Poésie et Incarnation

N° 192 Juillet - Aout 2007*

La poésie s’origine dans la Parole divine, non pour charger le moi contemporain d’une sacralité ou d’un absolu orgueilleux, mais bien parce que la condescendance divine sauve tout de l’humain.

Orphée, le poète par excellence, figure du Christ, ou le Christ nouvel et véritable Orphée ?

L'audace d'une telle assimilation est présente dès les premiers siècles de l'église. Comparer le Christ et Orphée, c'est alors proclamer un Christ victorieux des Enfers, de la mort

Les représenter en une figure unique, c'est donner à voir la Parole incarnée qui peut chanter les psaumes, et qui réconcilie toutes les créatures, bêtes sauvages et monstres y compris

La figure tout humaine d'Orphée se divinise donc jusqu'à prendre la figure du Christ. La poésie s'origine dans la Parole divine, non pour charger le moi contemporain d'une sacralité ou d'un absolu orgueilleux, mais bien parce que la condescendance divine sauve tout de l'humain. S. L.

Page Titre Auteur(s)
1 Hommage à Jean-Marie LUSTIGER 1926-2007 Jean DUCHESNE
9 Incarnation et poésie Patrick PIGUET
15 Au frère Giovanni da Samminiato Coluccio SALUTATI
19 Pour une poétique de l’hymnodie chrétienne : Du pseudo-Denys à Thomas d’Aquin et à Bonaventure Alain MICHEL
33 Séquence De spiritu sancto Hildegarde DE BINGEN
35 L’exégèse poétique : de quelques vers baroques Christophe BOURGEOIS
49 Genèse et création poétique dans l’œuvre de Patrice de La Tour du Pin Isabelle RENAUD-CHAMSKA
63 Le poème de la prière, quand "je" devient un autre Patrick PIGUET
75 Poèmes - À l'épreuve du réel Bohuslav REINEK
79 "Il est venu chez les siens..." Paul GUILLON Jean-Pierre LEMAIRE
87 Poèmes José TOLENDINO MENDOÇA
91 Poèmes Jan ZAHRADNICEK
95 Le triomphe de l'amour Geoffrey HILL
105 Le coeur est un abîme Gérard PFISTER
115 Le présent éternel Jean BASTAIRE

Texte hors sommaire: Hommage à Jean-Marie Lustiger

Éditorial : Patrick Piguet: Incarnation et poésie

Si le christianisme est la religion de l'incarnation, de la parole faite chair, la poésie a un lien particulier avec cette religion. Des Psaumes aux hymnes médiévales, des poèmes baroques à ceux du vingt et unième siècle, l'oeuvre poétique témoigne d'un salut déjà donné, — toujours à chercher, aussi. Pour en faire entrevoir la merveille, l'humanité doit explorer de nouveaux territoires du langage.

Thème

Coluccio Salutati : Au frère Giovanni da Samminiato

Y a-t-il contradiction entre la recherche de la vérité par les «voies du Seigneur» et par celle des humanités, même païennes? Pour un moine humaniste de la Renaissance italienne, aucune.

Alain Michel : Pour une poétique de l'hymnodie chrétienne: Du pseudo-Denys à Thomas d'Aquin et à Bonaventure

Comment la poésie religieuse chrétienne parle-t-elle à Dieu, des origines néotestamentaires jusqu'à l'époque de saint Thomas d'Aquin ou saint Bonaventure? Ce qui se trace ici, c'est le chemin par lequel se sont constituées nombre de très grandes prières de l'Église.

Hildegarde de Bingen : Séquence De spiritu sancto

Christophe Bourgeois: L'exégèse poétique: de quelques vers baroques

Contre l'esprit de notre temps qui soupçonne tout langage et tend spécialement à récuser celui de la théologie, les poésies religieuses de l'âge baroque sont résolument théologiennes; elles sont des interprétations et non de simples représentations. Voilà pourquoi il faut relire Jean de La Ceppède, Agrippa d'Aubigné ou Claude Hopil, qui revendiquent à juste titre l'image du poeta theologus.

