L'Europe

N° 89 Mai - Aout 1990*

L’Europe n’est pas à construire comme un nouvel empire, ni à refaire par nostalgie d’une unité mythique. L’Europe est à découvrir : elle n’est ni une fin politique, ni une fin spirituelle, mais un moyen au service de la liberté des enfants de Dieu.

 Ainsi, sans abolir la diversité des langues, des cultures et des religions, elle pourra devenir ce qu’elle était déjà dans l’Église : une communauté.
Page Titre Auteur(s)
6 L'Europe et le défi chrétien Rémi BRAGUE
18 Faire l'Europe », pour quoi faire ? Thierry BERT
57 Christianisme et laïcité dans l'héritage européen Roland HUREAUX
95 Les racines chrétiennes de l'Europe Ysabel de ANDIA
112 Christianisme et démocratie Hans MAIER
132 Une certaine idée de l'Europe. Le Saint- Siège, acteur et témoin de l'histoire europeenne. Guy BEDOUELLE
145 Pouvoir spirituel et pouvoir temporel dans l'Europe contemporaine. Joël-benoît D'ONORIO
168 Pax christiana.
183 Robert Schuman Viktor CONZEMIUS
195 L'exemple royal Marc LECLERC
204 Connaissez-vous le CCEE ? Patrick LE GAL
209 Charles du Bos Christophe CARRAUD

Thématique

Rémi Brague : L'Europe et le défi chrétien

L'Europe qui s'unit ne doit pas oublier les divisions dont elle est couturée, voire, dont elle est le résultat. Les chrétiens ont pour charge d'y témoigner de deux affirmations surprenantes, mais qui permettent de garder à l'Europe son contenu spirituel: Dieu et l'homme, que tout sépare, se sont unis dans le Christ ; le temporel et le spirituel, que tout invite à converger, doivent être distingués. L'Eglise catholique, dans sa doctrine de la Révélation, de l'Incarnation et de ses conséquences, prend totalement au sérieux ces paradoxes.

Thierry Bert :« Faire l'Europe », pour quoi faire ?

Ce qui est en train de se construire, à travers mille difficultés, n'est pas que l'« Europe des marchands ». Le projet d'une communauté européenne est sorti d'un désir politique, et d'un désir de paix. Il ne faut donc pas mépriser les dimensions concrètes de l'édification de l'Europe de l'Ouest : elles sont les conditions d'une démocratie et d'une prospérité que bien des peuples, à l'Est comme au Sud, lui envient. Mais, si l'Europe est une chance, elle n'est pas une panacée. La prospérité et la paix sont des biens ; encore faut-il que le cadre qu'elles forment reçoivent un contenu. Et ce contenu, il ne peut que lui venir d'ailleurs, de tout ce qui donne sens : la culture, la foi.

Roland Hureaux : Christianisme et laïcité dans l'héritage européen

Depuis 1789, christianisme et esprit laïque entretiennent des relations conflictuelles. Leur tension inévitable est pourtant la marque la plus originale de l'héritage européen. Et l'esprit laïque a son terreau dans la chrétienté. Sans espérer réduire leur différence, les deux courants de pensée peuvent collaborer pour conjurer les menaces totalitaires de toutes sortes.

Ysabel de Andia : Les racines chrétiennes de l'Europe

Jean-Paul Il, en parlant des « racines chrétiennes de l'Europe », appelle celle-ci à retrouver son identité chrétienne. Ces racines sont d'abord celles du martyre à Rome des apôtres Pierre et Paul, qui fonde la primauté catholique de l'Eglise romaine. C'est dans cette perspective eschatologique du martyre que l'Europe chrétienne est envisagée, et non dans celui d'une reconquête de sa puissance terrestre. C'est pourquoi son espérance est la Jérusalem céleste, comme son point de départ était la Jérusalem terrestre. Dans cette anamnèse générale de l'histoire du salut, il apparaît que le christianisme a lancé l'Europe dans une pérégrination historique singulière, encore inachevée.

Hans Maier : Christianisme et démocratie

Les fondateurs de l'Europe unie, au lendemain de la dernière guerre, se réclamaient de la démocratie chrétienne, héritière du catholicisme libéral. Dans des pays catholiques, en particulier en Allemagne, en Italie, en Belgique — mais pas en France —, cette tradition avait conquis la paix entre l'Etat et l'Eglise et permis à celle-ci d'accepter très tôt l'état démocratique. A l'heure de l'union européenne, il importe de se remémorer cette origine et de se demander ce que ce modèle peut apporter à la solution des problèmes français.

Guy Bedouelle : Une certaine idée de l'Europe. Le Saint-Siège, acteur et témoin de l'histoire européenne

Depuis deux siècles, même si l'universalité de l'Eglise s'est accentuée, le Saint-Siège a été étroitement mêlé à l'histoire de l'Europe : il en a été l'acteur, le témoin, et souvent le juge. D'une protection de l'indépendance de l'Eglise, la Papauté en est venue à la reconnaissance d'une Europe fondée sur les nationalités, mais sans jamais accepter qu'elles deviennent des idoles.  Les Papes récents plaident pour une redécouverte par l'Europe de son « unité spirituelle ».

