Le Mystère Pascal

N° 207 Janvier - Avril 2010*

« Qui est Dieu et ce qui est divin, nous avons à l’apprendre là où Dieu lui-même s’est révélé… Et si c’est en Jésus-Christ qu’il s’est manifesté comme le Dieu qui nous le révèle, nous n’avons pas à être plus sages que lui et à prétendre que l’abaissement divin soit en contradiction avec la nature divine. » Ces réflexions de Karl Barth ont donné à penser à  Hans Urs von Balthasar qui les cite dans sa grande étude sur la théologie des Trois Jours : le Mystère pascal de la mort et de la résurrection de Jésus-Christ est bien, en effet, le lieu indépassable de la révélation définitive de Dieu et de son amour trinitaire.

 

 

Page Titre Auteur(s)
9 Pour une lecture trinitaire du mystère pascal
13 Croire en la résurrection ou la logique de l’amour Jean-Pierre BATUT
27 La Pâque de Jésus chez Anselme du Bec Michel CORBIN
45 Le Fils engendré dans la mort Gérard RÉMY
57 En quoi le mystère du Samedi saint est-il dramatique ? Les présupposés christologiques et trinitaires de la théologie du Samedi saint de Hans Urs von Balthasar Charles ROCHAS
75 Reviendrons-nous ? Ou ce qui différencie la foi en la résurrection de la croyance en la réincarnation Jan-Heiner TÜCK
81 La Dernière Cène de Léonard de Vinci Timothy VERDON
91 La tristesse de Jésus à Gethsémani Giorgio MASCHIO
103 « Les images liturgiques sont des images folles » : essai sur la structure du triduum pascal Daniel BOURGEOIS
119 Sens et importance de la conversion de Newman Ian KER
133 La Grammaire de l’assentiment : on a raison de croire Irène FERNANDEZ
145 Bilan de la deuxième assemblée spéciale pour l’Afrique du Synode des évêques (Rome 4 au 25 octobre 2009) Cardinal André VINGT-TROIS
155 La lumière du mystère ou la voix intérieure d’Eugène Green Guy BEDOUELLE
161 La Route. Dénuement humain et secours divin. Didier LAROQUE
165 Éloge du cardinal Lustiger Jean-Luc MARION

Éditorial : Pour une lecture trinitaire du Mystère pascal

Thème : Le mystère pascal

Jean-Pierre Batut : Croire en la résurrection ou la logique de l’amour

Jésus, dans l’Évangile selon saint Jean, affirme avoir le pouvoir de « donner » sa vie et le pouvoir de la « reprendre ». L’étonnant n’est pas que Jésus ait pu ressusciter, mais bien qu’il ait pu mourir, lui qui est la Vie en personne. C’est donc dans sa manière de mourir en donnant sa vie qu’il faut chercher la clef de sa résurrection et de la logique de vie qu’elle entraîne désormais pour nous. 

Michel Corbin : La Pâque de Jésus chez Anselme du Bec

Contrairement à une interprétation reçue du Cur Deus homo, ce n’est pas la justice qu’Anselme met au premier plan, mais la miséricorde : car il est juste que Dieu soit miséricordieux. C’est en Jésus que s’unissent l’une et l’autre, lui dont la venue éveille en l’homme la foi, l’espérance et la charité. Celles-ci sont la juste rétribution que le Père doit à son Fils pour la libre offrande qu’Il fait de sa vie et qu’Il ne peut lui rendre qu’en ses frères, puisque sa Plénitude, comme celle de son Père, est sans besoin. La vraie « raison » de notre salut réside, pour Anselme, dans cet échange débordant entre le Père et le Fils. 

Gérard Rémy : Le Fils engendré dans la mort

Être engendré dans la mort : n’y a-t-il pas là un insoutenable paradoxe ? Et pourtant il conduit au coeur du mystère du Christ. Car la Croix est le lieu de l’engendrement plénier du Fils en tant que Fils dans sa mort humaine, révélant ainsi que le Christ n’existe que par le Père : le Christ, abandonné par le Père, meurt en s’abandonnant au Père. C’est dans la condition éternellement filiale du Christ que se gagne notre salut, c’est-à-dire la possibilité de nous recevoir totalement du Père. 

Charles Rochas : En quoi le mystère du Samedi saint est-il dramatique ? Les présupposés christologiques  et trinitaires de la théologie du Samedi saint de Hans Urs von Balthasar

Le Samedi saint est dépeint chez Hans Urs von Balthasar comme une contemplation passive par le Christ de la pure substantialité du mal en soi. Plongé dans une séparation absolue de son Père, Il subit la peine du dam pour assumer ce dont Il est venu nous sauver : la mort éternelle. Cette approche ébranle les fondements de la théologie de l’union hypostatique du Christ et dessert paradoxalement la portée dramatique du mystère pascal tant défendue par le théologien suisse.  

