Pauvres paroles que celles de l’homélie, et pourtant... qu’elle soit réussie ou médiocre, l’homélie est
au cœur de la messe un événement. Elle ne se réduit ni à un enseignement ni à une harangue : parole de Dieu en acte, « quasi sacramentelle », elle nous met en présence de Celui qui nous sauve
– ce qui n’exige pas moins de penser comment elle peut toucher l’intelligence, l’imagination, la sensibilité, et même le cœur.
Editorial Paul-Victor Desarbres, Jean-Baptiste Arnaud : L’homélie : la Parole au cœur
Olivier-Thomas Venard : Prêcher pour laisser parler Dieu − Souvenirs et réflexion théologique d’un frère prêcheur presque senior.
À partir de son expérience personnelle et de sa vocation dominicaine, l’auteur envisage la prédication comme une œuvre de parole, faite pour « actuer » la puissance vivante des Écritures et faire résonner leur richesse poétique. Portée par l’amour, elle doit susciter une expérience vivante de la Parole de Dieu.
Pierre Molinié : La première homélie chrétienne − L’Épître du Pseudo-Clément de Rome aux Corinthiens
Malgré son statut ambigu, entre épître et sermon oral, la Seconde Épître de Clément aux Corinthiens est souvent considérée comme la « première homélie chrétienne ». Son étude permet de comprendre ce qu’est une homélie, parole fraternelle et parole de Dieu, « jouant » de manière inséparable, mais distincte de l’Écriture sainte. Elle offre aux prédicateurs contem- porains un modèle patristique de parole à la fois doctrinale, éthique et communautaire..
Nicole Bériou : Sermons des dimanches et des jours de fête − Pratiques et conceptions médiévales de l’homélie
Même si la nourriture des âmes par la parole apparaît comme une priorité, la pratique réelle du Moyen-Âge est souvent difficile à cerner . Si l’homélie peut s’inscrire dans la liturgie dominicale, d’autres formes de prédication excèdent ce cadre (assemblées, missions, prédications en plein air) ; à partir du XIIIe siècle, les ordres mendiants introduisent de nouvelles pratiques
Jean-Baptiste Arnaud : Un discours de la méthode − « Avant-propos » des Sermons d’un curé de Paris
Rédigé en 1978, cet avant-propos permet de comprendre l’ensemble de la prédication de Jean-Marie Lustiger, depuis ses années de curé de Sainte-Jeanne-de-Chantal jusqu’à son
épiscopat parisien. La transcription des homélies n’a de sens qu’en rapport à une parole vivante, risquée et livrée, enracinée dans la liturgie, l’Écriture, l’assemblée et les circonstances de l’histoire. Prêcher apparaît alors comme un acte théologique à part entière.
Jean-Marie Lustiger : La prédication, un acte spirituel
Ce texte est la transcription d’une intervention orale du cardinal Jean-Marie Lustiger, faite en 2000 devant des jeunes prêtres lors d’une session de formation. Préparée par le travail exégétique, l’homélie ne s’y réduit pas : elle doit plutôt cerner le « problème spirituel » auquel introduit le passage de l’Écriture qui prend sens dans la célébration eucharistique.
Louis de Frémont : L’homélie, actualisation du dialogue d’Alliance entre Dieu et son peuple − Sacramentalité et ministérialité de l’homélie
L’unité fondamentale de la Parole et de l’Eucharistie invite à comprendre l’homélie non comme un simple commentaire mais comme actualisation sacramentelle du dialogue d’alliance entre Dieu et son peuple. L’auteur cherche à préciser sur cette base comment se pose la ministérialité de l’homélie : en quel sens l’acte de prêcher requiert-il non un charisme personnel ou une compétence particulière mais le ministère ordonné ?
Christophe Bourgeois : L’art de prêcher − Actualité de la rhétorique
La méfiance actuelle envers l’usage de la rhétorique dans la prédication est mal fondée : la reprise par Augustin de l’héritage cicéronien suggère au contraire que la pratique chrétienne de l’homélie en révèle le sens profond. Si la parole humaine peut enseigner, plaire et surtout « fléchir » les cœurs, c’est qu’elle a la capacité de se faire amour transformant. Bien comprise, une telle tradition peut nourrir la pratique et la formation des prédicateurs d’aujourd’hui.
