L'Eglise et la Grande Guerre

N° 227 Mai - Aout 2013*

1914-1918 : la grande mêlée de peuples commencée en Europe et étendue aux dimensions du monde reste cent ans après un abîme de contraires et de paradoxes. Loin d’y échapper, les catholiques en offrent une saisissante illustration. L’unité de l’Eglise est mise à rude épreuve par les frères ennemis tandis que Benoît XV, père attendu et récusé, appelle vainement à la négociation et énonce les conditions d’une paix véritable que les traités seront incapables de faire advenir. L’échec du pape marque aussi son retour sur la scène internationale.

Partageant le sentiment général d’une juste guerre, les catholiques des pays belligérants ont conscience de devoir servir leurs patries respectives tout autant que leur commune Eglise. La lutte qui les sépare de leurs coreligionnaires ennemis conduit certains d’entre eux vers leurs compatriotes et alliés d’autres religions. Elle contribue parfois à les réintégrer à la vie politique.

L’horreur du front rend souvent plus présente la figure du Crucifié et c’est sous la croix que reposent tant de morts européens. La guerre ne provoque pas un « réveil » religieux durable mais fait naître les totalitarismes et prépare de nouvelles tragédies. Pire, la paix attise le désir de revanche en même temps qu’elle aveugle les vainqueurs sur des périls bien plus grands qu’en 1914. Pourtant, la grande épreuve jette aussi les semences d’improbables rapprochements : œcuménisme, lutte au nom du Christ contre les totalitarismes, pardon mutuel et refus du cycle sans fin de la vengeance.

Dieu écrit droit en lignes courbes…

Page Titre Auteur(s)
5 ÉDITORIAL : 14-18, défense ou autodestruction de la civilisation ? Olivier CHALINE
17 Mesure de la démesure – la Première Guerre mondiale Olivier CHALINE
35 Le clergé et la nation en guerre Nadine-Josette CHALINE
51 Les femmes catholiques dans la Grande Guerre Magali DELLA SUDDA
71 Les aumôniers militaires de la Grande Guerre – éclairages européens Xavier BONIFACE
81 La Grande Guerre des religieuses Monique LUIRARD
103 La Custodie franciscaine de Terre sainte dans la tourmente Giuseppe BUFFON
119 Des missionnaires d’Asie dans la Grand Guerre Paul CHRISTOPHE
131 Benoît XV et la Grande Guerre Philippe CHENAUX
141 Les conséquences religieuses de la guerre Yves-Marie HILAIRE
161 Charles d’Autriche, les raisons d’une béatification Olivier CHALINE
177 La génération sacrifiée – les écrivains tués en 14... Pierre CAHNÉ

Éditorial : Olivier Chaline : 14-18, défense ou autodestruction de la civilisation ?

En 1914, tous les belligérants furent convaincus de défendre la civilisation face à la barbarie. En 1939, le souvenir de la tuerie rendit aveugle sur l’ampleur du péril totalitaire pour l’humanité. Si l’attitude de la papauté fut différente, elle n’en demeurait pas moins animée par le même souci d’éviter puis de limiter la catastrophe.

Thème: L'Église et la Grande Guerre

Olivier Chaline : Mesure de la démesure – la Première Guerre mondiale

Tout, dans le premier conflit mondial, passe les normes connues et admises. Chacun sait qu’il fut un cataclysme mais sans nécessairement s’en faire une idée exacte. Indiquons brièvement la démesure de cette guerre, avec ce qu’elle ruina et ce qu’elle fit advenir. 

Nadine-Josette Chaline : Le clergé et la nation en guerre

Dans les nations en guerre, le clergé s’engage nettement et sans hésitation pour soutenir l’effort collectif. La patrie et l’Église vont de pair dans ce qui est vécu comme une juste guerre. Un grand soutien est apporté aux soldats blessés ainsi qu’aux populations, aux réfugiés comme aux occupés. Le cardinal Mercier protégeant la Belgique, affiche de propagande alliée

Magali Della Sudda : Les femmes catholiques dans la Grande Guerre

La guerre a projeté les mouvements catholiques féminins dans l’action publique. Les femmes ont exercé les métiers des appelés, accompagné la mobilisation des enfants, soutenu les soldats au front, réinséré blessés et mutilés, bousculant ainsi la hiérarchie du genre. Les pouvoirs publics ont reconnu combien leur présence et leur action ont été bénéfiques.

Xavier Boniface : Les aumôniers militaires de la Grande Guerre – éclairages européens

Incitant les citoyens-soldats, qui sont aussi souvent des croyants, à accomplir leur devoir militaire et civique, les aumôniers n’ont pas qu’une mission strictement religieuse et cultuelle. Leur infl uence patriotique permet aussi au clergé d’être ou de redevenir à l’unisson de la société à l’heure de la guerre.

Monique Luirard : La Grande Guerre des religieuses

Victimes des combats et des occupations, les religieuses ont participé à l’effort de guerre, par la prière, les soins aux blessés, l’hospitalité offerte aux réfugiés et le soutien de leur voisinage. Le caractère mondial du confl it s’ajoutant aux conséquences de la politique laïciste française d’avant-guerre a modifié leur existence. 

