Sauvé d'une plume

William MARX
La rémission des péchés - n°81 Janvier - Février 1989 - Page n° 82

Les voies de Dieu sont impénétrables. La preuve en est donnée par ce récit qu'il ne faudrait pas prendre trop à la légère, ni trop au sérieux, où tout est vraisemblable, mais qui n'a pas de clé...

Quand on apprit que Maurice de Creillant était définitivement cloué dans son lit par le mal qui le frappait, le monde catholique demeura consterné. Les journaux chrétiens consacrèrent de nombreux articles d'hommage à cet éminent écrivain croyant que l'on voyait ainsi près de disparaître. Une escouade de policiers fut assignée au 46 de la rue de Varenne, domicile de l'écrivain, pour permettre aux personnalités qui venaient visiter l'illustre personnage de défiler en toute sécurité. A lui qui, sa vie durant, n'avait cessé de vitupérer contre « les hôpitaux, dortoirs de la mort », était au moins concédée la grâce d'agoniser chez lui. S'y ajoutait aussi l'honneur de recevoir, entre autres, l'Académie tout entière, dont il était depuis longtemps le doyen, les représentants des grands corps, ainsi que le nonce apostolique venu lui apporter les voeux et la prière du Saint-Père. Tout ce beau monde ressortait de là fort dépité de n'avoir eu affaire qu'à un mourant incapable de proférer la moindre parole et dont on ne savait même pas s'il comprenait vraiment ce qu'on lui disait.

Au bout de quinze jours de ce petit manège, alors que les journaux préposés à cet effet s'essoufflaient à toujours annoncer pour le lendemain le décès du grand vieillard, une feuille anticléricale, qui avait jusque-là négligé l'événement, dépêcha un journaliste sur place. Et c'est ainsi qu'un matin, Charles, jeune stagiaire, arriva rue de Varenne. La veille au soir, le rédacteur en chef l'avait fait appeler pour lui tenir ce discours : « Mon petit, ça me fait mal au coeur de te le dire, mais on ne pourra pas te prendre ici à la fin de ton stage. C'’est pas qu'on t'aime pas : t'es un solide travailleur, et en plus t'écris et tu penses dans la ligne. Alors, tout ça, ça serait parfait si on avait plus de lecteurs et plus de fric. Malheureusement, c'est pas le cas et on n'a vraiment pas de place pour une personne de plus. Enfin, ne pleure pas ; t'es encore là jusqu'à la fin de la semaine et t'auras de quoi t'occuper. Demain, tu vas chez Monsieur de Creillant... » (Ici, Charles se souvint du ton affecté sur lequel son patron avait prononcé ce nom, et il se prit à sourire, mais sans vraiment savoir de qui ou de quoi) « ...qui n'en finit pas de... ; ne te gêne pas pour casser les pieds à tout ce petit monde et surtout tâche de m'en faire une belle page bien propre et aussi bien salissante. Faut que ça morde, n... de D... ! O.K., mon gars ? Alors, tchao ! »  [...]

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