Conscience ou consensus

N° 109 Septembre - Octobre 1993*

La conscience est en tout homme le lieu d’une liberté qui n’est pas l’arbitraire mais la compréhension du bien à l’épreuve des cas particuliers. Ce pouvoir de discernement n’est pas tout fait. Il doit être formé, mais peut toujours l’être grâce à l’expérience du bien et de la Révélation. En se révoltant contre le fait établi, la conscience renouvelle la société. Elle peut alors fonder un consensus qui ne soit pas seulement celui du moindre mal.

Page Titre Auteur(s)
5 Y a-t-il une conscience chrétienne? Marie-Christine GILLET-CHALLIOL
12 Pour une éthique évangélique Olivier O'DONOVAN
23 La conscience et l'erreur Servais PINCKAERS
36 L'intériorisation des normes : un problème naturaliste Reinhard LOW
43 La formation morale de la conscience : le discernement et le témoignage Stéphane ROBILLIARD
59 Le goût du bien Françoise BRAGUE
67 Éthique et conscience Jean MICHAUD
72 L'éthique consensuelle au CCNE Nicolas AUMONIER AVEC LA COLLABORATION D'ANNE FAGOT-LARGEAULT
99 Les limites d'une éthique consensuelle Nicolas AUMONIER AVEC LA COLLABORATION D'ANNE FAGOT-LARGEAULT
127 La conscience du médecin entre éthique individuelle et éthique collective Isabelle ZALESKI
131 Religion et idéologie François ROULEAU

Éditorial : Marie-Christine Gillet-Challiol : Y a-t-il une conscience chrétienne

La conscience est un principe commun à tous les hommes. Mais, pour le chrétien elle est la vie la plus intime de l'Esprit en l'homme. Elle est alors au coeur de l'action morale, et dépasse la prétendue opposition du droit et de la morale : la conscience est le pouvoir d'incarner les principes à l'épreuve de cas particuliers. Elle n'est ni une loi abstraite, ni une subjectivité vague.

Questions : La conscience au coeur de la morale

Olivier O'Donovan : Pour une éthique évangélique

Une éthique fondée sur l'Évangile a sa source dans la résurrection du Christ, qui sauve toute la création. Notre action doit s'appuyer sur l'ordre objectif du créé : éviter aussi bien la tentation d'Adam, celle de prétendre créer nos propres lois, que l'obéissance figée à des commandements divins privés de leur contexte. Nous pourrons alors dépasser l'antithèse de la loi et de la liberté, appliquer tout l'Évangile, grâce à la charité.

Servais Pinckaers : La conscience et l'erreur

Que veut dire saint Thomas, lorsqu'il affirme qu'il faut toujours suivre sa conscience, même erronée ? Souvent mal interprétée, l'invocation de la conscience contre la loi risque de favoriser la conviction personnelle au détriment de la morale. L'auteur rappelle les fondements de la doctrine de saint Thomas : si la conscience peut être erronée, sa source, la syndérèse, sens naturel et infaillible du bien et du mal, nous conduira toujours vers la vérité.

Reinhard Low : L'intériorisation des normes : un problème naturaliste

Pour le chrétien, la conscience est un juste milieu entre deux interprétations : déterministe (la conscience ne fait qu'intérioriser des fonctions naturelles), et subjective entendue comme autonomie absolue). Toutes deux ignorent que la  conscience est l'exigence d'un bien en soi, et non seulement de règles de conduite toutes faites, ou du bien pour moi. Elle est aussi une disposition, à éduquer et à développer, qui sera alors un indicateur précieux de la rectitude morale de nos actions.

Arguments : Y a-t-il une éducation de la conscience?

Stéphane Robillard : La formation morale de la conscience : le discernement et le témoignage

La conscience doit apprendre le discernement, mais celui-ci n'est possible que s'il découle de la reconnaissance de ce qui nous fait être. Le bonheur de voir en autrui cette adéquation que nous recherchons est un moment essentiel, qui permet à la conscience d'échapper à la pure subjectivité. Mais le témoignage n'a de valeur que s'il est reconnu, et non s'il s'impose. C'est en ce sens qu'il faut penser la neutralité de l'enseignant vis-à-vis de ses élèves.

Françoise Brague : Le goût du bien

La tâche des parents passe-t-elle par une éducation de la conscience de leurs enfants ? Certainement pas si l'accent mis sur la conscience conduit à une subjectivité triomphante, ou à une culpabilité sans issue. Il faut ramener l'éducation morale à la source qui dépasse et fonde les règles humaines de comportement. Il ne s'agit pas alors de dire à nos enfants le bien et le mal, mais de tenter de leur offrir l'exemple d'une vie inspirée par l'amour du Christ.

