Satan, "mystère d'iniquité"

N° 23 Mai - Juin 1979 - Page n° 93

R. P. Georges CHANTRAINE Je crois en Dieu »

COMME une forêt trop dense, La confession de la foi (1) pourrait, avec ses dix-huit contributions, détourner le lecteur d'y pénétrer. Je m'y suis aventuré, y frayant une piste, faisant halte dans telle clairière qui évoquait des souvenirs, admirant tel arbre plus rare, sans souci de botaniste ni de topographe. En chemin, j'ai noté mes impressions. C'est une sorte de relation que je livre candidement aux lecteurs.

 La première page, 93, est jointe.

"JE crois en Dieu " : cette formule du Credo unit en son énonciation «je » et « Dieu ». Quel est ce « je » et quel est ce « Dieu » ? Au regard d'une analyse qui se veut objective, inaugurée par le philosophe écossais Hume (mort en 1776), «je ne suis pas, écrit Ph. d'Harcourt, une instance originaire, ma pensée est le produit d'un langage qu'on m. a appris à parler et qui véhicule des significations imposées d'ailleurs » (12), que cet ailleurs soit nommé inconscient (Freud), conscience de classe (Marx) ou « métaphysique populaire» (Nietzsche). Dieu, lui, n'est pas l'objet d'une foi surnaturelle, mais la projection d'un besoin qui, pour des raisons diversement analysées par les uns et les autres, ne s'avoue qu'en se cachant dans un supernaturel (cf. 10). Double réduction du sujet et de l'objet de la confession de la foi, qui rend compte de l'indifférence ou de l'hostilité religieuses dans un monde imbu de science, de son objectivité, de sa rationalité, malade encore du soupçon que Marx, Freud et Nietzsche lui ont inoculé envers le christianisme (sur Marx, voir la note très précise de G. Fessard, p. 50).

Pour rendre à nouveau possible la confession de la foi dans un tel contexte culturel, il convient d'abord de voir avec Jean Ladrière que le projet de la science ne va pas forcément à cette réduction de la foi. Certes, il n'en écarte ni la possibilité ni la «tentation », mais il peut aussi ouvrir une possibilité tout opposée. « La science est, pour l'être humain, chargée d'une signification existentielle profonde. Mais en même temps, et pour cela même, elle est habitée par une décisive ambiguïté. D'un côté, la science peut entraîner l'esprit humain à se perdre dans le logos qu'elle instaure ; de l'autre, elle peut, par la médiation de ce logos "lui-même, reconnu dans sa signification authentique, l'ouvrir à la reconnaissance de la création, d'une Liberté posante à l'oeuvre dans le cosmos et présente en lui» (107).

MAIS la réduction du sujet et de l'objet de la foi n'est pas seulement d'origine naturaliste ; elle peut être aussi d'origine logique. La confession de la foi s'énonce-t-elle dans un langage cohérent ? Oui, répond Georges Kalinowski au terme d'analyses rigoureuses et minutieuses, si l'on


(1) Collectif présenté par Claude Bruaire, coll.« Communio », Fayard, 1977.


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