C'est pourquoi, « si l'on a observé ma parole, on observera aussi la vôtre ; si l'on m'a persécuté, on vous persécutera, vous aussi » (Jean 15, 21.20). « Heureux serez-vous si l'on vous insulte, si l'on vous persécute et si l'on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi» (Matthieu 5, 11). Là où Jésus ne trouve aucune foi, il abandonne, et il enseigne à ses disciples à faire de même (Matthieu 10, 14). Mais le manque de foi sera lourd de conséquence pour qui refuse ainsi, puisque le témoignage de Jésus (comme le témoignage autorisé rendu à Jésus) contient sa propre et suffisante vérification — pour qui est capable de la voir et, partant, de croire.

3. Le témoignage rendu au Christ

Commençons par l'archétype même du témoignage rendu par ceux qui ont vécu, dans la foi, ce qu'ils attestent. Pour Luc, ces premiers témoins sont les Douze qu'il nomme dès le départ apôtres. « Le ministère apostolique chez Luc se caractérise d'abord par la notion de témoin» (N. Brox). Il n'y a donc pas lieu de s'étonner de ce que Luc compte Paul au nombre des apôtres, lui qui justifie son droit d'être apôtre en rappelant qu'il a vu Jésus et a été envoyé par lui. Étienne est également nommé une fois apôtre (Actes 22, 20), parce qu'à sa mort il a vu Jésus debout à la droite de Dieu. Dans sa lettre, Pierre se nomme « témoin de la Passion du Christ» (1 Pierre 5, 1). Jean lui-même, pour qui témoigner de Jésus revêt un sens beaucoup plus large, insiste pour dire qu'il a été le témoin oculaire du côté transpercé : « Celui qui a vu rend témoignage afin que vous croyiez vous aussi. Son témoignage est véridique et le Seigneur sait qu'il dit vrai » (19, 35). Et dans l'épître : « Ce que nous avons contemplé de nos yeux, ce que nos mains ont touché,... nous en portons témoignage, nous vous (l) annonçons », à savoir «la Parole de la vie », « la vie éternelle » (1 Jean 1, 2). « C'est lui, le disciple (p.8) qui rend témoignage de tout cela (tout ce vécu) » (Jean 21, 24). Le Baptiste aussi atteste ce qu'il a vu (Jean

1, 34). La Samaritaine témoigne dans la ville de ce qu'elle vient d'apprendre (4, 39), comme les serviteurs des Pharisiens (7, 46) et le peuple lors de la résurrection de Lazare (12, 17).

 

Au milieu de tous ceux-là se détachent ceux que Jésus destine à être ses témoins : « Vous êtes les témoins de tout cela» (Luc 24, 48). Ils ne seront des témoins efficaces qu'avec l'aide du Saint-Esprit qui témoigne lui aussi (24, 29) : « Il rendra témoignage en ma faveur. Et vous aussi, vous rendrez témoignage, vous qui êtes avec moi depuis le commencement » (Jean 15, 26 s.).

 

Comment leurs successeurs, ceux qui n'ont pas vu, entendu ni touché par eux-mêmes, peuvent-ils reprendre et poursuivre le témoignage ? Cela ne leur sera possible que s'ils reçoivent, dans la foi vivante, non seulement quelque chose de la vision des premiers témoins, (ainsi, Jean transmet aux générations suivantes quelque chose de sa « façon de voir », comme l'a montré F. Mussner), mais quelque chose de la vision originale de Jésus lui-même qui forme la foi chrétienne à partir de sa vision éternelle du Père. Toute foi vivante, toute vraie contemplation chrétienne (qu'on pense aux méditations des Exercices ignatiens) comprend cet élément. Thomas d'Aquin le reconnaît explicitement quand il décrit la foi vivante comme avant-goût de la vie éternelle. La Lettre de Pierre le confirme aussi : « Sans voir encore (Jésus-Christ), mais en croyant, vous tressaillez d'une joie indicible et pleine de gloire, sûrs d'obtenir l'objet de votre foi : le salut des âmes (1 Pierre 1, 8-9). Il cite ensuite, de façon significative, l'exemple des prophètes qui, explorant les événements du salut à venir, les vivaient par anticipation.