Dossier : Débat autour de l'éthique consensuelle : Le Comité consultatif  national d'éthique

Jean Michaud : Éthique et conscience

L'auteur, vice-président du CCNE, rappelle les raisons qui ont conduit à sa création, et dégage, à partir de deux situations concrètes, la procréation médicalement assistée et le diagnostic prénatal, les principes qui inspirent les avis du comité. L'éthique ainsi progressivement élaborée doit beaucoup à la conscience de chacun et s'efforce d'harmoniser principes, convictions personnelles, et situations données.

Nicolas Aumônier avec la collaboration d'Anne Fago-Largeault : L'éthique consensuelle au CCNE

Il s'agit d'analyser, à partir des documents publiés par le Comité lui-même, les principes qui guident ses avis, leur mise en application, et la portée pratique de leur éventuelle critique. Surgissent alors des tensions entre le critère d'universalisation, seul acceptable par des représentants de courants de pensée si différents, et sa mise en oeuvre, souvent plus pragmatique. Cette voie de prudence oscille entre deux risques : celui d'entériner les faits acquis, celui de rechercher le minimum éthique admis par consensus.

Nicolas Aumônier : Les limites d'une éthique consensuelle

Les ambiguïtés des termes « consultatif » et « éthique » font courir au CCNE le risque d'apparaître comme la seule instance éthique de référence. La norme de la conscience universelle contredit cette interprétation, et donne au Comité les limites qui lui sont nécessaire pour continuer à jouer le rôle très utilement consultatif qui est le sien, en maintenant toujours claire la distinction qui sépare l'éthique de la morale.

Éthique et déontologie

Isabelle Zaleski : La conscience du médecin entre éthique individuelle et éthique collective

Le médecin affronte deux impératifs contraires : l'intérêt individuel du malade, qui nécessite parfois des techniques coûteuses, l'intérêt collectif, qui exige de ménager l'assurance maladie, pour que le plus grand nombre puisse en bénéficier. La notion d'intérêt du prochain, telle qu'elle peut être éclairée par le christianisme, offre une troisième voie entre l'égoïsme de l'individu et l'universalité abstraite de la société.

Signet

François Rouleau : Religion et idéologie

Religion et idéologie sont antithétiques, mais l'écologie est souvent un ersatz de religion : elle fait de Dieu une idole et de l'homme un esclave de son système. Érigeant en dogme d'authentiques valeurs, l'idéologie est toujours susceptible de renaître sur les décombres du nazisme et du communisme.

Marie-Christine Gillet-Challiol

Y a-t-il une conscience chrétienne ?

«La raison, en tant qu'elle nous détourne du vrai mal de l'homme, qui est le péché, s'appelle conscience. Bossuet, De la connaissance de Dieu, I, 7.

La conscience a bien souvent, de nos jours, mauvaise réputation parmi les chrétiens. Voilà qui est sans aucun doute justifié, si l'on se souvient que la plupart des critiques adressées au magistère qu'affirme toujours exercer l'Église, en particulier dans le domaine moral, le sont au nom d'une liberté de conscience d'autant plus sensible qu'elle ne peut être que souveraine1. Il est indéniable que l'appel à la conscience n'est le plus souvent que l'affirmation d'une subjectivité qui n'est autre qu'opinion, et qui n'a d'autre justification — elle n'en a d'ailleurs pas besoin — que de me convaincre.

Faut-il pour autant refuser à la conscience tout rôle dans une morale catholique ? A-t-on le droit de se priver d'un concept largement utilisé par la théologie, et qui risque fort de resurgir dès que nous réfléchissons sur le caractère moral de telle ou telle action? Qui pourra affirmer qu'une action que notre conscience réprouve, même si elle paraît s'accorder avec des règles de morale objectives, est morale ? Le sophisme serait bien évidemment de dire que toute action que notre conscience approuve est par là même morale. Il n'en demeure pas moins que la conscience semble bien jouer le rôle d'une irréfragable instance intime de jugement ou de justification. Sans aucun doute, il ne faut pas identifier la conscience à la mauvaise conscience, à cet oeil qui accompagne Caïn jusque dans la [...]

 

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1. Voir par exemple l'article de Jean-Robert Armogathe, dans Le Figaro du 26 mai 1993. Il dénonce l'incohérence de cette contestation qui repose implicitement sur l'allergie de la conscience à toute autorité : « On accuse l'Église de vouloir substituer une parole d'autorité au choix de la conscience et de manquer ainsi au respect des personnes. »

François Rouleau : Religion et idéologie

Religion et idéologie sont antithétiques, mais l'écologie est souvent un ersatz de religion : elle fait de Dieu une idole et de l'homme un esclave de son système. Érigeant en dogme d'authentiques valeurs, l'idéologie est toujours susceptible de renaître sur les décombres du nazisme et du communisme.


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