Nicolas Steeves : Prêcher, imaginer, sauver
Le but de la prédication doit être le salut ; le moyen d’une prédication efficace, c’est l’imagination. Sans tomber dans une fantaisie irréaliste ou déréalisante, il s’agit pour le prédicateur de faire « voir Jésus » (Jean 12, 21) à ses auditeurs pour aider à les sauver.
Dossier: Catholicisme et politique aux États-Unis : le grand malentendu
Jean Duchesne : Présentation
Florian Michel, Blandine Chélini : Politique, modernité et intégralisme dans l’histoire du catholicisme états-unien
Le retour de Donald Trump au pouvoir et l’élection du pape Robert Francis Prevost ont récemment mis en lumière l’histoire méconnue des catholiques aux États-Unis. Celle-ci permet de mieux comprendre les tensions internes qui les traversent aujourd’hui, notamment avec la montée de courants conservateurs et post-libéraux.Florian Michel, Blandine Chélini : Politique, modernité et intégralisme dans l’histoire du catholicisme états-unien.
Anne Carpenter : Rebâtir les bastions
La réception de Hans Urs von Balthasar au sein de la droite catholique américaine oscille entre fascination et rejet. Dans une analyse sans concessions, l’auteur confronte la promo- tion d’une « religion forte », fondée sur des bastions culturels et identitaires, à la vision de Balthasar. La logique de la Croix, fondée sur la vulnérabilité et le don de soi, s’oppose à celle de la maîtrise et de l’autoritarisme.
Keith Lemna, Chris Hackett : Théologiens de la communion dans l’Amérique postlibérale
En écho à l’étude d’Anne Carpenter, les auteurs analysent l’incapacité d’une partie de la droite catholique aux États-Unis à saisir le cœur de la théologie de Hans Urs von Balthasar. Postlibéraux et néoconservateurs s’affrontent sur la compatibilité entre catholicisme et démocratie libérale ; pour sortir d’une telle polarisation politique du débat théologique, ils appellent à retrouver l’ouverture eschatologique du christianisme.
Signets:
Patrick Piguet : En mémoire de Valère Novarina (1947-2006)
Les articles de presse ont salué l’originalité et la longévité du dramaturge sur les scènes d’Avignon ou de Paris, mais ont largement passé sous silence un aspect essentiel de son écriture : ce que son audace, souvent perçue comme avant-gardiste, doit à la théologie catholique.
Louis-André Richard : Thomas De Koninck (1934-2026) – « L’homme, c’est l’âme ! »
Communio : Pierre-Alain Cahné (1941-2026)
Editorial Paul-Victor Desarbres, Jean-Baptiste Arnaud : L’homélie : la Parole au cœur
L’homélie, cette prédication qui suit la proclamation de l’évangile dans la liturgie romaine, tantôt touche les cœurs, tantôt n’apporte qu’un morne ennui. Pauvres paroles ! pense-t-on alors sur les bancs comme à l’ambon – la faute au prédicateur, à la formation qui a manqué, et donc aux formateurs, mais aussi à l’assistance et à toute la communauté (que ou qui vient-on écouter au juste ?). Le Directoire sur l’homélie publié par la Congrégation pour le culte divin en 2014 est un bon exemple de ces documents officiels qui dressent un constat peu amène. Sommes-nous trop ambitieux ? On pourrait même penser que c’est une question qu’affronte le catholicisme moderne, à la remorque d’un christianisme réformé déjà bien frotté à la question de la prédication. Ou que c’est un fruit de l’ouverture de la table de la parole, de la multiplication du nombre de lectures permises par le nouveau lectionnaire dans la liturgie romaine post-conciliaire.
Nihil novi...
Un détour historique permet cependant de mettre les choses en perspective : comme le montre Nicole Bériou, l’homélie est une pratique anciennement attestée dans la liturgie eucharistique, même si sa place a varié, et qu’elle s’est parfois même trouvée isolée de la messe proprement dite 1. Au Moyen Âge comme aujourd’hui, on s’est interrogé sur la capacité des pasteurs à prêcher – et l’on a imaginé le recours aux ordres prêcheurs comme une solution aux insuffisances du clergé séculier (avis aux amateurs : la solution existe encore). Les paramètres du problème sont différents, mais l’insuffisance n’est pas nouvelle sous le soleil.
