La souffrance

N° 80 Novembre - Décembre 1988*

« Comment Dieu peut-il permettre tout cela?» — C'est la question que nous nous posons spontanément, lorsque nous sommes témoins d'une  grande souffrance imméritée. Peut-être cette question se trompe-t-elle d'adresse. II se peut que mettre en cause Dieu nous empêche de voir que c'est tout d'abord et avant tout à nous que la souffrance pose question.

Page Titre Auteur(s)
4 La souffrance, un problème ou une tâche? Peter HENRICI
11 Sois sage, ô ma douleur...„ Vincent CARRAUD
15 Sens et non-sens de la douleur Xavier TILLIETTE
23 Du tragique chrétien : Shakespeare et l'Évangile Jean DUCHESNE
42 La conception hindoue de la souffrance George CHEMPARATHY
56 Souffrance, passion et compassion Georges CHANTRAINE
71 La force des malades Alexander VAN DER DOES DE WILLEBOIS
75 La liberté religieuse Dom PHILIPPE DUPONT
100 La bienheureuse Vierge Marie Fernand PRICKARTZ
111 L'anthropologie est-elle une christologie? Marc OZILOU

Editorial : Peter Henrici : La souffrance, un problème ou une tache?

Avant d'être une question à Dieu, la souffrance est une question à l'homme, à qui elle demande d'être pleinement humain. C'est Dieu qui, en la souffrance du Christ, donnera cette pleine mesure de l'humain.

Problématique

Vincent Carraud : «Sois sage, Ô ma douleur... »

La double revendication contemporaine du droit au plaisir et du droit à l'abolition de la souffrance est contradictoire : elle méconnaît la nature commune du plaisir et de la douleur, en laquelle se joue habituellement la relation à son propre corps.

Xavier Tilliette : Sens et non-sens de la douleur

Comment la seule philosophie pourrait-elle rendre raison de la souffrance ? Ses consolations éventuelles tiennent-elles face à la réalité, au scandale du fait de souffrir? Sans doute peut-elle dire que notre condition finie implique la souffrance, de quelque manière que ce soit. Mais, pour dire plus, et rester encore crédible, il lui faudrait accéder à une «métaphysique de la charité». Le peut-elle?

Intégration

Jean Duchesne : Du tragique chrétien : Shakespeare et l'évangile

La souffrance — c'est ce que la tragédie met en scène. Mais peut-on concevoir un tragique proprement chrétien ? En théorie, les modernes ont le plus souvent répondu non. En fait, Shakespeare répond oui. Le tragique de Hamlet et du Roi Lear ne se comprend qu'à partir d'une double méditation de saint Paul, et Macbeth à partir de Luc 11. La Révélation serait-elle le lieu même du tragique, comme théo-dramatique?

George Chemparathy : La conception hindoue de la souffrance

Pour l'hindouisme, la souffrance repose sur la loi fondamentale du Karma, dont Dieu ne peut que surveiller l'exécution : chacun subit les  conséquences de sa vie antérieure. Nul « problème », donc. Dans le christianisme, Dieu choisit en Jésus-Christ de subir la souffrance qui résulte du péché.

Georges Chantraine : Souffrance, passion et compassion

La souffrance humaine ne trouve d'issue, d'apaisement et de transfiguration que dans le Christ en son corps offert eucharistiquement pour nous ; en lui, elle cesse d'être solitaire, pour être soulagée et « consolée » (au sens paulinien du mot) par la compassion dans la communion des saints, dont le centre personnel est la Mère de Dieu, l’Eglise immaculée.

Alexander van der Does de Willebois (+) : La force des malades

Réflexion sur la maladie d'un chrétien qui, malade, repoussa la tentation de cultiver son état, et sa souffrance. Ainsi alla-t-il victorieusement à la  rencontre de la mort, de sa mort, avec le Christ.

Signets

Dom Philippe Dupont : La liberté religieuse

La liberté religieuse est la notion la plus controversée de l'après-Concile : innovation doctrinale, contradiction de la doctrine passée, voire reniement ? Dans cette question délicate, il faut distinguer les différents sens du mot «liberté» employé dans des contextes différents. Il n'y a pas de contradiction de l'Église dans son enseignement du XIX° et du XX° siècle. Progressisme et intégrisme sont dépouillés d'arguments. Il apparaît alors que rien n'oppose la condamnation de l'indifférentisme théorique et la revendication politique de la liberté de culte.