Isabelle Renaud-Chamska: Genèse et création poétique dans l'oeuvre de Patrice de La Tour du Pin

L'oeuvre de cet auteur a été traversée par la question de la création poétique, étroitement liée à celle de la genèse divine. Comment Une Somme de Poésie se déploie-t-elle, de «l'homme (...) penché sur sa genèse» jusqu'à la fin du Troisième jeu?

Patrick Piguet: Le poème de la prière, quand «je» devient un autre

L'affirmation de Pierre Jean Jouve doit être prise dans sa radicalité : «toute poésie est à Dieu ». La prière poétique amène tout d'abord à s'extraire de soi. Si un Paul Celan peut s'adresser à un Dieu tragiquement absent, l'absence, chez un Pfister marqué par la mystique négative, n'empêche pas la proximité divine cependant qu'un Chappaz prononce un oui fragile suspendu au sens que lui donnera son Interlocuteur.

À l'épreuve du réel

Bohuslav Reynek: Poèmes

Le seuil couvert de neige – Le massacre des innocents – Traces – Manne – Les vierges folles – Pietà .

Jean-Pierre Lemaire et Paul Guillon: « II est venu chez les siens... »

Poèmes croisés : Visitation (P. G.) – Naples (P. G.) – Marché de Naples (J.-P. L.) – Moulin mystique (J.-P. L.) – Ordination (P. G.) – Disciple tardif (J.-P. L.) – Maximilien Kolbe (J.-P. L.).

José Tolentino Mendonça: Poèmes

Les insignifiants – Le fumier du monde – lie des Morts – Le Poème.

Apretés de l'histoire

Jan Zahradnicek: Poèmes

Et personne – Ils diront que la vie . . .

Geoffrey Hill: Le triomphe de l'amour

Choix de 14 poèmes tirés du recueil — Quelques notes des traducteurs.

Prémices du salut

Gérard Pfister : Le coeur est un abîme

L'endroit du monde – Profondeur – Apparitions – La prière – Une saveur – Neige – L' éternel – Un souffle .

Jean Bastiaire: Le présent éternel

L'autre monde parmi nous – La mort libère la danse – Vacances éternelles – L'aube sur la pourriture – L'affranchissement de la mort – Le reposoir éternel.

 

Incarnation et poésie

Patrick Piguet

Orphée, le poète par excellence, figure du Christ, ou le Christ nouvel et véritable Orphée ? L'audace d'une telle assimilation est présente dès les premiers siècles de l'Église. Comparer le Christ et Orphée, c'est alors proclamer un Christ victorieux des Enfers, de la mort. Les représenter en une figure unique, c'est donner à voir la Parole incarnée qui peut chanter les psaumes, et qui réconcilie toutes les créatures, bêtes sauvages et monstres y compris. La figure tout humaine d'Orphée se divinise donc jusqu'à prendre la figure du Christ. La poésie s'origine dans la Parole divine, non pour charger le moi contemporain d'une sacralité ou d'un absolu orgueilleux, mais bien parce que la condescendance divine sauve tout de l'humain. S.L.

 

On reconnaît souvent au christianisme le mérite d'avoir été la religion de l'incarnation. Ainsi, Yves Bonnefoy rappelle dans des propos récents que « la religion d'un dieu qui est mort sous Ponce Pilate a ceci de fort qu'elle a pour intuition essentielle que ce qui vaut, c'est la personne en son instant et son lieu. (...) Cette intuition, c'est pleinement la désignation de la finitude.» Et le poète de plaider pour une poésie de l'incarnation qui soit à l'écoute de ce que montrent « les choses d'ici » mais aussi, à l'intérieur de soi, de

« ces craquements qui désagrègent

les pensées ajointées par l'espérance.2»

Cette incarnation est-elle encore chrétienne? Interrogé à ce sujet, le poète a répondu que chez lui l'incarnation était «la transfiguration du divin par l'humanité », l'opposant au christianisme où « la divinité transfigurait l'humanité3 ». Derrière cette opposition schématique se dessine une valorisation de la finitude comme l'absolu paradoxal de notre condition. La parole poétique aurait alors pour tâche de dire l'aura immanente du réel dont la finitude est l'ultime [...]

 

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1. L'Imaginaire métaphysique, Éditions du Seuil, 2006, p. 69.

2. Les Planches courbes, Mercure de France, 2001, p. 76.


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