Jan-Heiner Tück : Reviendrons-nous ? Ou ce qui différencie la foi en la résurrection de la croyance en la réincarnation

Comment expliquer la fascination grandissante de nos contemporains pour la réincarnation, même chez les chrétiens ? C’est dans la manière contemporaine d’envisager la vie humaine que la croyance en la réincarnation, qui n’a rien à voir avec la foi en la résurrection, trouve une résonance profonde. 

Timothy Verdon : La Dernière Cène de Léonard de Vinci 

La Cène de Léonard de Vinci dans l’église Santa Maria delle Grazie à Milan, offre une interprétation tout à fait nouvelle pour l’époque de cet acte du Christ. L’artiste l’inscrit, d’une part, dans la signification spirituelle que les Constitutions dominicaines donnaient aux repas des frères. D’autre part, en reportant les lignes de perspective sur la figure du Christ, en montrant les Apôtres unis par petits groupes, agités par l’annonce de la trahison proche, Léonard de Vinci veut traduire, à travers ce don total du Christ dans l’institution de l’Eucharistie, son rôle de Prêtre et Victime, de Législateur et de Roi.

Giorgio Maschio : La tristesse de Jésus à Gethsémani 

Les ariens interprètent la tristesse de Jésus à Gethsémani comme la preuve de l’infériorité de la nature du Fils par rapport au Père. Ambroise de Milan voit au contraire dans cette agonie la manifestation de la bonté et de la grandeur du Fils : « Il ne m’aurait pas été d’un aussi grand secours s’il n’avait pas assumé mes sentiments ».

Daniel Bourgeois : « Les images liturgiques sont des images folles » : essai sur la structure du triduum pascal

Comment penser la liturgie du triduum pascal quand elle est presque toujours envisagée comme une mise en scène plus ou moins historique des derniers jours de Jésus ? En s’appuyant sur les travaux classiques de critique littéraire de Erich Auerbach, l’auteur présente une manière de démonter le mécanisme historicisant en ce domaine et propose une relecture du triduum en s’aidant de la catégorie de mimésis héritée de Platon et d’Aristote.

Dossier : John Henry Newman

Ian Ker : Sens et importance de la conversion de Newman

La réception de J.H. Newman dans l’Église catholique romaine, le 9 octobre 1845 avait un sens prophétique remarquable qui n’apparaît clairement qu’aujourd’hui. L’auteur brosse une rétrospective et en dresse un bilan en trois étapes. 

Irène Fernandez : La Grammaire de l’assentiment : on a raison de croire

Cette Grammaire est un des livres les plus importants et les plus mal connus de Newman, qui y étudie la manière dont nous arrivons à nos certitudes, en particulier, mais pas seulement, à la certitude de la foi. En montrant que le chemin qui y mène n’est pas celui de la logique pure, mais pas non plus celui d’une intuition irrationnelle, il apporte une contribution essentielle au travail contemporain de redéfinition de la raison auquel Benoît XVI appelle constamment.

Signets

Cardinal André Vingt-Trois : Bilan de la deuxième assemblée spéciale pour l’Afrique du Synode des évêques (Rome 4 au 25 octobre 2009)

En présence des évêques d’Ile de France, des prêtres africains et des communautés africaines d’Ile-de-France, en la cathédrale de Paris, le dimanche 1er novembre 2009, le cardinal a tiré le bilan du Synode : contrastes des réalités vécues et objectifs de renouveau. 

Guy Bedouelle : La lumière du mystère ou la voix intérieure d’Eugène Green

Le récent film d’Eugène Green, La religieuse portugaise, en multipliant les éléments de décalage et de distance, veut faire percevoir l’approfondissement contemplatif de la réalité. Le réalisateur assigne au cinématographe, à la suite de Robert Bresson et plus explicitement que lui, la tâche de capter « la lumière du mystère » des êtres et du monde créé, renvoyant, comme les icônes, par une « présence réelle », au Verbe incarné.

Didier Laroque : La Route. Dénuement humain et secours divin

Voici une lecture théologique du roman d’anticipation de Cormac Mac Carthy The road porté récemment à l’écran : le dénuement total vécu dans l’amour par un père et son fils, peut mener non pas à la mort, mais à la vraie faim de Dieu et à l’union avec le Père.

Discours

Jean-Luc Marion : Éloge du cardinal Lustiger

Élu à l’Académie française le 6 novembre 2008 pour occuper le fauteuil du cardinal Lustiger, Jean-Luc Marion prononça l’éloge de son prédécesseur, lors de sa réception sous la coupole, le 21 janvier 2010.