Ce cahier ne propose pas de se lamenter, mais plutôt de réfléchir à nouveau à la prédication et à l’homélie en particulier, à ce qui fait leur réussite, bien indépendamment de qualités que l’orateur ne doit pas
pour autant négliger. Parfois, on se presse pour écouter tel orateur qui prêche bien. Parfois encore, dans un flot de paroles qu’on écoute distraitement, une parole surgit qui frappe, qui persiste et qui nourrit
pour des jours et des jours. C’est que la pauvreté ne constitue peut-être pas le principal problème, et qu’on ne peut en rester à son aspect contingent : elle dépasse toujours les capacités de celui qui la
prononce.
Qui parle... et de qui ?
Comme l’écrit le Directoire de 2014 en citant Verbum Domini et Evangelii Gaudium, l’homélie a une « signification sacramentelle » (no 4) et un « caractère quasi-sacramentel » (no 6). Le but de ce cahier est d’explorer ces formulations, de mieux les fonder, de les discuter aussi. Par là, on espère mieux expliciter le lien entre l’homélie et la célébration de la messe.
De quoi l’homélie est-elle le sacrement ? Pour répondre, il nous faut en revenir aux Écritures, à l’évangile surtout, et à son inspiration. Au Moyen Âge et à l’époque moderne, suivant une analogie assez vertueuse, l’homélie est désignée comme proclamation de l’évangile 2. Une quasi Écriture sainte ! L’homélie, écrit Benoît XVI, est l’Écriture en acte, un « actualisation du message scripturaire, de telle sorte que les fidèles soient amenés à découvrir la présence et l’efficacité de la Parole de Dieu dans l’aujourd’hui de leur vie » (Verbum Domini 59). Comme le souligne le Frère Olivier-Thomas Venard, l’actualisation n’est pas la pure et simple transposition de l’Écriture à l’actualité, ou aux modes du temps, mais plutôt la mise en acte de possibilités réelles que l’on perçoit dans l’Écriture 3. Il s’agirait non de traiter d’un sujet passé en lui redonnant un lustre ou une pertinence qu’il n’a plus, mais de détecter, et donc de manifester le Christ pour aujourd’hui. Car c’est lui l’éternel aujourd’hui, celui dont l’actualité ne fait aucun doute.
Du reste, dans la liturgie de la messe, l’homélie peut être comprise, analogiquement, comme un moment d’incarnation. Celui qu’on va recevoir vient de parler. Survient alors une parole pour dire que ce qu’on a entendu va devenir corps du Christ – une étape dans cette manifestation eucharistique de la parole qu’on vient d’entendre, avant qu’elle ne devienne substantielle. Le prédicateur n’est pas là pour répéter ce qui a été lu, mais pour montrer en quoi ce qui a été lu est audible : tel est l’acte de présence. Il actualise ce qui été lu précisément parce que celui qui a été évoqué dans les lectures va s’actualiser lui-même.
Une parole qui souhaite le salut
L’homélie est donc sans doute souvent christocentrée, même de façon implicite, par la préparation qu’elle suppose, par les effets qu’elle produit – de façon explicite aussi, par les thèmes qu’elle traite, – même si elle se trouve être, par là même, œuvre de l’Esprit saint. Un récent numéro de Communio incitait à prêcher les fins dernières 4. C’est que l’homélie, comme le rappelle le Père Nicolas Steeves, est d’essence sotériologique ; elle est habitée par l’urgence de faire comprendre ce qui se joue dans l’annonce de l’évangile qui vient d’avoir lieu et dans l’eucharistie qui suit 5. Le Père Pierre Molinié 6 nous montre, à travers l’exemple de ce qui constitue probablement la première homélie chrétienne 7, la seconde lettre de Clément de Rome, que l’enjeu du salut est au cœur du propos de ce texte, d’autant plus touchant peut-être qu’il ne s’agit pas d’un chef d’œuvre littéraire. L’enjeu du salut du reste n’y est pas individualiste, car la conversion espérée dans la prédication incorpore le fidèle, nous dit ce texte, à la « première Église ». Dans l’homélie aussi, l’eucharistie fait l’Église.