Femand Prickartz : La bienheureuse Vierge Marie

C'est portés par toute la réflexion de l'Église contemporaine, sous-jacente à Lumen Gentium, que les disciples du Christ, d'une poussée peut-on dire baptismale, cherchent comment honorer justement la Vierge Marie, Mère précisément du Christ et Mère de l'Église. Ils sont aujourd'hui conscients que cet élément constitue un axe majeur du renouveau spirituel de notre temps.

Marc Ozilou : L'anthropologie est-elle une christologie?

En s'appuyant sur les oeuvres de saint Bonaventure, de Rahner et de Balthasar, on montre que l'humanité du Christ n'est pas simplement celle de tout homme (« christianisme anonyme » ), ni une humanité parfaite (comme celle de la Vierge) : en unissant notre humanité à la divinité, l'initiative absolue de l'Incarnation transcende ces possibilités et nous élève jusqu'à l'Absolu.

La souffrance, problème ou tâche?

Peter Henrici

« Comment Dieu peut-il permettre tout cela?» — C'est la question que nous nous posons spontanément, lorsque nous sommes témoins d'une grande souffrance imméritée. Peut-être cette question se trompe-t-elle d'adresse. II se peut que mettre en cause Dieu nous empêche de voir que c'est tout d'abord et avant tout à nous que la souffrance pose question.

Une question posée à l'homme

La souffrance au sens propre du terme n'existe que pour l'homme. Pour pouvoir souffrir, il ne faut pas seulement un corps ou une sensibilité capable de souffrir ; il faut avant tout un esprit, une conscience qui soit capable de percevoir ce qu'il y a de contradictoire dans la souffrance. Celui qui ne sait pas ou ne sent pas que ce qui fait souffrir ne devrait pas être peut bien sentir une douleur, mais il ne souffre pas à proprement parler de cette douleur. Toute souffrance introduit dans notre existence quelque chose d'étranger, qui n'est pas à sa place : une infection, une blessure, un échec, une tumeur cancéreuse, une perte, une injustice, une incapacité... C'est ce qu'il y a de plus étranger à ma vie, la mort — ma propre mort et plus encore la mort de ceux qui me sont chers — qui m'apporte la plus grande souffrance. Tout en moi se cabre contre ce fait de la mort. Dans ce cas comme dans toute souffrance, je suis confronté avec un fait dur, qui semble contredire tout ce que je reconnais comme juste et sensé. Pourtant, qu'il y ait là un fait, je ne puis le contester ; c'est même justement cette contradiction entre fait et sens qui constitue la raison la plus profonde de la souffrance. [...]

 

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Dom Philippe Dupont : La liberté religieuse

La liberté religieuse est la notion la plus controversée de l'après-Concile : innovation doctrinale, contradiction de la doctrine passée, voire reniement ? Dans cette question délicate, il faut distinguer les différents sens du mot «liberté» employé dans des contextes différents. Il n'y a pas de contradiction de l'Église dans son enseignement du XIX° et du XX° siècle. Progressisme et intégrisme sont dépouillés d'arguments. Il apparaît alors que rien n'oppose la condamnation de l'indifférentisme théorique et la revendication politique de la liberté de culte.

Femand Prickartz : La bienheureuse Vierge Marie

C'est portés par toute la réflexion de l'Église contemporaine, sous-jacente à Lumen Gentium, que les disciples du Christ, d'une poussée peut-on dire baptismale, cherchent comment honorer justement la Vierge Marie, Mère précisément du Christ et Mère de l'Église. Ils sont aujourd'hui conscients que cet élément constitue un axe majeur du renouveau spirituel de notre temps.

Marc Ozilou : L'anthropologie est-elle une christologie?

En s'appuyant sur les oeuvres de saint Bonaventure, de Rahner et de Balthasar, on montre que l'humanité du Christ n'est pas simplement celle de tout homme (« christianisme anonyme » ), ni une humanité parfaite (comme celle de la Vierge) : en unissant notre humanité à la divinité, l'initiative absolue de l'Incarnation transcende ces possibilités et nous élève jusqu'à l'Absolu.


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