Georges Rouault, le Léon Bloy de la peinture

Gilles de BEAUPTE
Architecture et Liturgie - n°234 Juillet - Aout 2014 - Page n° 71

La violence des premières peintures de George Rouault provoqua la condamnation, non moins violente, de Léon Bloy. L’auteur réfléchit ici sur le sens profond de cette peinture et montre Rouault à la recherche de l’âme des misérables qu’il peint, dans la conviction que « toute révolte peut s’orienter vers l’Amour ». Dans ce sens, le Miserere apparaît comme le sommet de son art : « coexistence de détresse et de paix ».

 

Nous sommes le 27 mai 1871 à Belleville. Encore un jour et s’achèvera la semaine sanglante durant laquelle les Versaillais auront écrasé l’insurrection de la Commune en faisant 25 000 morts, au bas mot. Pour le moment les hommes de Thiers bombardent. On se met à l’abri, on descend dans les caves. Au beau milieu des massacres, des incendies et des épouvantements, une femme accouche ; la femme du menuisier. Il s’appellera Georges. Mais on le surnomme aussitôt « l’Obus ». Il connaîtra d’emblée la Seine gelée, la famine, les rats à 3 francs, les chats à 9 ou 10 francs dont il faut rendre la peau. Telles furent les circonstances de la naissance de Rouault. D’aucuns y verront les origines de sa violence picturale.

Pour qui connaît mal la peinture de Rouault, elle évoque au moins  ces larges traits noirs venant appuyer les lignes et contours. Cette caractéristique de son art lui vient de ses années d’apprentissage chez un maître verrier puis dans l’atelier d’un restaurateur de vitraux. Ce noir, c’est le plomb des verrières médiévales. Les thèmes récurrents s’imposent à un simple survol de l’œuvre : des juges, des clowns, des prostituées, des banlieues désolées où le vice et la bassesse sont stigmatisés. De la peinture de Rouault, on remarque rapidement « une accentuation des traits œuvrant au même but : hisser la médiocrité jusqu’à l’horreur, mettre l’invective au premier plan de sa démarche intellectuelle et produire une alchimie jamais atteinte entre la virulence et la sensibilité. Il utilise en permanence son expérience du vitrail et met en valeur un cerne noir de peinture sur toutes les œuvres [...]. Cette technique nouvelle et très révolutionnaire appuie bien évidemment le trait de la violence du message, de la colère, de la pitié, de la démonstration excessive du banal et du cruel dans l’unique dessein de faire de la médiocrité une horreur écœurante1 ». [...]

 

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1. Marc RESTELLINI, Georges Rouault. Les chefs-d’œuvre de la collection Idemitsu, Catalogue de l’exposition, Paris, Éditions de la Pinacothèque de Paris, 2008, p. 18.


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