Le christianisme sans la foi

N° 276 Juillet - Aout 2021 - Page n° 15

Gianfranco RAVASI La foi chrétienne entre culture et témoignage

En prenant chair, le Verbe « s’est fait culture », mais n’en exclut aucune. La foi est donc toujours en dialogue avec l’incroyance comme avec toutes les autres croyances. Dans ces confrontations, le témoignage chrétien ne porte pas que sur les vérités « dernières » (l’au-delà, le bien, le vrai et le beau), mais aussi sur les « avant-dernières » (les épreuves, la souffrance et la mort).

La rencontre entre le christianisme et des typologies socio-culturelles variées a constamment marqué l’histoire de l’Occident. Une histoire difficile à reconstituer, en raison du nombre et de la complexité des étapes : d’une contamination réciproque, on est passé parfois au conflit, du dialogue au rejet, de l’opposition à la conversion et vice versa. Par rapport à d’autres formes de religion, la foi chrétienne ne tombe ni dans l’excès du retranchement dans la pure transcendance (on pense à l’islam) ni dans son antipode, une immanence panthéiste (comme cela arrive dans certains aspects de l’hindouisme). Selon la phrase johannique du Logos qui devient sarx (1, 14), dans la personne de Jésus Christ se trouvent la double nature, humaine et divine, l’éternel et le contingent, l’infini et le spatial. C’est cette donnée fondamentale qui motive et justifie l’« incarnation » constante de l’Église, son corps mystique et historique, dans l’histoire.

A. L’inculturation : son fondement théologique

Renvoyons d’abord, pour commencer, à une thèse centrale et structurelle de la Révélation biblique et en particulier évangélique : la Parole de Dieu n’est pas un aérolithe sacré tombé du ciel mais la rencontre entre le Verbe divin et la chair historique de l’humanité. La conception grecque n’admettait pas que le Logos éternel et transcendant puisse se confondre avec la temporalité et la matérialité de l’histoire. Nous avons au contraire dans la Bible une confrontation dynamique entre la Révélation et les diverses civilisations, du nomadisme au syro-phénicien, de la mésopotamienne à l’égyptienne, de la hittite à la perse et à la gréco-hellénistique, au moins pour l’Ancien Testament, tandis que la révélation néotestamentaire s’est croisée avec le judaïsme de Palestine et de la Diaspora, avec la culture gréco-romaine et même avec des formes cultuelles païennes.

En 1979, saint Jean-Paul II affirmait devant la Commission pontificale biblique qu’avant de se faire chair en Jésus Christ, « la Parole divine s’était faite auparavant langage humain, assumant les façons de s’exprimer des diverses cultures qui, d’Abraham au Voyant de l’Apocalypse, ont offert au mystère adorable de l’amour salvifique de Dieu la possibilité de se rendre accessible et compréhensible pour les générations successives, malgré la diversité multiple de leurs situations historiques ». [...]

 

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