 

Mais à cet élément s'en ajoute un autre, essentiel, à la base de l'enseignement et des exigences de Jésus : la participation à ses souffrances. Pour Pierre, le Christ, dans sa Passion, a porté le péché du monde (« pour vous » : 1 Pierre 2, 21; pour « nos fautes » : 2, 24). Souffrir injustement sera donc pour les chrétiens plus qu'une destinée subjective à assumer dans l'ascèse : c'est une marche « sur les traces du modèle » (2, 21). La conduite chrétienne fait partie de l'appel à rendre compte « de l'espérance qui est en vous » (3, 15) : elle « confond les calomniateurs » qui en seront anéantis (3, 16). (p.9)

Ce thème est sans cesse repris dans l'enseignement de Paul. Son existence remplie de souffrances devient, avec l'expérience de Damas, l'autre pilier pour démontrer l'authenticité de son témoignage apostolique. Il ne se contente pas de suivre un modèle du passé : il souffre dans, pour et avec le Christ. Là, beaucoup plus que dans l'expérience de sa conversion, se trouve, pour ses communautés, la preuve de la vérité de ce dont il témoigne. Les premières notes entonnées par Pierre se trouvent ici développées comme démonstration centrale, en vue de vérifier cette vérité. Il est pleinement conscient du paradoxe de cette démonstration, et c'est pourquoi il la présente comme un discours « insensé » (1 Corinthiens 12). Il dépasse même la « suite » du Christ pour vivre « en lui » : « Je trouve ma joie dans les souffrances que j'endure pour vous, et je complète en ma chair ce qui manque aux épreuves du Christ pour son corps qui est l'Église» (Colossiens 1, 24). Dans la souffrance du corps, plus encore celle de l'esprit — le mépris, l'insuccès, la mise au rebut du monde, «succomber» même pour la communauté (2 Corinthiens 13, 7) —, il voit la preuve ecclésiale de ce que la destinée terrestre du Christ en lui non seulement se perçoit, mais se poursuit concrètement. Dans la faiblesse du Christ en Croix il voit à l'avance la force du Ressuscité. Il peut alors, dans sa propre vie crucifiée, espérer et même reconnaître l'avancée simultanée de la puissance du Christ ressuscité : en cela il le représente. «Nous portons partout et toujours en notre corps les souffrances de la mort de Jésus, pour que la vie de Jésus soit, elle aussi, manifestée dans notre corps... Ainsi donc, la mort fait son œuvre en nous, et la vie en vous » (2 Corinthiens 4, 10.12 ; cf 13,3-4). A son avis, l'expérience féconde de la souffrance apostolique rend vérifiable son témoignage. Comme tout témoignage, celui-ci est livré à la liberté de celui qui le reçoit. Pour lui-même et pour ceux qui s'y trouvent, son témoignage est « manifeste ». « Il demeure voilé... pour les incrédules, dont le dieu de ce monde a aveuglé l'entendement » (2 Corinthiens 4, 3 s.). « Tu es fou, Paul ; ton grand savoir te fait perdre la tête» (Actes 26, 24).

 

Paul exige à son tour de ses successeurs un témoignage semblable. « La belle profession de foi » que Timothée a faite « en présence de nombreux témoins » lors de son baptême ou de son ordination se trouve tout de suite mise en parallèle avec «le beau témoignage » de Jésus devant Ponce Pilate : c'est donc un témoignage vital (1 Timothée 6, 12 s.) qui invite donc à (p.10) « souffrir avec moi pour l'Évangile, soutenu par la force de Dieu » (2 Timothée 1, 8).

 

Reste l'Apocalypse avec l'importance qu'y prend la notion de témoignage. Jésus lui-même est le premier «témoin fidèle» (1, 5). Mais autant les prophètes que les apôtres sont ses chargés de pouvoir, Jean surtout, selon ce dernier livre de la Bible qui voit l'Ancien et le Nouveau Testaments comme les deux faces d'un unique témoignage. Les deux éléments du témoignage s'y trouvent à nouveau réunis : à la source une vision, et un engagement jusqu'à la mort. Cette façon de rendre témoignage (marturion ou marturia) est, dans ce livre, déjà très proche de ce que martyrium signifie pour nous. Cependant, même ici, la vision solitaire de Patmos est ordonnée à l'Église de l'Agneau comme le montrent les lettres aux sept Églises.

 

Le thème qui parcourt l'Ancien et le Nouveau Testaments retentit une fois encore ici : les prophètes sont les témoins de Dieu pour Israël ; les « apôtres et prophètes » de la nouvelle Alliance (Ephésiens 2, 20) sont témoins dans l'Église ; on peut les vérifier, eux et leur mission dans le monde, «comme l'or au creuset » (1 Pierre 1, 7). Et c'est précisément le feu de la dérision et de la persécution qui, d'un point de vue chrétien, est l'élément le plus fécond du témoignage : il peut ouvrir de l'intérieur les portes du refus, par l'esprit qui est feu.

 

 

(traduit de l'allemand par Claire Second)

(titre original : «Zeugnis und Glaubwürdigkeit» )

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