Au coeur de la bioéthique

N° 167 Mai - Juin 2003*

La réflexion bioéthique substitue à d’irréductibles oppositions de valeurs une recherche pratique du meilleur compromis pratique possible. Mais à trop dévaluer la tristesse gagne. De la fécondation à la mort, toute existence humaine est, de manière inconditionnée, une présence réelle et entière qui sollicite notre coeur. Cette présence n’a pas de valeur, mais un sens. Plus encore que le respect, il requiert notre présence, la présence de notre coeur.

Page Titre Auteur(s)
7 Au coeur de la bioéthique Nicolas AUMONIER
17 Par-delà sujet et objet : l’homme Olivier BOULNOIS
29 Libérer la bioéthique Tugdual DERVILLE
43 Evaluation économique et décision politique, un exemple Carine CHAIX-COUTURIER Isabelle ZALESKI
49 L’état de révision des lois de bioéthique : un limes moral aux frontières de la science ? Philippe GARABIOL
65 L’arrêt Perruche et ses victimes Janine CHANTEUR
77 La qualité de l’imperfection Andreas LOB-HÜDEPOHL
91 L’euthanasie et l’aide au suicide, actes ultimes de soins ? W. W. J. EIJK
107 Univers, Dieu vivant, Communauté Henri CAZELLES
117 La vérité sur les plongeurs Jean BERNARDI

Éditorial : Nicolas Aumônier : Au coeur de la bioéthique

Où est le coeur de la bioéthique ? Sa pratique est pluridisciplinaire et pluraliste. Certains de ses théoriciens, utilitaristes ou lointainement kantiens, élaborent une réflexion qui ne suffit pas toujours à déterminer un énoncé éthique. La notion de présence d’humanité entière peut éclairer nos choix.

La bioéthique comme problème

Olivier Boulnois : Par-delà sujet et objet : l’homme

Dans son dernier livre, le philosophe allemand Jürgen Habermas analyse les conséquences politiques et morales de certaines des directions des recherches scientifiques actuelles. La possibilité de distinguer entre des embryons in vitro qui seraient réimplantés et d’autres qui deviendraient des objets d’expériences établit une rupture d’égalité qui ruine la validité d’un contrat social fondé sur la notion de sujet libre, puisque ce dernier ne l’est plus. La vie déborde le fantasme de sa maîtrise totale, et requiert un fondement de l’éthique plus solide que les simples limitations consenties par des sujets libres.

Tugdual Derville : Libérer la bioéthique

Plusieurs pratiques (assistance médicale à la procréation, clonage, expérimentation sur l’embryon) posent la question des droits fondamentaux de l’être humain. L’espace de réflexion bioéthique semble avoir été inventé pour rendre acceptable la subordination du droit aux pratiques – ou aux fantasmes ? – scientifiques. L’attention aux plus faibles devrait permettre à la bioéthique de se libérer des contradictions qui la paralysent, et de recommander un respect effectif de l’être humain.

Situations de la bioéthique

Carine Chaix-Couturier et Isabelle Durand-Zaleski : Évaluation économique et décision politique, un exemple

En fonction des paramètres imposés par le commanditaire de telle ou telle étude, le calcul des coûts de prise en charge d’une personne atteinte de trisomie 21 varie, selon les auteurs des études, d’un bénéfice à un lourd déficit, ce qui montre que la prise en compte de ces paramètres relève d’un choix politique.

Philippe Garabiol : L’état de révision des lois de bioéthique : un limes moral aux frontières de la science ?

Le projet de loi actuellement discuté exprime quelques grands refus (refus du clonage reproductif, de l’appropriation privative des séquences de gènes par le brevet, de discrimination des individus par leurs caractéristiques génétiques), quelques prises de positions temporaires (refus temporaire du clonage thérapeutique, autorisation temporaire d’expérimentation sur les embryons surnuméraires..), rappelle les valeurs de solidarité dans le domaine des greffes, et refuse une conception instrumentale de l’assistance médicale à la procréation. Tel est l’état de la traduction juridique actuelle du concept de respect.

Une éthique des limites : Handicap, euthanasie

Janine Chanteur : L’arrêt Perruche et ses victimes

L’arrêt Perruche, devenu depuis illégal, dénie toute valeur à la vie d’une personne handicapée. Il a pour victimes les handicapés, leurs familles, les médecins, les droits de l’homme et la société tout entière. Certains, chrétiens ou non, rappellent la possibilité d’un chemin d’espérance.

Andreas Lob-Hüdepohl : La qualité de l’imperfection

Une personne handicapée n’est pas une personne imparfaite. Par suite, nos rêves de perfection nous enferment. Dieu seul achève en nous ce qui est, pour nous tous, imparfait. Chacun peut alors témoigner du don de perfection singulière que Dieu lui donne.

