Le christianisme sans la foi

N° 276 Juillet - Aout 2021 - Page n° 37

Hugues DERYCKE Sur le dialogue entre théologie et philosophie aux XXe et XXIe siècles

Aux frontières entre philosophie et théologie, un athéisme critique sans négation absolue et une théologie en quête d’une subversion radicale ont reposé la question de Dieu à la lumière de sa « kénose ». Un christianisme culturel a ainsi réévalué la révélation chrétienne sans pour autant adhérer à ses interprétations formellement religieuses.

Il n’est pas ici question de chercher à récupérer une foi non-confessante : ce que certains avaient nommé un « christianisme anonyme » – plus exactement, ignorant le Christ comme Dieu. Il s’agit plutôt de percevoir le « mouvement » que le christianisme introduit dans l’humanité. Le terme « mouvement » peut faire penser au « moment » dans la phénoménologie de Hegel, avec le risque de penser que le moment chrétien est un épisode de l’histoire humaine, certes déterminant mais déjà en train de s’effacer. Il reste pourtant dans le christianisme une forme de subversion qui lui est essentielle et qui dépasse la foi.

Pour discerner ce mouvement, il faut revisiter les passerelles entre théologie et philosophie. Une forme de sécularisation de l’université française a éloigné puis séparé les deux disciplines. Une pression laïque conduit à promouvoir un athéisme de fait ou d’ignorance dans l’espace public. Qu’est-ce qui conduit, depuis le champ de la théologie, à prendre pied dans celui de la philosophie, pour y entretenir un apport qui ne cherche pas d’abord la confession de foi mais simplement l’accueil de ce que le christianisme porte comme proposition plus large que lui-même dans l’ordre de la culture ? La réflexion ainsi engagée amène à circuler au XXe et XXIe siècles dans des espaces culturels français, allemand et anglo-saxon (avec en particulier la réception de la théologie européenne en Amérique du Nord). Autant dire d’emblée que ce qui est proposé ici n’est pas une étude exhaustive de la question mais une orientation impressionniste.

Deux théologiens majeurs, qui marquèrent la réflexion du concile Vatican II, Karl Rahner (1904-1984) et Joseph Ratzinger (né en 1927), traversèrent une crise profonde qui entraîna leur engagement en théologie. Rahner fut meurtri que sa thèse en philosophie sur l’auto-transcendance comme possible interprétation de Kant soit refusée. Et le futur Benoit XVI décrivit comme une blessure le refus de son interprétation de saint Thomas d’Aquin dans sa thèse en philosophie. Ces drames les ont poussés l’un et l’autre à explorer avec rigueur la théologie dans laquelle ils furent conduits à s’investir. La philosophie au XXe siècle aurait-elle pris congé de la théologie comme un effet inéluctable de la sécularisation ? On sait qu’il y a eu deux grands moments de convergence entre les deux disciplines. Le premier au IVe siècle autour de saint Augustin d’Hippone, qui « embarque » Platon dans le christianisme comme prolongement naturel de la philosophie grecque. Le second quand saint Thomas d’Aquin, au XIIIe siècle, oblige la théologie à accueillir Aristote, enfin retrouvé pour lui-même; [...]

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