L'examen de conscience

N° 241 Septembre - Octobre 2015*

Éditorial Christophe Bourgeois

Thème : L'examen de conscience

Florent Urfels : Purifier la conscience

L’Épître aux Hébreux montre les limites de « l’anamnèse des péchés » dans l’Ancienne Alliance à la lumière du régime nouveau inauguré par le Christ. Quelle fonction peut encore avoir, pour celui dont le coeur a été purifié à la racine par le sacrifice du Christ, l’examen de conscience ? L’Épître offre une piste pour répondre à cette question.

Arnaud Perrot : L’attention à soi-même chez Basile de Césarée

« Sois attentif à toi-même » : l’homélie consacrée par Basile de Césarée à cette phrase du Deutéronome permet de comprendre le dialogue qui se construit entre les exercices spirituels de la philosophie antique et la vie chrétienne. La traduction et le commentaire de cette homélie présentés ici permettent d’esquisser les principaux traits d’une compréhension chrétienne de soi.

Augustine Casiday : Connaissance de soi et examen de conscience – Évagre le Pontique (IVe siècle)

L’examen de conscience est chez Évagre un cas particulier de la connaissance de soi, passage indispensable pour tout progrès spirituel : la conscience d’un manque conduit à attendre du Christ le complément nécessaire pour atteindre la plénitude, et porter à sa perfection « l’icône inachevée ».

Pauline Bruley : « C’est un excellent exercice. Il ne faut pas en abuser» – L’examen de conscience dans le Mystère des saints Innocents

La réserve formulée par Péguy permet peut-être de situer à sa juste place l’examen de conscience tel que le conçoit le poète. Pour cela, la méditation sur le péché indénombrable et sur « l’abandonnement » de l’homme comptent autant que le point de vue audacieux construit par la prosopopée divine.

Michel Sales : Pourquoi examiner sa conscience selon saint Ignace de Loyola ?

À plusieurs reprises, les Exercices spirituels donnent des recommandations précises sur « l’examen particulier » comme sur « l’examen général ». Il apparaît peu à peu que l’examen de conscience tient dans l’itinéraire des Exercices une place centrale car notre conscience est ce milieu divin où, pour tout faire Lui-même, Dieu attend notre décision – ce qu’Ignace appelle notre « élection ».

Dossier: la vie consacrée

Pierre Raffin : Huit cents ans de vie dominicaine

Rappelant l’intuition fondatrice de l’ordre dominicain il y a près de huit cents ans, Mgr Pierre Raffin montre comment les Frères Prêcheurs ont cherché et cherchent encore à répondre à une double mission d’évangélisation, à l’égard des chrétiens comme de ceux qui ignorent l’Évangile. 

Étienne Vetö : La vie consacrée au défi de la mixité et de la communion des états de vie – L’exemple du Chemin Neuf

Beaucoup de nouvelles communautés religieuses offrent une forme de mixité et une communion de différents états de vie. Quelles en sont les conséquences sur la vie consacrée, et quel est le sens même d’une telle vie consacrée ?

Signets

Jan-Heiner Tück : Adam, où es-tu ? Le pape François à Yad Vashem et la question de l’abîme de l’homme 

Inversant la question de la justification de Dieu face à la souffrance, le pape François, lors de sa visite à Yad Vashem, parle d’Auschwitz comme lieu de la révélation de l’inhumanité de l’homme et de la souffrance de Dieu. Sa brève et intense méditation se transforme en prière pour les victimes et pour les bourreaux.

Grégory Solari : La crise de la philosophie européenne et l’avenir de la liturgie

Si la liturgie ne va toujours pas de soi aujourd’hui, la raison de ce décalage vient non pas d’abord de carences, effectives ou supposées, de la réforme du rituel, mais de la persistance, à l’intérieur de la théologie, d’une épistémologie inadéquate qui s’est constituée en dépendance de la métaphysique classique. Pour accéder au sens de l’énoncé dogmatique, il faut être rendu participant de l’expérience originaire d’où il procède, à savoir se laisser toucher par le Christ, sans mettre de limites ou de conditions a priori à sa manifestation. La liturgie nous rend contemporains de cette expérience originaire dont témoignent les apôtres par l’Écriture.