Mgr Eijk : L’euthanasie et l’aide au suicide, actes ultimes de soins ?

Disposer de sa propre vie et de sa propre mort suppose que l’on soit coupé d’autrui au point de vouloir couper son corps d’un esprit. Mettre un terme à une vie diminuée ou souffrante serait l’emmurer vivante dans une absence de liens avec autrui. La soutenir, c’est maintenir jusqu’au bout l’humanité d’une vie, et sa place dans la communauté.

Signets

Henri Cazelles : Univers, Dieu vivant, Communauté

Comment découvrir le Dieu créateur de l’univers au milieu des puissances de ce monde ? Dans le témoignage de la Bible, l’homme découvre la constitution d’une communauté, d’un peuple dirigé par le Dieu créateur par la médiation de la Torah, puis d’une Église fondée par le Christ, non plus religion d’État, mais communauté vivante qui rend possible une religion personnelle au sein de l’État.

Jean Bernardi : La vérité sur les plongeurs

Le texte grec de la formule baptismale employée par Jésus invitant ses apôtres à « plonger les gens dans le nom de Dieu (Père, Fils, Esprit) » rappelle le rite d’immersion pratiqué par Jean-Baptiste. Traduite en latin, la formule en usage « baptiser au nom de Dieu » change le sens du rite initial qui consistait à plonger le néophyte dans la vie trinitaire symbolisée par l’eau.

Au coeur de la bioéthique

Nicolas Aumônier

«On a dit parfois de l’homme qu’il était un animal religieux. Le système (capitaliste ou socialiste) l’a défini une fois pour toutes un animal économique, non seulement l’esclave mais l’objet, la matière presque inerte, irresponsable, du déterminisme économique [...]. Rivé à lui-même par l’égoïsme, l’individu n’apparaît plus que comme une quantité négligeable, soumise à la loi des grands nombres ; on ne saurait prétendre l’employer que par masses, grâce à la connaissance des lois qui le régissent. Ainsi, le progrès n’est plus dans l’homme, il est dans la technique, dans le perfectionnement des méthodes capables de permettre une utilisation chaque jour plus efficace du matériel humain.» Bernarnos, La France contre les robots, I, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », Essais et écrits de combats, t. II, pp. 981-982.

« Enfin, ce divin Coeur est un abîme de bien, où les pauvres doivent abîmer leurs nécessités ; un abîme de joie, où il faut abîmer toutes nos tristesses ; un abîme d’humiliation pour notre orgueil ; un abîme de miséricorde pour les misérables et un abîme d’amour, où il nous faut abîmer toutes nos misères.» Sainte Marguerite-Marie Alacoque.

Le titre de ce numéro est paradoxal. Il paraît présupposer que la bioéthique a un coeur. Rien n’est moins sûr. Il en est de même de nos comportements. Sont-ils toujours inspirés par un coeur ? Nos comportements, les moeurs qui en découlent, et l’éthique que nous élaborons souvent à partir des premiers via les secondes ressemblent souvent à autant de surfaces bien lisses. De plus, toujours politique en raison de ses implications pour tous nos
concitoyens, la bioéthique s’efforce de ne pas entrer dans des querelles de fondements. Elle en perd parfois tout intérêt, désespérément consensuelle au point de paraître vide. Si certains philosophes considèrent les notions d’intériorité et de conscience comme des aberrations, d’autres dénient toute universalité à la conscience morale, et font de la prétention rousseauiste à être juge infaillible du bien et du mal la racine de toutes les intolérances. Dans ce qui est parfois la grisaille d’une littérature bioéthique aussi ennuyeuse que la pluie, le principe de respect de la personne humaine sert souvent de mot d’ordre, d’invocation commode, de grand principe dégoulinant de bonnes intentions, avant d’être aussitôt battu en brèche par des exceptions justifiées par le bien des générations futures. Où, dans de tels artifices, à la surface d’un tel consensus, le coeur aurait-il sa place ? [...]

 

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Henri Cazelles : Univers, Dieu vivant, Communauté

Comment découvrir le Dieu créateur de l’univers au milieu des puissances de ce monde ? Dans le témoignage de la Bible, l’homme découvre la constitution d’une communauté, d’un peuple dirigé par le Dieu créateur par la médiation de la Torah, puis d’une Église fondée par le Christ, non plus religion d’État, mais communauté vivante qui rend possible une religion personnelle au sein de l’État.

Jean Bernardi : La vérité sur les plongeurs

Le texte grec de la formule baptismale employée par Jésus invitant ses apôtres à « plonger les gens dans le nom de Dieu (Père, Fils, Esprit) » rappelle le rite d’immersion pratiqué par Jean-Baptiste. Traduite en latin, la formule en usage « baptiser au nom de Dieu » change le sens du rite initial qui consistait à plonger le néophyte dans la vie trinitaire symbolisée par l’eau.


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