L’homélie, on le comprend, procède donc d’un véritable dialogue avec Dieu pour pouvoir espérer nouer un autre dialogue entre le prédicateur et l’assemblée dans ce même tête-à-tête. Elle est, selon les termes
de Jean-Marie Lustiger, un « acte spirituel », c’est-à-dire aussi un « acte d’Église », dans lequel célébration et prédication sont indissolublement liées 8. Même si la parole prêchée se développe selon des formes très libres, qui n’ont pas à être codifiées par avance, elle est bien un acte liturgique et rituel, dans lequel s’accomplit une réelle présence – celle du prédicateur intérieur dont parle Bossuet cité en exergue de ce numéro. Elle possède donc à ce titre une dimension sacramentelle.
On peut dès lors se demander qui peut et qui doit prêcher dans l’homélie. Le Père Louis de Frémont s’essaye à répondre à cette question sensible (disputée ?) 9 : même si l’on souhaite envisager des cas particuliers de délégation, il convient d’approfondir le lien privilégié qui existe non seulement entre la présidence de la célébration eucharistique et l’homélie, mais aussi entre le pasteur et son peuple, afin de mieux comprendre ce que signifie le service ou ministère de la Parole.
Que faire et comment ?
Sans chercher à multiplier les exemples, on trouvera dans ce cahier un dossier élaboré à partir d’un texte de Jean-Marie Lustiger que le Père Jean-Baptiste Arnaud analyse de façon minutieuse. La prédication de Jean-Marie Lustiger témoigne d’une sacramentalité dans laquelle l’acte de l’homélie dans la messe est signe et instrument de la mission de l’Église tout entière d’annoncer l’évangile en dehors de la liturgie. Ce ne sont que paroles mortes, si l’on ne suit pas le chemin qui mène le prédicateur face à l’Écriture et à celui qu’elle annonce, et qui permet ensuite d’y mener l’assemblée
On a volontairement éludé jusque-là la question concrète des moyens. La question cruciale est sans doute de savoir en quoi ces moyens participent à la sacramentalité de la parole. Au-delà des supports nombreux dont usent les prédicateurs en ligne (posts écrits, vidéos, enregistrement vocaux...), au-delà des aides ponctuelles (il est déconseillé de tout déléguer à l’IA, même si celle-ci peut-être un instrument de traitement de l’information) et des moyens techniques d’amplification, comment se préparer pour trouver et faire trouver, et donc rencontrer le Christ dans l’Écriture ?
Rien n’est possible sans médiation. Comme le rappelle Christophe Bourgeois 10, saint Augustin, dans le De Doctrina christiana, a proposé une synthèse intégrant la doctrine et les pratiques de la rhétorique gréco-latine au contexte du christianisme. Certes, pour Augustin, le premier texte à imiter est l’Écriture : la meilleure manière de se former à la parole est de lire, de suivre la Parole. Mais pour cela, il donne toute sa place à une discipline dont on a redécouvert depuis un demi- siècle toute la portée et la complexité et qui n’a rien d’artificiel. La rhétorique, telle qu’elle a été intégrée à la culture chrétienne, est un modèle irremplaçable pour saisir comment la Parole peut toucher l’intelligence, la sensibilité, mais encore le cœur – ou l’âme, sans la contraindre.
Cette doctrine cruciale héritée de la culture classique rend plus facile à concevoir un art qui s’adresse à la sensibilité et à l’intelligence, mais aussi au cœur ou à l’âme – sans contrainte ni manipulation. La place qu’on peut accorder à l’imagination dans l’homélie – un point que développe le P. Steeves 11 – s’inscrit dans le même héritage anthropologique défendant une harmonie entre la raison et les sens. L’imagination désigne notre capacité à nous forger des images. Et si prêcher, c’est dévoiler les réalités fondamentales, présentes ou à venir, non immédiatement visibles, prêcher, c’est réimaginer.
L’homélie la plus courte est toujours la meilleure. Ce cahier propose des pistes plus que des recettes : puisse le lecteur, auditeur ou prêcheur, rencontrer le prédicateur intérieur
Patrick Piguet : En mémoire de Valère Novarina (1947-2006)
Les articles de presse ont salué l’originalité et la longévité du dramaturge sur les scènes d’Avignon ou de Paris, mais ont largement passé sous silence un aspect essentiel de son
écriture : ce que son audace, souvent perçue comme avant-gardiste, doit à la théologie
catholique.
Louis-André Richard : Thomas De Koninck (1934-2026) – « L’homme, c’est l’âme ! »
Communio : Pierre-Alain Cahné (1941-2026)
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