Littérature et Vérité

N° 235 Septembre - Octobre 2014*

Comment la vérité est-elle présente à la littérature de notre temps ? En scrutant cette présence de Dieu là où il peut sembler absent, il ne s'agit pas de forcer le sens des œuvres mais bien de se laisser déconcerter par elles : si la littérature engage de manière vitale notre rapport à la vérité, elle engage nécessairement notre rapport à la vérité ultime, celle qui accomplit et qui sauve. Encore n'y engage-t-elle pas à la manière de la "littérature engagée", comme si elle pouvait faire des mots les signes d'un combat. C'est l’œuvre elle-même, dans sa quête singulière, qui engage l'esprit humain. Il n'est donc pas interdit de penser qu'à l'intérieur de cet élan créateur l'Esprit de Dieu est à l’œuvre.

Page Titre Auteur(s)
6 Éditorial Patrick PIGUET
11 Reconnaissance d’un drame Valère NOVARINA
31 En ma fin est mon commencement Irène FERNANDEZ
43 Thomas De Quincey – La littérature, la Bible et la vérité Frédéric SLABY
55 Deux regards sur le Fils prodigue – Jean-Pierre Lemaire et Jean-Luc Lagarce Patrick PIGUET
69 Fragilité et force de la littérature Pierre-Alain CAHNÉ
79 Désir du neutre et désir de littérature – Quelques pas de côté avec Roland Barthes Christophe BOURGEOIS
93 Madeleine Delbrêl et la nouvelle évangélisation – Un Dieu personnel et agissant, obstacle à croire et chance pour croire Gilles FRANÇOIS
105 Balthasar lecteur de Péguy Jean-Baptiste SEBE

Éditorial : Patrick Piguet

Littérature et Vérité

Valère Novarina : Reconnaissance d’un drame

Entretien mené par Patrick Piguet où le dramaturge relate sa redécouverte du christianisme avec verve et jubilation et rend compte de sa passion pour la théologie chrétienne : il en montre la fécondité pour renouveler la compréhension de l’acte même de parler et pour inventer un théâtre qui procède d’une dynamique de l’espérance.

Irène Fernandez : « En ma fin est mon commencement »

S’appuyant sur un paradoxe énoncé par Maurice Blanchot selon lequel tout récit « va avec certitude vers le bonheur d’une fin, fût-elle malheureuse », l’article montre que certaines caractéristiques de la modernité (ses préventions contre l’idée même d’une fin, d’un sens qui s’y rattache, sa méfiance vis-à-vis de la notion d’auteur) conduisent à rendre illisible et stérile l’héritage biblique et impossible la pensée d’un salut.

Frédéric Slaby : Thomas De Quincey – La littérature, la Bible et la vérité

Surtout connu en France pour ses Confessions d’un mangeur d’opium anglais – partiellement traduites par Baudelaire – Thomas De Quincey (1785-1859) a pourtant élaboré une pensée de la littérature digne d’intérêt : il oppose les oeuvres païennes et les oeuvres chrétiennes pour la place que les secondes accordent au mystère et au surnaturel, indissociables, selon lui, de la morale. L’écrivain discerne également dans la littérature un pouvoir qui la rapproche de la Bible et des « plus hautes vérités ».

Patrick Piguet : Deux regards sur le Fils prodigue – Jean-Pierre Lemaire et Jean-Luc Lagarce

Selon Péguy, la parabole du Fils prodigue ne cesse de parler à tout homme en révélant son désir d’être consolé et guéri. Cela se vérifie aussi bien dans la lecture qu’en fait le poète Jean-Pierre Lemaire dans son poème « Le frère du prodigue » que dans l’écho que lui en donne Jean-Luc Lagarce, écrivain pourtant éloigné de la foi chrétienne.

Pierre-Alain Cahné : Fragilité et force de la littérature ?

C'est dans la fiction que la vérité se dévoile : mythes et paraboles prennent le logos en défaut. La Recherche du Temps perdu se fait l'écho de la complexité historique par l'évocation de l'Affaire Dreyfus et les romans de Modiano renvoient leur auteur et le lecteur à la hantise du passé, à un père absent. La littérature est attente d'une vérité qui excède nos savoirs. En cela, elle rejoint l'espérance chrétienne.

Christophe Bourgeois : Désir du neutre et désir de littérature – Quelques pas de côté avec Roland Barthes

Tel que le conçoit Barthes, le désir du Neutre nous situe peut-être au coeur des difficultés qu'affronte la littérature moderne : à la fois hantise et quête du sens, désir du roman et évitement du récit, le Neutre révèle un rapport particulier à la langue et aux signes qui s'apparente volontiers à une mystique négative. La négation de soi-même s'y présente comme la condition d'une expérience plus authentique du monde : comment comprendre ce paradoxe ?

