Le christianisme sans la foi

N° 276 Juillet - Aout 2021 - Page n° 49

Charles PERSONNAZ Les pierres ont-elles une âme ? Quelques enjeux en France des liens entre le patrimoine et le christianisme

Beaucoup de ceux qui visitent les monuments du patrimoine religieux viennent d’abord admirer un héritage historique, architectural et artistique. Comment faire le lien entre contemplation esthétique ou mémorielle et expérience spirituelle ? Il faut accepter que l’ouverture religieuse passe par la médiation des œuvres et des images.

Relativement récente, la notion de patrimoine telle qu’on l’applique aujourd’hui à la préservation des biens culturels et naturels implique une protection particulière, exorbitante du droit commun, pour le legs que nous recevons des générations passées et que nous choisissons de préserver afin de le transmettre à nos successeurs. Au cours des deux derniers siècles, ce processus volontaire de sélection collective a embrassé des domaines de plus en plus larges : oeuvres d’art, monuments historiques, archives, bibliothèques mais aussi désormais patrimoine naturel, industriel ou immatériel. Pour autant, cette extension du domaine patrimonial ne doit pas occulter ce fait toujours décisif : le patrimoine chrétien occupe une place essentielle dans notre paysage culturel. Dans un pays christianisé depuis plus de quinze siècles, les traces et les vestiges de la foi chrétienne sont innombrables et structurent le territoire et le paysage français, à l’exception des environnements urbains récents et du périurbain pavillonnaire où la marque de l’Église reste très discrète. Notre arrière-plan culturel est toujours largement chrétien. Les musées des Beaux-Arts, les grandes bibliothèques, les services d’archives se sont constitués sur la dislocation des fonds et des collections des institutions religieuses, régulières et séculières, durant la Révolution Française.

On connaît l’ambivalence du sentiment des catholiques face à cet état de fait. C’est d’abord le soulagement de ne pas avoir à porter la charge d’un tel héritage quand les forces vives se font moins nombreuses, que l’argent manque, et que l’affirmation de la nécessité d’une nouvelle évangélisation paraît devoir, sinon faire table rase du passé, du moins tenir éloignée toute tentation nostalgique de revenir à une forme de christianisme qui n’est plus. Et pourtant, dans le même temps, sourd le regret de ne plus maîtriser ce patrimoine, la crainte de le voir vidé de sa substance spirituelle, que les visiteurs des églises ne soient que des touristes. Cette ambivalence s’accompagne, chez les chrétiens comme chez les autres, d’une baisse du niveau de culture générale et singulièrement lorsqu’il s’agit de culture chrétienne. Les repères iconographiques s’estompent et nos concitoyens peinent à reconnaître même les épisodes les plus importants de la vie du Christ, de la Vierge Marie ou des saints.

Pour nombre de chrétiens d’Europe occidentale, le recours au mot de « patrimoine » porte la marque du déclin du christianisme. [...]

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