Le christianisme sans la foi

N° 276 Juillet - Aout 2021 - Page n° 29

Vincent AUCANTE Christianisme culturel et cultures chrétiennes

Dans nos sociétés sécularisées et pluralistes, la foi n’est plus portée par la culture ambiante mais devient affaire de choix individuel dans un contexte concurrentiel. Cette situation n’a rien de nouveau : comme saint Paul, le chrétien est appelé à s’impliquer dans le monde pour y apporter les semences de culture de vie.

L’Église catholique de rite latin ainsi que les Églises traditionnelles de la Réforme, des adventistes aux luthériens en passant par les anglicans, font le même constat : l’assiduité aux offices dominicaux décroît d’année en année et les vocations se font rares. Le christianisme a bien marqué nos sociétés d’une empreinte profonde, visible dans des monuments, des oeuvres d’art, une riche littérature et même certaines manières de concevoir la solidarité 1. Mais la vaste demeure paraît s’être vidée de ses fidèles, tout comme la cathédrale Notre-Dame ravagée par l’incendie. Sombrant dans un christianisme qui ne serait plus que culturel, nous serions devenus « des héritiers sans testament », suivant le mot de René Char. Les signes et les symboles que nous ont livrés des siècles de vie chrétienne sont devenus muets pour la plupart de nos contemporains. À tel point qu’il a fallu par exemple introduire des cours de théologie à l’École du Louvre afin que les étudiants puissent comprendre le sens des oeuvres religieuses qui emplissent nos musées.

Certains pointent du doigt le processus de sécularisation qui, poussé à l’extrême, aurait conduit les Églises sur le chemin de l’extinction. Les catholiques mis en minorité se seraient dissous dans le kaléidoscope du multiculturalisme ambiant où le christianisme ne serait qu’une composante culturelle parmi d’autres. Si bien qu’inversement, la tentation est grande parmi les croyants de se tourner vers un passé idéalisé et forcément meilleur. Et d’entrer en résistance en formant des îlots de « parfaits » séparés du reste de la société, adeptes d’un christianisme absolu et uniforme s’incarnant dans toutes les sphères de la vie personnelle et communautaire. Cette tentation nostalgique, qui mésinterprète la théologie du « petit reste » (Isaïe 1, 9 ; Ézéchiel 5, 3-4 ; Michée 4, 7 ; Romains 9, 27 ; etc.), rappelle le temps des cathares. Elle est d’autant plus vive qu’elle est partagée en islam par les salafistes et dans le judaïsme par les haredim.

Face à de telles réductions simplistes qui veulent nous faire croire à la manière d’Hésiode que l’âge d’or appartient au passé, il convient de revenir à la nature profonde de la culture, terme polysémique qui recèle plus d’une chausse-trappe. Toute religion naît, vit et se développe au sein d’une culture vivante. L’Église le confirme amplement : née dans un univers juif, elle s’est aussitôt épanouie dans la rencontre avec les cultures gréco-romaine, syriaque, perse, guèze et tamoule, dessinant autant de formes d’expression de la foi chrétienne sans cesse réactualisées. [...]

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