La disparition de la mort

M. Christophe CARRAUD
La sépulture - n°118 Mars - Avril 1995 - Page n° 27

La question de la sépulture est décisive pour l'Église. Les époques qui ont su créer une langue commune pouvaient se confier à la seule espérance de la Résurrection, et c'est pour cette raison que la présence ou l'absence des symboles leur étaient approches égales de la même énigme.

En 1963, l'architecte Robert Auzelle achève son manuscrit sur « la conception, la composition, la réalisation du cimetière contemporain ». Il ne trouve pas d'éditeur. Deux ans plus tard, c'est « à Paris, chez l'auteur », que l'ou-vrage paraît. Les cimetières décidément n'intéressent personne.

Entre 1963 et aujourd'hui, en France du moins, les choses n'ont guère changé 1. C'est toujours l'indifférence, – et l'on peut dire qu'elle s'est accrue. Sur les problèmes que le cimetière pose à l'urbanisme, sur les difficultés qu'il résume d'une communauté entre les vivants et les morts, – sur l'image qu'il dessine de notre pensée de l'au-delà, nulle réflexion, ni des hommes du métier, ni des politiques, ni de l'Église même. Peur bien naturelle de ce qui touche à la mort ? Mais quelle époque ne l'a éprouvée ? Il s'agit de bien plus sans doute, qui s'en prend aux signes. Malraux écrivait que notre civilisation était la première civilisation sans tom-beau'. Que la pensée de la mort s'efface et ne soit plus cet horizon de la vie découvrant peut-être un autre pays, ou s'abîmant dans le rien comme d'une falaise de temps, ce n'est pas vraiment cela qui importe ; ni que nous bannis-sions la mort comme l'étrangère, parce qu'avec un mauvais goût désormais sans vertige, elle s'exclut du comput de la vie et de l'ordre factuel ou économique où nous voulons ranger sa définition : ne voilà rien d'autre après tout qu'une sottise de plus ; – non, ce qui importe, c'est qu'ait disparu le signe, l'invention, dans les lieux, dans l'orientation du vivre, de notre plus exacte communauté ; c'est qu'ait dis-paru le mode qui nous donne d'arracher au gouffre singulier, sans parole et sans forme, le lieu humain où la vie puisse se considérer, où elle puisse traverser la splendide et mortelle apparence de vivre. Et, dira-t-on, à un niveau tellement plus simple, plus « quotidien » dans ses formes et sa pensée, pourquoi cette incapacité à donner corps à tout le répertoire des lieux, quels qu'ils soient, sans en oublier aucun ? Nous aimons la beauté de telle église, et y voyons, là où tant d'autres n'offrent rien au regard, le signe ou la grâce, dépo-sés dans le temps, de la vérité à laquelle quelques formes ici-bas se consacrent. Pourquoi n'en irait-il pas de même de la sépulture et du cimetière ? [...]

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