La sépulture

N° 118 Mars - Avril 1995*

Éditorial : Olivier Boulnois : Les vivants et les morts

Jamais la mort n'a été plus dissimulée qu'aujourd'hui, et jamais cepen-dant l'angoisse devant la mort n'a été aussi grande. Rien ne manque autant à notre société que le deuil. Donner une place et un sens à la mort et au deuil, voilà le service que l'Église peut rendre à notre civilisation.

Jean-Robert Armogathe : Reposoir ou décharge ? Le cimetière, lieu théologique

L'Église appuie sa foi sur deux tombeaux : celui du Christ, qui ne vaut comme référent que parce qu'il est vide ; celui de Pierre, qui ne fonde la légitimité du primat papal que parce que le corps de l'apôtre y a séjourné. On en déduit le sens chrétien de la sépulture des fidèles : être un reposoir.

Olivier Chaline : Au voleur, ma mort !

Les modes actuels de sépulture, la mort à l'hôpital, la trop grande discrétion de l'Église, tout concourt à cacher la mort et à en effacer le sens chrétien. Cette négation laisse les individus seuls devant une béance pour mieux épargner la société.

Vincent Carraud : Illustration de couverture : Jože Plečnik, chapelle Saint-Jean, cimetière de Žale

Les exigences des corps

Christophe Carraud : La disparition de la mort

La question de la sépulture est décisive pour l'Église. Les époques qui ont su créer une langue commune pouvaient se confier à la seule espé-rance de la Résurrection, et c'est pour cette raison que la présence ou l'absence des symboles leur étaient approches égales de la même énigme. Aux époques de désunion comme est la nôtre, il faut penser la disparition par la mort pour apprendre les vraies exigences du corps.

Les évêques allemands : La sépulture et le deuil

Le dernier document publié sur le sujet par la Conférence épiscopale allemande dresse le bilan de l'actuelle occultation de la mort. L'angoisse que suscite la mort et la douleur de ceux qui restent ne doi-vent pas être refoulées, mais reconnues et accompagnées. Cette tâche est celle de la liturgie, mais aussi des chrétiens qui doivent entourer les membres éprouvés, et toujours isolés dans ces moments-là de la com-munauté. Quant aux cimetières, il est urgent d'en faire non plus seulement un lieu de promenade paisible, mais les signes de la foi chrétienne en la Résurrection du Christ, annonce de la Résurrection de notre propre chair.

Jean-Louis Lejonc : Comment meurt-on à l'hôpital ?

Analyse statistique et dossier administratif des décès à l'hôpital, au terme de laquelle il apparaît que l'hôpital semble renouer avec sa tradition ancienne d'accueil des plus démunis, ceux qui sont à l'écart de la prospérité générale, comme les plus âgés, qui ne bénéficient pas des progrès dans les soins de haute technicité. Et les unités de soins palliatifs sont encore loin d'être présentes dans tous les services.

Histoire de la sépulture

Michel-Yves Perrin : L'invention du cimetière : le cas romain

Lié au souci d'ensevelir les pauvres des communautés, un nouveau type de tombe à usage collectif apparaît chez les juifs et les chrétiens à la fin du tic siècle : les catacombes. Une iconographie spécifique naît chez les chrétiens. La présence des sépultures des martyrs transforme au y' siècle ces nécropoles en centres de pèlerinage.

Vincent Déroche : La sépulture des saints

Rompant avec le paganisme et le judaïsme antique qui voient dans le contact du corps mort une souillure, le christianisme installe le cimetière parmi les vivants qui s'activent au milieu des corps morts. Le culte des saints explique une telle révolution.

Patrick Périn : Du cimetière païen au cimetière chrétien

C'est au cours du vin' siècle que les cimetières extensifs, hérités de l'Antiquité, disparurent peu à peu : les grandes nécropoles de la périphérie des villes laissèrent la place au regroupement des tombes autour des églises, ce qui changea aussi les modes d'inhumation. Cette double mutation témoigne d'une large progression de l'imprégnation chrétienne.

Olivier Chaline : Dehors les morts ! Les mutations de la sépulture dans la France du XVIIIe siècle

Au XVIII° siècle, les morts subissent un double exil : évincés des églises, ils sont ensuite chassés loin des habitations. Contrairement à l'interpré-tation commune valorisant la « déchristianisation », ce sont les évêques réformateurs d'après le Concile de Trente qui ont provoqué ces muta-tions de la sépulture.

Annette Becker : Les croix de bois. Sépultures de la grande guerre

La brutalité inouïe du premier conflit mondial fait du front entier un cimetière. La sépulture est au coeur de la culture de guerre : enterrer des morts, c'est occuper le terrain et continuer la lutte pour la civilisation. La paix revenue, les vainqueurs ont droit aux stèles claires, les vaincus aux noires. Si chaque nation a son type de cimetière, la France se dis-tingue par le souci de nombreuses familles de récupérer leurs morts.