Giuseppe Buffon : La Custodie franciscaine de Terre sainte dans la tourmente 

L’entrée des Alliés dans Jérusalem le 11 décembre 1917 mit fi n à la domination ottomane sur les Lieux saints. Pourtant, la situation de la Custodie franciscaine ne s’en trouva pas améliorée pour autant. Sous la paix britannique, les appétits des puissances temporelles s’affirmèrent. Comment détacher la religion de la politique ?

Paul Christophe : Des missionnaires d’Asie dans la Grand Guerre

Pour défendre la France, 200 prêtres des Missions étrangères de Paris retraversèrent le monde, laissant, non sans regret, leur apostolat asiatique. Un peu plus de cent séminaristes de la rue du Bac furent aussi mobilisés. Aumôniers ou brancardiers, ils payèrent un lourd tribut : cinquante furent tués, d’autres virent leur santé trop ébranlée pour reprendre la mission. Pour ceux qui étaient restés en Asie, la tâche fut rude mais elle fi t prendre conscience de la nécessité de former un clergé indigène.

Philippe Chenaux : Benoît XV et la Grande Guerre

Benoit XV chercha à faire prévaloir une paix fondée non sur la vengeance mais sur le droit. Ses initiatives de paix, en dépit de leur échec, ont contribué à renforcer l’autorité morale de la papauté sur le monde des nations et à renouveler l’enseignement de l’Église sur la guerre et la paix.

Yves-Marie Hilaire : Les conséquences religieuses de la guerre

Renversant les empires, la Grande Guerre a modifié les rapports Église-États. Elle a créé des rituels pour les morts et les anciens combattants et, en France, réintégré le clergé dans la sociabilité masculine. Les grandes religions ont dû s’adapter au monde tourmenté né des traités, tandis que se déchaînait la persécution soviétique et que croissaient les tensions entre juifs et musulmans. Chez les laïcs chrétiens, le militantisme est en plein essor. 

Olivier Chaline : Charles d’Autriche, les raisons d’une béatification

Commencée dans la Vienne du Troisième homme et achevée dans la Rome de Jean- Paul II, la procédure de béatification de Charles d’Autriche a pris un tour différent lorsque le pape a décidé de promouvoir un modèle d’homme d’État chrétien.

Pierre Cahné : La génération sacrifiée – les écrivains tués en 14...

Au bilan terrifiant, répertorié, de la Grande Guerre, s’ajoute la mort des écrivains dont la perte ne peut vraiment se mesurer, car un monde meurt avec eux, non celui dont ils sont les héritiers mais celui dont ils portent la naissance en eux.

14-18, défense ou autodestruction de la civilisation ?

Olivier Chaline

« Que l’on dépose de part et d’autre le dessein de s’entre-détruire. Que l’on y réfléchisse bien : les Nations ne meurent pas ; humiliées et oppressées, elles portent frémissantes le joug qui leur est imposé, préparant la revanche et se transmettant de génération en génération le triste héritage de haine et de vengeance. Pourquoi ne pas peser dès maintenant, avec une conscience sereine, les droits et les justes aspirations des peuples ? Pourquoi ne pas commencer, avec une volonté sincère, un échange de vues, direct ou indirect, à l’effet de tenir compte dans la mesure du possible, de ces droits et de ces aspirations, et d’arriver ainsi à la fi n de cette horrible lutte, comme il est advenu en d’autres circonstances analogues ? » BENOÎT XV, lettre pontifi cale du 28 juillet 1915. 

« Seule la figure du Crucifié peut recueillir, exprimer et consoler ce qu’il y a d’horreur, de beauté, d’espérance et de profond mystère dans un pareil déchaînement de lutte et de douleurs. » Pierre TEILHARD DE CHARDIN, jésuite,
brancardier au 8e Régiment de marche de Tirailleurs Marocains, lettre à sa cousine, 23 août 1916.

 

Depuis vingt ans, la Grande Guerre revient en force. L’intérêt n’a cessé de croître, les polémiques aussi. Les derniers survivants ont disparu mais le fl ot des publications, témoignages comme études historiques, déferle1. Pourtant il est devenu réellement malaisé de comprendre ce conflit dont des pans entiers demeurent méconnus (que ce soient le front de l’Est, si différent de celui de l’Ouest, la dimension maritime, essentielle à la victoire alliée, ou bien l’histoire économique et sociale des pays belligérants).  Pourquoi une telle difficulté ?

La Grande Guerre, si proche et incompréhensible

Elle tient d’abord à la véritable inversion culturelle survenue au lendemain même de la guerre. Sauf dans les milieux nationalistes entretenant les mêmes dispositions d’esprit que pendant le conflit, voire trouvant dans la défaite de nouvelles confi rmations de leurs convictions, la très large adhésion au sens de la lutte fut rapidement oubliée (on pourrait presque dire refoulée), d’autres préoccupations prenant le relai. La retombée de la mobilisation des esprits et la diffusion des courants pacifistes rendirent bientôt inintelligible ce [...] 

 

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1. On trouvera une vue d’ensemble du confl it dans l’Encyclopédie de la Grande Guerre, Stéphane AUDOIN-ROUZEAU et Jean-Jacques BECKER (dir.), Paris, Bayard  2004 (rééd. Paris, Perrin, 2012).


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