Pour une lecture trinitaire du mystère pascal

« Là est le sens de la Pâque : elle nous enseigne que le chrétien dans l’Église doit mourir avec le Christ pour ressusciter avec lui. Et elle ne fait pas que l’enseigner, comme on montrerait du doigt quelque chose que l’on ne tient pas en son pouvoir (c’est là ce que faisait la Pâque de l’Ancien Testament), elle l’opère. La Pâque, c’est le Christ qui est mort et ressuscité une fois nous faisant mourir de sa mort et nous ressuscitant à sa vie. Ainsi la Pâque n’est-elle pas une simple commémoration ; elle est la Croix et le Tombeau vide rendus présents. Mais maintenant ce n’est plus le Chef qui doit s’étendre sur la croix pour se relever du tombeau ; c’est son corps, l’Église, et dans ce corps c’est chacun de ses membres que nous sommes. » Louis Bouyer, Le mystère pascal.

 

Le présent cahier n’a pas la prétention d’offrir une présentation exhaustive du Mystère entre tous les mystères, celui dont le Catéchisme de l’Église catholique dit qu’il est « au centre de la Bonne Nouvelle que les Apôtres, et l’Église à leur suite, doivent annoncer au monde »1. Il entend simplement en proposer trois approches, qui convergent toutes trois vers le même centre. 

1. La première de ces approches propose un regard d’ensemble sur le processus rédempteur du mystère pascal. En partant de la résurrection, elle cherche à en déployer la signifi cation comme sommet du mystère d’alliance dans lequel l’amour trinitaire et l’amour de Dieu pour le monde sont à la fois pleinement manifestés et à l’origine de la défaite des puissances de la mort2. C’est pourquoi, comme le met en évidence le Cur Deus Homo d’Anselme du Bec, dans notre rédemption apparaît en pleine lumière la complicité amoureuse du Père et du Fils en notre faveur : toute « explication » qui resterait en-deçà de l’échange trinitaire toujours plus grand et de la miséricorde suréminente, manquerait les véritables raisons de l’engagement du Fils dans la mort et du salut de l’humanité3.

2. La seconde approche est plus problématique. Elle vise à scruter le « mécanisme » du grand retournement qu’opèrent la mort du Christ  [...]

 

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1. CEC 571.

2. Voir Jean-Pierre Batut, « Croire en la résurrection », p. 13.

3. Voir Michel Corbin, « La Pâque de Jésus chez Anselme du Bec », p. 27.

Dossier : John Henry Newman

Ian Ker : Sens et importance de la conversion de Newman

La réception de J.H. Newman dans l’Église catholique romaine, le 9 octobre 1845 avait un sens prophétique remarquable qui n’apparaît clairement qu’aujourd’hui. L’auteur brosse une rétrospective et en dresse un bilan en trois étapes. 

Irène Fernandez : La Grammaire de l’assentiment : on a raison de croire

Cette Grammaire est un des livres les plus importants et les plus mal connus de Newman, qui y étudie la manière dont nous arrivons à nos certitudes, en particulier, mais pas seulement, à la certitude de la foi. En montrant que le chemin qui y mène n’est pas celui de la logique pure, mais pas non plus celui d’une intuition irrationnelle, il apporte une contribution essentielle au travail contemporain de redéfinition de la raison auquel Benoît XVI appelle constamment.

Signets

Cardinal André Vingt-Trois : Bilan de la deuxième assemblée spéciale pour l’Afrique du Synode des évêques (Rome 4 au 25 octobre 2009)

En présence des évêques d’Ile de France, des prêtres africains et des communautés africaines d’Ile-de-France, en la cathédrale de Paris, le dimanche 1er novembre 2009, le cardinal a tiré le bilan du Synode : contrastes des réalités vécues et objectifs de renouveau. 

Guy Bedouelle : La lumière du mystère ou la voix intérieure d’Eugène Green

Le récent film d’Eugène Green, La religieuse portugaise, en multipliant les éléments de décalage et de distance, veut faire percevoir l’approfondissement contemplatif de la réalité. Le réalisateur assigne au cinématographe, à la suite de Robert Bresson et plus explicitement que lui, la tâche de capter « la lumière du mystère » des êtres et du monde créé, renvoyant, comme les icônes, par une « présence réelle », au Verbe incarné.

Didier Laroque : La Route. Dénuement humain et secours divin

Voici une lecture théologique du roman d’anticipation de Cormac Mac Carthy The road porté récemment à l’écran : le dénuement total vécu dans l’amour par un père et son fils, peut mener non pas à la mort, mais à la vraie faim de Dieu et à l’union avec le Père.

Discours

Jean-Luc Marion : Éloge du cardinal Lustiger

Élu à l’Académie française le 6 novembre 2008 pour occuper le fauteuil du cardinal Lustiger, Jean-Luc Marion prononça l’éloge de son prédécesseur, lors de sa réception sous la coupole, le 21 janvier 2010.


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