Joël-Benoît d'Onorio : Pouvoir spirituel et pouvoir temporel dans l'Europe contemporaine

Dans les vingt-quatre pays d'Europe occidentale, quatre grands systèmes de relations entre l'Eglise et l'Etat sont en vigueur : la religion officielle, le statut privilégié, la séparation relationnelle concordataire ou non concordataire, et la laïcité.

Hanna-Barbara Gerl-Falkowitz : Pax christiana. Visions  de paix chez les humanistes de la Renaissance

Bien avant les lumières, les grands humanistes chrétiens des XVe-XVIe siècles ont ébauché une théologie de la paix. La modernité de leur réflexion est saisissante. Nicolas de Cuse a des perspectives oecuméniques : il pense la paix comme pouvant être vécue concrètement à travers le pluralisme des rites et des religions. Pic de la Mirandole célèbre la paix philosophique, cherche à réaliser dans sa pensée la rencontre pacifique entre les différentes écoles, telle que Raphaël la représentera dans l'Ecole d'Athènes. La théologie chrétienne, qui permettait pour Nicolas de Cuse le rapprochement des religions, favorise pour Pic de la, Mirandole la réconciliation des philosophies. Erasme est hanté toute sa vii par le problème de la paix et sa profonde foi au Christ l'incite à dénoncer sans relâche le scandale des guerres entre chrétiens. Ces trois penseurs, suivis par les grands théologiens espagnols du XVIe siècle, Vitoria, Las Casas, Suarez, sont les précurseurs du droit international qui commencera à se préciser aux XVIIe et XVIIIe siècles chez les penseurs et les diplomates.

Viktor Conzemius : Robert Schuman

Robert Schuman n'a pas écrit de textes spécifiquement chrétiens qui pourraient fonder une étude de sa «spiritualité ». Il fut un simple chrétien, engagé dans un apostolat laïc, défenseur de l'autonomie de l'Eglise et de l'Etat, mais aussi des valeurs humaines issues du christianisme. C'est dans cet esprit qu'il devint le porte-parole de l'idée européenne.

Marc Leclerc : L'exemple royal

Décidant de ne pas promulguer la loi sur l'avortement, le roi Baudouin a refusé, le 3 avril 1990, de régner : sens, principe et enjeux de cette décision.

Patrick Le Gal : Connaissez-vous le CCEE ? Note sur les institutions ecclésiales européennes.

Si l'Eglise catholique n'a pas joué en tant que telle un rôle dans la construction européenne, elle a été la gardienne de son unité en ne reconnaissant pas en son sein les divisions de l'après-guerre, et en considérant l'identité européenne dans son intégralité. C'est ce que traduit, au plan de l'organisation, l'existence du Conseil des Conférences Épiscopales d'Europe.

Signet

Christophe Carraud : Charles du Bos

La théorie implicite de l'oeuvre chez Charles du Bos fait de l'activité artistique et de la jouissance esthétique les seuls véritables accès à la a vie » ; l'oeuvre est à la fois incarnation absolue, et issue du «spirituel» qui exige symétriquement que nous lui répondions par l'acte incessant d'expression. Mais faute de penser véritablement le statut de toute forme, Du Bos demeure prisonnier de cette nécessaire contradiction.

L’Europe et le défi chrétien

Rémi Brague

En quoi l'Europe concerne-t-elle les chrétiens ? Dans la mesure où ceux-ci sont citoyens, producteurs et consommateurs, parents, etc., la réponse est simple : tout autant, ni plus ni moins, que les autres. Mais en quoi les concerne-t-elle en tant qu'ils sont chrétiens, du fait même de leur christianisme ? Ici, les réponses devront être plus nuancées. Un historien appuierait la sienne sur une prise de vue du passé. Il énumérerait un certain nombre de faits, de personnages importants, ou de traits de la mentalité européenne qui témoignent d'une influence chrétienne. Et il n'aurait pas de peine à en trouver. Je ne me propose pas ici de donner une réponse historique. Comme philosophe, je ne puis parler que du présent — d'un présent qui est celui de l'essence des choses plus que de leur actualité. En revanche, je n'en parlerai qu'en proposant un modèle dont je suppose qu'il ne s'épuise pas au passé, ni ne se limite à l'aujourd'hui, mais qu'il constitue aussi un projet pour l'avenir, un présent gros d'avenir.

Je commencerai par quelques réflexions sur l'Europe. Je tenterai ensuite une caractérisation du christianisme. J'essaierai enfin de montrer comment le catholicisme, en poussant jusqu'au bout la logique paradoxale du christianisme, me semble sauvegarder les fondements qui rendent possible la culture européenne.

1. L’unité européenne comme division

On parle beaucoup, en ce moment, de l'unité europénne. Les raisons sont bien connues, trop pour que je les rappelle ici. J'aimerais commencer ces réflexions sur le sens du catholicisme dans la culture européenne en rappelant un léger paradoxe : ce que nous appelons « l'Europe », ce qui est en train de s'unir tant [...]

 

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Christophe Carraud : Charles du Bos

La théorie implicite de l'oeuvre chez Charles du Bos fait de l'activité artistique et de la jouissance esthétique les seuls véritables accès à la a vie » ; l'oeuvre est à la fois incarnation absolue, et issue du «spirituel» qui exige symétriquement que nous lui répondions par l'acte incessant d'expression. Mais faute de penser véritablement le statut de toute forme, Du Bos demeure prisonnier de cette nécessaire contradiction.


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