Signets

Gilles François : Madeleine Delbrêl et la nouvelle évangélisation – Un Dieu personnel

L’action missionnaire de Madeleine Delbrêl (1904-1964) fut le fruit de l’expérience de sa propre conversion, car c’est « au-dedans de l’homme que peut naître pénitence, attention ou conversion ». Assistante sociale à Ivry, en milieu marxiste, elle lutte contre la pauvreté, mais son premier ennemi est la misère de l’esprit. 

Jean-Baptiste Sèbe : Balthasar lecteur de Péguy – Éléments source d’une théologie de l’histoire 

L'oeuvre de Péguy apporte une contribution spécifique à la théologie de l'histoire développée par Balthasar. Les intuitions centrales du poète rejoignent en effet la réflexion du théologien sur la manière dont l'expérience temporelle du Christ reconfigure l'expérience humaine du temps. C’est pourquoi l'auteur sollicite Balthasar lecteur de Péguy non plus seulement du côté de la poésie mais plutôt du critique qu’il fut, de son esquisse de la philosophie du théâtre et de l’histoire.

Éditorial

Patrick Piguet

Les cieux racontent la gloire de Dieu, 
Et l’oeuvre de ses mains, le firmament l’annonce 
Le jour au jour en publie le récit 
Et la nuit à la nuit transmet la connaissance 
Non point récit, non point langage, 
Nulle voix qu’on puisse entendre, 
Mais pour toute la terre en ressortent les lignes 
Et les mots jusqu’aux limites du monde. Psaume 19

Ce qui me touche dans le christianisme, ce qui pour moi est vivant et nourrissant, c’est ce qui est au coeur de l‘enseignement du Christ et de Paul : cette inversion totale des valeurs qu’expriment les paraboles et que résume, si l’on veut, l’idée que les premiers seront les derniers. Il est impossible de mesurer le degré de vérité objective d’une affirmation de ce genre, mais c’est comme si elle élargissait incroyablement notre perception du réel. Emmanuel Carrère, entretien publié dans Télérama le 23 août 2014

Prétendre à la vérité peut paraître aujourd’hui naïf et relier cette prétention à la littérature outrecuidant et désuet. Mais si nous avons choisi ce titre c’est que l’enjeu de son écriture comme de sa lecture nous semble bien là. Ce choix s’enracine aussi dans un désir – peut-être un rêve : nous voudrions comprendre comment la vérité est présente à la littérature de notre temps, à l’intérieur des formes multiples qu’elle revêt. On dira qu’une revue confessante a beau jeu de vouloir toujours retrouver Dieu et les thèmes de prédilection du théologien là où Dieu est absent, mort depuis longtemps, voire tu – car il existe certainement une modernité qui demande le droit à ce silence, désireuse d’être  exemptée du devoir de se prononcer sur Dieu. Mais si la littérature engage de manière vitale notre rapport à la vérité, elle engage nécessairement notre rapport à la vérité ultime, celle qui accomplit et qui sauve. Encore n’y engage-t-elle pas à la manière de Sartre, en faisant des mots les signes d’un combat. C’est l’oeuvre de l’écriture elle-même, la quête dont elle est porteuse, qui engage l’esprit humain. Il n’est donc pas interdit de penser que l’Esprit de Dieu travaille de l’intérieur cet élan créateur. Pour autant, nous ne pouvons ignorer que ce lien établi entre les deux termes ne va pas de soi. 

En effet, si l’on entend par vérité la formulation abstraite de principes et que l’on pense qu’il n’y a de littérature que du particulier, le divorce est consommé d’emblée… Si l’autofiction représente le nec plus ultra de la littérature comme art de se dire sans les limites de la réalité biographique, que peut-on attendre d’elle en matière de vrai ? 

De même, si l’on exige qu’une oeuvre littéraire se fasse porte-parole d’une vérité dont elle ne ferait pas l’épreuve en sa forme-même, et qu’elle se soumette à des attentes peu respectueuses de ses exigences propres, il n’y aura de littérature que le nom, que les codes. C’est ce que redit avec force Roland Barthes dont on a voulu faire parfois l’épouvantail [...]

 

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Gilles François : Madeleine Delbrêl et la nouvelle évangélisation – Un Dieu personnel

L’action missionnaire de Madeleine Delbrêl (1904-1964) fut le fruit de l’expérience de sa propre conversion, car c’est « au-dedans de l’homme que peut naître pénitence, attention ou conversion ». Assistante sociale à Ivry, en milieu marxiste, elle lutte contre la pauvreté, mais son premier ennemi est la misère de l’esprit. 

Jean-Baptiste Sèbe : Balthasar lecteur de Péguy – Éléments source d’une théologie de l’histoire 

L'oeuvre de Péguy apporte une contribution spécifique à la théologie de l'histoire développée par Balthasar. Les intuitions centrales du poète rejoignent en effet la réflexion du théologien sur la manière dont l'expérience temporelle du Christ reconfigure l'expérience humaine du temps. C’est pourquoi l'auteur sollicite Balthasar lecteur de Péguy non plus seulement du côté de la poésie mais plutôt du critique qu’il fut, de son esquisse de la philosophie du théâtre et de l’histoire.


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