Les formes de la sépulture

Didier Laroque : Cimetières contemporains en Italie

Les cimetières italiens ne ressemblent pas aux nôtres. Ils sont à la fois lieux de création architecturale et de pensée de la mort.

Serge Landes : Liturgie, mémoire et tombeau

Pour être une architecture d'espérance, l'architecture funéraire doit être configurée par la prière. C'est ce que montre une analyse de quelques cimetières, en particulier celui du Père Lachaise et celui, marin, de Gruissan.

Didier Laroque : L'art funéraire de Piranèse et les peines de l'architecture

Piranèse, à l'église Sainte-Marie-Aventine à Rome, donne à l'architec-ture même une dimension funéraire, par laquelle toute oeuvre peut être pensée comme tombeau.

Christophe Carraud : La mort et le lieu

Pétrarque est l'un des auteurs chez qui la question du lieu se pose avec le plus d'acuité ; pourtant celui de la sépulture est pour lui indifférent. Pourquoi tient-il cette indifférence pour une attitude chrétienne ? Pourquoi, plus encore, ce refus d'une esthétique de la mort chez celui qui donne au fait esthétique lui-même la plus grande amplitude ?

François Pétrarque : Trois textes sur la sépulture

Actualité

Jacques Bernard : Peut-on encore écrire une vie de Jésus ?

Les travaux de vulgarisation ont du bon : ils répondent au désir, chez les chrétiens adultes, de recevoir une formation solide. Mais il importe de s'appuyer sur les études les plus sérieuses de la science exégétique pour éviter les lieux communs de la « démythification » que sont la question de la virginité de Marie et celle des frères de Jésus, celle des miracles, de la fondation de l'Église, etc. L'auteur en profite pour poser les vraies questions exégétiques et théologiques sur le projet d'une Vie de Jésus aujourd'hui.

Georges Chantraine : Monseigneur Eugenio Corecco (1931-1995)

Monseigneur Eugenio Corecco, professeur de droit canon, évêque de Lugano et fondateur de faculté, était membre de rédaction de la Communio francophone. Il nous a quittés le 1°' mars 1995.

Les vivants et les morts

Olivier Boulnois

Jamais la mort n'a été plus occultée qu'aujourd'hui, ni sans doute mieux dissimulée1. S'il est vrai que l'on meurt toujours seul (malgré son « entourage »), jamais la mort n'a pris davantage la forme de la solitude (sans « entourage »). Le mourant d'aujourd'hui doit être discret, et son cadavre vite évacué. La solitude s'est faite isolement, et l'isolement désolation. La mort a cessé d'être fréquentable. Mais plus la mort est occultée, plus elle est obsédante : jamais non plus l'angoisse devant la mort n'a été aussi grande. D'où ce qui apparaît aux temps naïfs que sont les nôtres comme un paradoxe : plus notre société s'évertue à cacher la mort dans le monde visible, plus la mort est présente dans le monde intérieur des pensées et des fantasmes. Les morts imaginaires nous envahissent dans la mesure même où les morts réelles nous deviennent insupportables – terribles, elles l'ont toujours été : intolérables, voilà peut-être qui est moderne.

Le deuil est ce dont notre société manque le plus : c'est-à-dire ce qui donne à la mort la visibilité qui convient. Non pas n'importe quelle visibilité, images démultipliées de corps [...]

 

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1. L'hebdomadaire Le Point en fait le constat : voir son n° 1169, 11 février 1995, p. 75-82. En encadré p. 80 : « L'escamotage de la mort a été tel que dans les villes nouvelles aucun cimetière n'est prévu à l'origine. » Voir aussi M.F. BACQUÉ, Le Deuil à vivre, éd. Odile Jacob, 1992.

Jacques Bernard : Peut-on encore écrire une vie de Jésus ?

Les travaux de vulgarisation ont du bon : ils répondent au désir, chez les chrétiens adultes, de recevoir une formation solide. Mais il importe de s'appuyer sur les études les plus sérieuses de la science exégétique pour éviter les lieux communs de la « démythification » que sont la question de la virginité de Marie et celle des frères de Jésus, celle des miracles, de la fondation de l'Église, etc. L'auteur en profite pour poser les vraies questions exégétiques et théologiques sur le projet d'une Vie de Jésus aujourd'hui.

Georges Chantraine : Monseigneur Eugenio Corecco (1931-1995)

Monseigneur Eugenio Corecco, professeur de droit canon, évêque de Lugano et fondateur de faculté, était membre de rédaction de la Communio francophone. Il nous a quittés le 1°' mars 1995.


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