Le christianisme sans la foi

N° 276 Juillet - Aout 2021 - Page n° 107

Yann RAISON du CLEUZIOU Une impossible conversion ? Michel Houellebecq, la sacramentalité des femmes et l’obsolescence du catholicisme

Dans l’œuvre romanesque de Michel Houellebecq, le catholicisme est une religion qui s’efface, compromise dans la décadence de l’Occident, et même la foi n’offre pas de refuge durable aux personnages en errance. L’idéal chrétien demeure cependant à l’état de rémanence dans un désir de communion qui prend la forme de la recherche amoureuse.

La déchristianisation de l’Europe, au regard de son ampleur et de sa rapidité, est un processus historique exceptionnel sur lequel des générations d’historiens futurs débattront. Sans doute auront-ils autant de passion que ceux qui ont travaillé jusqu’à présent sur l’Antiquité tardive et le déclin de l’Empire romain. L’indifférence de ceux qui furent les contemporains de cet effondrement les surprendra peut-être, à moins qu’ils n’y reconnaissent un indice précieux pour avancer des hypothèses.

Certes, l’homme n’est jamais le contemporain de sa propre histoire, le recul lui manque pour discerner ce qui sera retenu de son époque. Mais dans le rapport à la déchristianisation, l’aveuglement qui résulte de la condition historique est redoublé par le désintérêt causé par le détachement religieux. En dépit de recherches stimulantes en sciences sociales, la déchristianisation n’est pas un objet de controverse et de discussion en dehors des cercles des érudits ou des ultimes fidèles. Pourtant, la très grande majorité des Français a une expérience familiale, voire intime, de ce basculement. D’une génération à une autre, les rites funéraires ne se ressemblent plus et les baptêmes ou les mariages régressent dans la culture collective. L’enquête Bayard-IPSOS de 2016 évalue à 1,8% de la population française (18 ans et plus) le nombre de catholiques pratiquants hebdomadaires. Ce double effacement, d’un univers culturel jadis structurant et de la réflexion sur ses causes et ses effets, trame la plupart des romans de Michel Houellebecq. Dans La possibilité d’une île, le narrateur
en dresse explicitement le constat :

Dans ces pays aujourd’hui, plus personne ne croyait en Dieu, n’en tenait le moindre compte, ne se souvenait même d’avoir cru ; et cela s’était fait sans difficulté, sans violence ni protestation d’aucune sorte, sans même une discussion véritable, aussi aisément qu’un objet lourd revient dès qu’on le lâche à sa position d’origine. Les croyances spirituelles humaines étaient peut-être aussi loin d’être ce bloc massif, solide, irréfutable qu’on se représente habituellement ; elles étaient peut-être au contraire ce qu’il y avait en l’homme de plus fugace, de plus fragile, de plus prompt à naître et à mourir.

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