Nous remercions Jean-Robert Armogathe et Françoise Brague pour leur concours gracieux comme traducteurs.

Éditorial

Christophe Bourgeois

 

« Tu me scrutes, Seigneur, et tu sais ! 
Tu sais quand je m’assois, quand je me lève ;
de très loin tu pénètres mes pensées. »
Psaume 138, 1-2


« Fais-toi juge de tes actes ; cite-toi à ton propre tribunal ; souvent aussi condamne-toi ; ne te renvoie pas impuni. Que la justice siège comme juge en permanence ; que la conscience comparaisse en prévenue et s’accuse elle-même. Personne ne t’aime plus que toi ; personne ne te jugera avec plus d’équité ». Guillaume de St Thierry, Lettre aux frères du Mont-Dieu, éd. J. Déchanet, Cerf, [1975], 2004 p. 229

 

 L’examen de conscience est-il un exercice démodé ? » se demandait déjà, en 1963, le P. Servais Pinckaers, pour défendre avec vigueur les bienfaits d’un exercice destiné à nous faire « prendre pleine conscience de notre personne morale1 ». Il n’est pas certain que la question ait perdu de son actualité, tant cette pratique semble être aujourd’hui tombée en désuétude. Certes, le regard sur sa propre existence est souvent sollicité dans la culture chrétienne contemporaine et l’exercice de la mémoire fortement valorisé : mais cette attitude vise surtout à saisir la cohérence d’une histoire personnelle, à faire mémoire des bienfaits reçus de Dieu – et non à examiner ses propres actes pour approfondir le jugement moral que l’on porte sur eux.

Certaines des préventions contemporaines à l’égard de cette pratique traditionnelle ne sont peut-être pas sans fondement. Si l’on ouvre l’un des nombreux fascicules intitulés Examen de conscience largement distribués à la fin du xixe siècle et au début du xx siècle, la description n’est guère engageante.

On ne doit jamais se présenter au tribunal de la pénitence sans préparation; or, cette préparation renferme trois choses : 1o la prière pour demander à Dieu la grâce de faire une bonne confession ; 2° l’examen qui consiste à rechercher soigneusement dans sa mémoire l’espèce, le nombre et les circonstances de ses péchés; 3° la contrition qui est une douleur et une détestation des péchés qu’on a commis avec la ferme résolution de ne plus offenser Dieu à l’avenir. Faute de l’une de ces préparations, on s’expose à faire une confession nulle ou sacrilège, tant elles sont indispensables2.

L’examen de conscience est d’emblée limité à un exercice préparatoire qui conditionne l’efficacité du sacrement. S’il vise un dénombrement exhaustif, c’est dans une finalité à première vue toute négative : il s’agit d’abord et avant tout de pallier le risque d’oublier certaines fautes. Le fascicule se présente d’ailleurs très classiquement comme une liste des péchés possibles, recensés avec minutie en suivant l’ordre du Décalogue. Le P. Bordeyne rappelait qu’un certain nombre de catéchistes conservent des « souvenirs négatifs – voire traumatisants » de ces « listes » qu’ils ont connues dans leur enfance, ce qui explique probablement que la pratique ne soit plus transmise3. Il y a peut-être « plus grave : si la définition de la contrition que propose un tel texte [...]

 

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1 La Vie spirituelle, 1963, no 494, mai 1963, p. 537-553.

2 Examen de conscience, avertissement, Imprimerie de Trenel, St Nicolas du Port, 1841

3 « Examen de conscience et vie morale », La Maison-Dieu, n° 214, 1998/2, p. 65.

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