Bernanos, le prêtre, et l’intelligence de la pitié

Philippe RICHARD
La seconde venue du Christ - n°219 Janvier - Avril 2012 - Page n° 121

Pour Bernanos, la faiblesse du prêtre n’exprime pas autre chose que sa dépossession en Dieu. Celle-ci peut se manifester en un triple mouvement : colère, efficacité et compassion. C’est sous ces trois aspects que l’auteur développe une analyse fouillée de la figure du prêtre chez Bernanos.

 

Lorsque la critique littéraire envisageait le prêtre comme médiateur singulier1, la critique bernanosienne préférait l’envisager comme témoin symbolique2. Les résultats n’ont pourtant guère comblé les attentes : établir que le prêtre est confi guré au Christ et désireux de devenir un artisan du salut revient en effet simplement à affi rmer la tautologie de son identité sacerdotale. Sans doute vaudrait-il mieux cerner la forme même que donne ce personnage à l’architecture de l’oeuvre qui le porte, sans chercher d’originalité exploratoire en des textes qui ne discutent pas au fond le Catéchisme romain pour les curés de 1566, dit « du Concile de Trente », enseignant que les prêtres « représentent auprès de nous la puissance et la majesté du Dieu immortel3 ». Du Soleil de Satan à Monsieur Ouine, les prêtres de Bernanos se trouvent effectivement confrontés à la violence d’une société qui sombre, mais deviennent en elle les témoins de la résistance d’un Dieu qui s’emporte contre le péché et engage l’homme à s’abandonner à la compassion4. La déconstruction sacramentaire d’André Blanchet pourra dès lors sembler bien singulière – « ... nous avons affaire à [...]

 

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1. Ainsi chez André BLANCHET, Le prêtre dans le roman d’aujourd’hui, Paris, Desclée de Brouwer, 1955.

2. Ce mouvement est particulièrement évident chez Michel ESTEVE, Le Christ, les symboles christiques et l’Incarnation dans l’oeuvre de Bernanos, Lille, ANRT, 1982.

3. Cette mention se trouve au chap. XXVI, § 1, du Romae apud Paulum Manutium, Rome, Vaticana, 1566.

4. Il revient à Hans Urs von BALTHASAR d’avoir à nouveau pensé la colère divine comme possibilité même de libération de l’homme ; tel est le « fait de boire la coupe (de la colère apocalyptique) » dans Pâques, le Mystère, Paris, Cerf, coll. « Traditions chrétiennes » n° 2, trad. R. Givord, 1981, p. 95.


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